Des commerces obligés de baisser le rideau en début d'après-midi pour se protéger d'une explosion de la délinquance, des trafics en tout genre qui prolifèrent, une insécurité permanente... c'est la triste réalité de ce quartier de Lyon, la Guillotière, qui est devenu une véritable zone de non-droit. 

Agnès Marion, ancienne élue municipale de terrain, tente depuis des années d'alerter les pouvoirs publics. Elle répond aux questions de .

 

Agnès Marion, que se passe-t-il dans ce quartier de la Guillotière ?

Le problème de la Guillotière n’est pas nouveau mais les responsables politiques nationaux et parfois locaux semblent tous le découvrir alors même que les habitants du quartier tentent d’alerter sur cette situation depuis des années. Moi-même, élue d’opposition dans cet arrondissement lyonnais, j’ai plusieurs fois mis le sujet sur la table lors de nos conseils en mairie. Les trafics, les agressions, le harcèlement de rue, le marché sauvage de la place Gabriel-Péri, la saleté et les dégradations, la parfois adolescente au moment où la ville faisait face à des installations de camps roms, les rixes et les combat de free fight en pleine rue, l’islamisation de ce quartier au point qu’il ait pu être surnommé « le Molenbeck français » : à chaque fois que je faisais remonter le cauchemar que vivaient les riverains, la majorité, celle de Gérard Collomb à l’époque, m’accusait de jouer sur les peurs. Il faut lire, pour se convaincre du déni des responsables politiques de tout bord, la tribune de Romain Blachier à l’époque. À les entendre, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Un ami investisseur me confiait récemment qu’il était devenu impossible, aujourd’hui, de louer les petits appartements qu’il possède à la Guillotière. Et pour cause ! J’ai habité « la Guill’ » lorsque j’étais étudiante, mais jamais je ne laisserais ma fille s’y installer à présent. Comme tous les Lyonnais !

Aujourd’hui, face à une situation hors de contrôle, même les Lyonnais qui ont aimé et choisi de s’implanter dans ce quartier historiquement populaire et métissé veulent le quitter…

Comment a-t-on pu arriver à une telle situation ? L'État a-t-il définitivement renoncé ?

Situé à quelques centaines de mètres de la place Bellecour et, donc, de l’hyper-centre de Lyon, le quartier de la Guillotière est historiquement un quartier populaire et un quartier d’immigration : à une époque où Lyon ne possédait qu’un seul pont sur le Rhône, le faubourg de la Guill’ était l’unique point d’entrée est de la ville et son peuplement a suivi les grandes vagues d’immigration : italienne au XIXe puis maghrébine, turque et africaine au XXe. L’angélisme des édiles de la ville, tous fervents dévots du multiculturalisme heureux, a progressivement laissé prospérer tous les maux inhérents à une immigration massive et non assimilée. Le premier a donné un coup d’accélérateur dans la décomposition de la Guillotière : dans une ville déserte et sans contrôle, les trafics, le sentiment (conforté par la réalité) d’impunité se sont encore un peu plus épanouis sans que les riverains ne parviennent à inquiéter les responsables politiques sur l’enfer qu’ils vivaient, sans que ces mêmes responsables politiques, devenus entre-temps, à la faveur des municipales, EELV, ne se donnent les moyens de reprendre en main la situation. Quant à l’État, il se préoccupe bien tard d’une situation de non-droit qu’il a lui même laissée advenir par son laxisme : aujourd’hui, les trafiquants, camés, clandestins, « mineurs isolés » de la Guill’ n’en ont rien à faire de la police et des caméras de surveillance. Lorsque les CRS et la BAC se déploient, ils se réinstallent, reprennent possession du quartier et recommencent à terroriser les riverains et les commerçants moins d’une heure plus tard…

Il aura fallu attendre fin octobre, et l’annonce, unique en son genre, du groupe Casino de réduire les horaires d’ouverture de son magasin de la Guillotière pour que la réalité dramatique du quartier éclate aux yeux de tous. L’établissement s’était pourtant employé à trouver des solutions pour combattre l’insécurité devant sa porte et jusque dans ses rayons : cinq agents de sécurité dont un maître-chien ont été embauchés au point qu’il y ait parfois sur ce site plus d’agents de sécurité que de personnel du supermarché.

Aujourd’hui, la Guillotière est un sujet d’actualité et bénéficie d’un coup de projecteur, mais est-ce que cela suffira pour que les responsables politiques règlent définitivement ses maux ? J’en doute, car les régler supposerait qu’ils remettent totalement en cause les dogmes auxquels ils sont soumis : l’immigration chance pour la France, le multiculturalisme rayonnant, le vivre ensemble heureux.

Des collectifs (de riverains et de commerçants) s'organisent ; ont-ils une chance de se faire entendre ?

Le principal collectif de riverains « la Guill’ en colère » essaye avec courage et persévérance de se faire entendre depuis trois ans. Les commerçants à leur tour s’organisent.

Auparavant, lors des quelques « concertations » publiques organisées par le précédent maire, Myriam Picot, les doléances portées par les riverains ont été traitées avec le plus grand mépris. Les gens en faisaient trop, ils exagéraient. En somme, il ne voyaient pas ce qu’ils voyaient, ils ne vivaient pas ce qu’ils vivaient.

Acculés par la détérioration encore plus prégnante du quartier ces derniers mois, Gregory Doucet, le maire de Lyon, et Fanny Dubost, nouveau maire de l’arrondissement, ont dû proposer quelques solutions à leur sauce : végétalisation (ça aurait la vertu d’apaiser les gens), piétonisation du quartier (ce qui ne manquera pas de renforcer les trafics, mais c’est un mode doux très prisé de notre mairie écolo), suppression des places de stationnement (si, en plus, on peut brimer les automobilistes, c’est mieux). Pourtant, Fanny Dubost a elle-même concédé parfois faire un détour pour éviter de se faire arracher son sac en traversant la place Gabriel-Péri et ses abords…

En attendant, à la Guillotière, le culte du vivre ensemble se paie cher. Au prix de coups de feu il y a quelques semaines…

Finalement, on y vit au quotidien la prédiction que l’ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, a formulée en quittant la place Beauvau et qu’il n’a pas empêchée à la Guill’ lorsqu’il régnait sur Lyon : des gens qui vivaient côte à côte vivent désormais face à face.

18 novembre 2021

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