[L’ÉTÉ BV] Agriculture : les pétrodollars du Golfe poussent nos paysans vers la sortie

Des fonds des Émirats touchent des millions d’aides PAC pendant que les agriculteurs français sombrent.
@Randy Fath-Unsplash
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Cet article vous avait peut-être échappé. Nous vous proposons de le lire ou de le relire.
Cet article a été publié le 15/05/2026.

Alors que nos agriculteurs tirent la sonnette d'alarme, épuisés moralement et physiquement par cette crise inédite, outre les fortes chaleurs, il pèse sur eux une autre menace que BV vous révélait en mai dernier.

 

Les chiffres ont l’élégance brutale d’un coup de pelle dans un champ déjà ravagé. Selon le Guardian, des entreprises liées aux Émirats arabes unis auraient perçu près de 70 millions d’euros d’aides de la PAC, entre 2019 et 2024, grâce à des dizaines de milliers d’hectares acquis en Roumanie, en Espagne et en Italie. Une situation qui scandalise jusque dans les rangs agricoles et pose une question explosive : à qui profite encore réellement la politique agricole commune ?

Des aides européennes qui prennent la route du Golfe

Le groupe agroalimentaire émirati Al Dahra, via sa filiale Agricost, contrôlerait à lui seul près de 57.000 hectares en Roumanie. Des terres agricoles européennes qui ouvrent mécaniquement le droit aux aides de la PAC. « Le problème réside surtout dans l’accaparement de nos terres par des fonds d’investissement ou des entreprises étrangères », explique, à Boulevard Voltaire, l’eurodéputé RN Gilles Pennelle, membre de la commission Agriculture du Parlement européen.

Pour lui, le scandale dépasse largement la question des subventions. « La majorité des produits de ces exploitations possédées par l’Émirat y sont expédiés », souligne-t-il. En clair : des terres européennes, des aides européennes, mais une production destinée au Golfe. Même colère chez Christian Convers, agriculteur et ancien secrétaire général de la Coordination rurale. « L’aide doit venir aux agriculteurs qui travaillent, il y a beaucoup de tri à faire », dénonce-t-il, auprès de BV. Avant d’ajouter : « On met de l’argent partout, sauf là où il y en aurait besoin. »

La grande braderie du foncier agricole

Au-delà des aides, c’est surtout la question de la souveraineté foncière qui surgit. Les exploitations agricoles françaises et européennes deviennent peu à peu les proies de capitaux étrangers disposant de moyens financiers colossaux. « Vu la crise agricole actuelle, les jeunes n’ont plus les moyens d’accéder au foncier. On est la proie de fonds d’investissement étrangers », alerte Gilles Pennelle. L’eurodéputé cite également les investissements chinois massifs dans les vignobles bordelais, phénomène dénoncé depuis plusieurs années.

Christian Convers évoque, lui aussi, des soupçons dépassant le simple enjeu agricole : « Derrière ça, il y a sans doute des intérêts de nations, d’espionnage. » Certaines acquisitions de terres proches de sites industriels ou militaires interrogent, nous explique-t-il.

Pendant ce temps, les agriculteurs français, eux, croulent sous les charges, les normes et les dettes. Chaque année, plusieurs centaines mettent fin à leurs jours dans un silence devenu presque administratif. Dans ce contexte, voir des groupes étrangers capter des millions d’euros de subventions européennes agit comme un révélateur brutal du malaise agricole.

L’Ukraine, future bombe à retardement de la PAC

Pour Gilles Pennelle, le dossier émirati révèle surtout une autre menace : l’éventuelle entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne. « Si, demain, l’Ukraine rentre dans l’Union européenne, elle toucherait plus de primes PAC que la France, pourtant contributeur net », affirme-t-il. Selon les estimations avancées par l’élu RN, Kiev pourrait capter jusqu’à 11 milliards d’euros d’aides agricoles, contre environ 9 milliards, aujourd’hui, pour la France. Un bouleversement colossal pour une PAC déjà fragilisée par les négociations budgétaires en cours.

L’eurodéputé dénonce également le projet de Bruxelles de réduire de 24 % le budget agricole européen à partir de 2027 et de mettre fin à sa « sanctuarisation ». « Le budget agricole serait noyé dans une immense enveloppe où il y aurait aussi la défense ou l’immigration », avertit-il.

Une Europe qui protège les marchés, plus les paysans

Au fil des années, la PAC semble avoir changé de nature. Pensée à l’origine pour garantir l’autonomie alimentaire européenne et protéger les producteurs, elle apparaît désormais comme un immense mécanisme technocratique où les logiques financières prennent le dessus. Pendant que Bruxelles négocie le Mercosur, ouvre davantage le marché européen et empile les normes environnementales, les exploitants français disparaissent les uns après les autres. Les plus jeunes peinent à reprendre les fermes, étranglés par le coût du foncier et la concurrence mondiale.

« Le gros sujet est plus là que sur les aides », insiste Gilles Pennelle. Derrière le scandale des millions versés aux Émirats, c’est finalement une question simple qui ressurgit : l’Europe veut-elle encore une agriculture européenne ?

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

85 commentaires

    • Pour une fois je suis pour la préférence nationale mais TOTALE. L’auto alimentation des peuples est une cause si importante qu’elle n’est – « as usual », pas prise en compte par nos « élites ». Mais voyez vous, je me souviens des (dernières) queues aux magasins d’alimentation, d’avoir accompagné mes grands-parents dans des entrepôts publics ou encore de la satisfaction de revenir d’Espagne avec des sardines et autres aménités, par les chemins de traverse évidemment. Ils auront l’air fin ceux qui n’auront plus que leur I-Phone à bouffer parce qu’ils se sont mis dans la dépendance du Mercosur (ou de l’Ukraine d'(ailleurs). « Pour quelques $ de moins » …

  1. Ce ne sont pas les Emirats qui sont à blâmer. C’est l’UE et les populations européennes qui votent très largement pour des partis pro UE. Les dirigeants européens et leur politique mondialiste sont sous perfusion des pétromonarchies du Golfe et ne peuvent rien leur refuser. Nous sommes dépendants de ces monarchies comme l’Ukraine est dépendante de l’UE…

  2. Toute économie fondée sur un système de normes empilées, des lois restrictives, de prix de vente réglementés et de subventions conduit à des crises structurelles car il ne sera jamais rentable.
    Un exemple : l’immobilier.
    Aux USA où il y a peu de réglementations du moins dans les états républicains, même avec des revenus bas, on trouve facilement à louer un logement pour un prix raisonnable, parce que le propriétaire n’est pas étranglé par des normes et des diagnostics ruineux et que le propriétaire sait aussi que si le locataire ne paie pas, il pourra lui mettre son pied aux fesses rapidement.
    En contrepartie, aux USA, on ne subventionne pas les propriétaires pour des achats immobiliers par une myriade d’aides d’état et crédits d’impôts.
    Toute le monde est gagnant : locataire, propriétaire, et tous ceux qui payent des impôts.

  3. Merci à BV de parler un peu de nos agriculteurs que nos médias ont oubliés, tout occupés qu’ils étaient à compatir au sort injuste qui était fait aux stars de la pleurniche du Ferret.
    Ce matin, j’ai vu un agriculteur qui contemplait la désolation de son champ de maïs qu’il a été obligé de couper en ensilage et qui était chargé dans des camions destinés à des éleveurs en détresse qui n’ont plus rien à donner à manger à leurs bêtes.
    Il m’a dit que 10% des exploitations du Cher vont fermer en 2027 mais c’est vraisemblablement beaucoup moins grave que la pénurie de lunettes pour regarder l’éclipse.
    Nos dirigeants sont médiocres mais que dire de nos journalistes qui, pour la plupart sont en plus de grosses feignasses !

  4. On en a bien versé a la reine d’Angleterre pendant toutes ces années ou les anglais ont pompé l’UE ! c’est de noter faute et avec la complicité de nous gouvernements si nous en sommes arrivés a ce point de corruption !

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