Editoriaux - International - 28 octobre 2019

Al Baghdadi : Trump humilie ses détracteurs et gagne du temps

L’establishment bipartisan et les turcophobes n’avaient eu de cesse que d’humilier Trump sur sa reconsidération tactique en Syrie, le présentant comme incapable d’avoir une stratégie contre Daech. Ils ont été servis, dimanche. Dans le plus grand secret, et avec l’aide des Russes et des Turcs, Trump et ses services action planifiaient et organisaient l’exécution de Abou Bakr al Baghdadi.

Après un moment de gêne, les commentaires des #NeverTrump ont fait le grand écart entre félicitation patriotique des forces armées et outrage quant au fait que le président n’avait pas informé préalablement les leaders du House Intelligence Committee (ceux-là mêmes qui concoctent sa mise à mort médiatique via le vrai-faux impeachment en cours). Ce à quoi Trump a répondu que cette équipe obsédée par son éviction avait fait amplement la preuve qu’elle était une machine à fuites et que son devoir de président allait à la sécurité des commandos d’abord.

La presse se demandait même, tel le journaliste de Fox News Chris Wallace, si le timing de cette intervention n’était pas suspect. Le Washington Post présentait al-Baghdadi dans sa nécrologie comme « un austère et religieux lettré » mort à l’âge de 48 ans, ce qui a provoqué sur Twitter de multiples fausses nécrologies, relevées par le Washington Examiner et usant de la même technique de gommage : « Mohammed Atta, aviateur talentueux et meneur d’hommes, meurt à 33 ans » (Atta était l’un des « pilotes » du 11 septembre)… « Judas Iscariote, dévoué disciple de Jésus et négociant en métal-argent réputé, nous quitte »« Joseph Staline, ancien séminariste, et réformateur agraire, meurt à 74 ans »« Mao Zedong, qui a évité à 20-40 millions de ses compatriotes de subir les difficultés de l’existence, meurt à l’âge de 82 ans », etc.

L’opération al-Baghdadi ne convaincra nullement ses adversaires que Trump soit doté de quelque compétence. Toutefois, le pétrole du gouvernement syrien étant maintenant contrôlé par l’armée américaine afin de bloquer les gouvernements syrien et iranien, cela rassure les caciques républicains du Sénat (qui décidera, en final, si Trump doit être révoqué ou non) ainsi que leurs contributeurs financiers. Et le fait que la « patate chaude » du contrôle des frontières du nord syrien passe à la Turquie et à la Russie, lesquelles devront désormais confronter les lambeaux restants du califat, autant que les kurdes du PKK, mouvement marxiste reconnu urbi et orbi comme terroriste, mais rebaptisés par l’administration Obama en « parti de l’union démocratique ». Rien à voir avec les peshmergas d’Irak, selon le site conservateur The Federalist.

Donc, Trump a renforcé le contrôle américain sur le pétrole syrien, a éliminé Baghdadi en « territoire turc », prouvant la pertinence d’une stratégie militaire assise sur les forces spéciales et commandos plutôt que sur l’armée régulière, pour montrer au peuple américain qu’il ne risque pas la vie de ses soldats en de vaines opérations. La réaction des sénateurs, en particulier celle de Lindsey Graham (« C’est ce que nous aurions dû faire en Irak ! »), semble révéler leur réalisation que la stratégie des deux dernières semaines était, somme toute, innovante.

Reste que le spectacle « Ukrainegate » se poursuivra… en concurrence avec la progression, sous la ligne de flottaison, des enquêtes du ministère de la Justice sur le « Spygate » dont le périscope vise les élites du renseignement. Est-ce bien raisonnable ?

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