Editoriaux - Santé - 30 octobre 2019

Alzheimer : un nouvel espoir ?

Le laboratoire Biogen a annoncé, le 22 octobre dernier, prévoir de déposer, début 2020, une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM), auprès de l’agence américaine des médicaments (FDA), de l’aducanumab en traitement de la maladie d’Alzheimer. Il neutralise une petite protéine, le peptide Aβ, toxique pour les neurones, qui s’accumule anormalement dans le cerveau. Il s’agit du premier traitement qui se serait montré capable de modifier le cours de cette maladie progressive en réduisant symptômes et lésions cérébrales.

En mars 2019, pourtant, le laboratoire avait annoncé l’abandon d’essais de ce traitement. Il s’agissait d’essais de phase 3, c’est-à-dire de la dernière étape avant l’AMM, pour confirmer à grande échelle, versus placebo, l’efficacité et la sécurité d’emploi du médicament. L’analyse des résultats intermédiaires sur les 1.748 premiers patients, qui avaient eu 18 mois de traitement avant fin 2018, indiquait que l’efficacité était insuffisante pour être démontrée au terme de l’étude et que, donc, la poursuite d’essais était futile. Mais, avant d’arrêter les frais, plus de 300 patients supplémentaires ont fini leur 18 mois de traitement. La dernière analyse les incluant montrerait une réduction de plus de 20 % de l’altération d’un score mesurant mémoire et autonomie dans les activités de la vie quotidienne, c’est-à-dire finalement une amélioration jugée significative. Ce revirement serait dû au fait que les derniers patients traités ont reçu une dose supérieure, avec un surcroît d’action d’une amplitude inattendue. Dans l’enthousiasme, le cours de l’action Biogen s’est envolé de 26 %.

L’action avait, en fait, perdu plus de 30 %, en mars, et l’optimisme médical est à tempérer. L’amélioration versus placebo ne signifie pas que les patients ayant reçu l’aducanumab vont mieux qu’avant. On peut voir ce traitement comme un parachute qui ralentit la descente des capacités cérébrales mais ne l’arrête pas, et ce, au prix d’hospitalisations pour l’administration intraveineuse, et éventuellement de céphalées iatrogènes. L’état clinique continue, en fait, à empirer, donc le patient et sa famille auront du mal à constater à leur échelle un effet favorable.

Le bénéfice du traitement sera-t-il plus visible à l’échelle de la société ? Si le traitement ralentit la chute des patients, il devrait logiquement la prolonger, et il faudra soutenir davantage de malades car le mal durera plus longtemps sans guérir. Sera-ce supportable, alors que le nombre de cas d’Alzheimer augmente déjà du fait du vieillissement de la population ? Une molécule du même type, ocrelizumab, a obtenu, en 2018, l’AMM pour son efficacité dans une autre maladie neurologique mais bien plus rare : la sclérose en plaques progressive . Elle coûte, à elle seule, plus de 10.000 euros par an par patient. Elle n’est guère utilisée en France car non remboursée par l’assurance maladie, qui juge le service rendu insuffisant. On peut craindre une situation similaire si l’aducanumab obtenait l’AMM espérée.

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