Agriculture : Rousseau, Macron et la FNSEA s’écharpent sur le protectionnisme

agriculteurs Invalides © Raphaëlle

Ces derniers jours, on a un peu tout vu, en termes d’agriculture. Le plus médiatique ? Cette tentative totalement ratée du président de la République, qui a voulu jouer à Chirac et n’a réussi qu’à faire du Ceaușescu en bout de piste. Débat ridicule en bras de chemise (probablement parce qu’il imagine que les agriculteurs n’ont jamais de veste), évacuation misérable sous les assauts des paysans en colère… et jusqu’à ces moments surréalistes, captés par l’œil des caméras, dans lesquels, tour à tour, il perd ses nerfs face à une jeune fille ou explique comment il comprend le programme du Rassemblement national. Pour lui, le RN est le « parti du Frexit », alors que « sans Europe, il n’y a pas d’agriculture ». C’est dire deux bêtises en une phrase, ce qui ne surprendra pas les admirateurs de ce Président surdoué, qui fait tout beaucoup plus vite que tout le monde. D’abord, le RN ne veut pas sortir de l’Union européenne, ensuite, cela fait plusieurs siècles (au bas mot) que l’agriculture française s’appuie davantage sur la remarquable qualité de ses sols et l’incroyable puissance de travail de ses paysans… bien davantage que sur une politique agricole commune tributaire des oukases européens, qui fixent le calibre des tomates, imposent tel ou tel pesticide ou obligent les exploitants à acheter, chez Monsanto, des semences qui s’autodétruisent et qu’il faut donc renouveler chaque année. Un plaidoyer pour le protectionnisme européen, si on veut.

Côté FNSEA, on s’en prend au protectionnisme (à la française, cette fois). Arnaud Rousseau, président du principal syndicat agricole, a déclaré sur BFM que le protectionnisme n’avait pas de sens… mais le seul problème, c’est qu’il cite les cas dans lesquels la France exporte son excédent de production à l’extérieur des frontières nationales. On ne parle donc pas vraiment des problèmes qui concernent nos paysans : le poulet ukrainien, la viande argentine et autres joyeusetés plus ou moins exotiques (et plus ou moins chargées en produits chimiques). Normal, puisque Arnaud Rousseau n’est pas particulièrement représentatif du monde rural : diplômé d’une école de commerce, président de la holding Sofiprotéol, qui finance des crédits aux agriculteurs, il administrerait en tout une quinzaine de sociétés en plus de son exploitation céréalière - à en croire le journal L’Humanité.

En fait, et contre toute attente, le protectionnisme en matière d’agriculture, c’est probablement Sandrine Rousseau qui en parle le mieux, et c’était sur Europe 1. Interrogée sur la nécessité de nous réapproprier notre agriculture et de mieux manger, la députée EELV a été sans détour : « Nous devons absolument fermer nos frontières à des produits d’importation de merde. » On ne saurait mieux dire. Le seul problème, c’est que Sandrine Rousseau ne va pas jusqu’au bout de son raisonnement, qui ne saurait se limiter à l’agriculture. Le geste (salutaire) qui consiste à limiter le déferlement, sur notre territoire, de produits d’importation « de merde » est exactement le même que celui qui consisterait à fermer les frontières aux flux migratoires pour éviter le déferlement de millions de sous-qualifiés, potentiellement dangereux. Ça semble relever de la plus élémentaire logique, mais on ne peut quand même pas reprocher à Mme Rousseau de commencer à discerner une partie de la plus élémentaire vérité.

Bref, tout cela explique peut-être pour quelle raison, tandis qu’Emmanuel Macron a joué à cache-cache avec des manifestants très remontés, tandis que ses ministres ont visité le Salon de l’agriculture en pleine nuit, tandis que François-Xavier Bellamy « marchait seul » dans les allées, comme l’a méchamment relayé Damien Rieu, Jordan Bardella, lui, a passé, dans les allées du Salon, huit heures triomphales sous les acclamations de la jeunesse, et Christian Convers, secrétaire général de la Coordination rurale, révélait sur CNews que de nombreux agriculteurs aimaient bien Marion Maréchal, « une fille belle comme le jour ». Les gens en ont marre des politiciens déconnectés. Le vrai protectionnisme consiste d’abord à s’en prémunir.

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

15 commentaires

  1. Il y a Paysan et paysan…Avec la majuscule c’est celui qui honore et nourrit notre beau Pays. Avec la minuscule il pourrait bien se trouver entre faubourg St Honoré et Champs-Elysées. Le premier doit être défendu. L’autre ne fait que détruire et déterrer sans même savoir pourquoi.

  2. La gastronomie française est classée au patrimoine immatériel par l’UNESCO. Or il n’y a pas de gastronomie sans les produits du terroir qui la compose. Où sont nos grands chefs de cuisine pour défendre notre paysannerie ?

    • Des grands chefs en France???? êtes vous sur, voulez vous parler de ceux qui emploient de la main d’œuvre immigrée clandestine? Les grands chefs Français sont hélas décédés.

    • Le Frexit est une illusion. Sa réalisation prendrait des années de négociations qui donneraient à ses ennemis le temps et les moyens de saborder le projet.
      Il y a mieux à faire : une fois au pouvoir un gouvernement de droite nationale devra refuser les décisions de la Commission, et s’attacher à redonner leur souveraineté aux États-membres, en premier lieu à notre pays, à mettre un terme à des pratiques absurdes (telle la tarification de l’électricité), à refuser l’entrée sur le territoire de produits alimentaires exogènes, etc.
      La France n’est pas l’Italie, la Pologne ou la Hongrie, elle n’attend pas d’argent de l’UE puisqu’elle est contributrice positive, et le chantage qu’exerce von der Leyen vis-à-vis de « petits » pays n’aurait pas de prise sur elle.
      Oui, il y a mieux à faire que se perdre dans des procédures sans fin d’un éventuel Frexit.

      • C’est, à tout le moins, une solution d’attente efficace.
        Néanmoins, dans tous les cas, la France doit au préalable retrouver une classe politique présentable. Et là…

  3. L’ennui, c’ est que les compétences nationales en matière de commerce international ont peu à peu disparu avec la mise sous l’éteignoir de la génération « de Gaulle. »
    Comme, d’ailleurs, la plupart des autres compétences issues de la plupart de nos plus grandes écoles relookées « mondialisme »!
    Or, pour être maintenant en mesure de corriger tout cela, il faudrait pratiquement tout balayer, à commencer par la bulle politique qui nous gouverne depuis 1981.
    Ceux qui continuent à privilégier le libéralisme, le capitalisme exclusivement financier et le « macronisme du Rap » en tant que culture française détruisant imparablement la France, n’ont donc pas trop de souci à se faire.
    Sauf évidemment si « on » parvenait à faire passer le nouveau trait de génie : envoyer des troupes française sur le front ukrainien !

  4. Lucky Luke, c’est bien connu, tire plus vite que son ombre ! Et bien nous, nous pouvons nous targuer d’avoir LE président qui sort des conneries plus vite que son cerveau. Il en a fait l’effroyable démonstration à l’ouverture du salon qui pour la porte-parole condescendante du gouvernement n’appartient pas aux agriculteurs !!

  5. Il faut virer ce gouvernement sinon rien ne changera et oui Marion , en plus d’être belle comme le jour , est intelligente et sensée , il faudra s’en rappeler lors des votes .

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