L’histoire dit que la première crèche vivante, représentation de la Nativité qui a fondé le christianisme, fut réalisée par le grand saint François d’Assises à Greccio, en Italie, à la Noël 1223. Le privilège des crèches demeura circonscrit à l’Église jusqu’en 1793, moment où les familles commencèrent à confectionner les premiers santons avec de la mie de pain puis de l’argile, dans le secret des foyers.

Le mot santon vient de santoun, « petit saint » en provençal, car ce sont des particuliers marseillais qui, les premiers, réalisèrent des crèches qu’ils faisaient visiter. Le véritable essor des santons commença au XIXe siècle, avec l’apparition des premiers maîtres santonniers de Provence dont les figurines – celles de la pastorale Maurel – étaient empruntées à la vie quotidienne et aux petits métiers.

À Toulon, la crèche provençale n’est pas seulement une tradition bien ancrée que personne ne songe à contester, c’est aussi un spectacle. Un son et lumière qui, au fil des ans, est devenu l’une des attractions majeures du marché de Noël.

Rassurez-vous, on y assiste au chaud, sous un grand chapiteau. Il faut dire que les dimensions sont impressionnantes : plus de 1.000 santons s’y animent dans un décor de 200 mètres carrés et 6 mètres de haut. Il faut chaque année une trentaine de personnes et pas moins d’un mois pour installer cette extraordinaire reconstitution de la ville. Car tout y est : le port, la porte de l’arsenal, la cathédrale, les halles, le marché du cours Lafayette, la statue de Cuverville, le téléphérique qui grimpe à l’assaut du Faron, la figure de proue de la place Vatel, la place de la Liberté bien sûr… et toutes les fontaines, reproduites avec une minutie qui laisse pantois.

 

C’est la Provence d’hier qui s’anime, avec son parler, ses chansons, ses figures locales aussi : Mayol, la gloire des années 20, célébrissime chanteur qui a offert son stade de rugby à la ville. Et puis il y a Raimu, l’interprète fétiche de Marcel Pagnol, qui rejoue sa partie de cartes… et même Cézanne, qui a quitté sa chère Sainte-Victoire pour venir peindre le Coudon. Ils sont tous là, du marchand ambulant de « la cade à Dédé » aux revendeurs du marché qui s’interpellent en provençal. Dans les rues du vieux Toulon tournent les charrettes, et puis le tramway d’autrefois tracté par les chevaux.

Orgue de barbarie, fête des pêcheurs, joutes, pointus, moulins qui tournent au vent… La ville est là, comme hier, et de l’opéra s’élèvent les chœurs de Gounod : Mireille est au rendez-vous pour l’hommage à Frédéric Mistral, et puis Alphonse Daudet et ses Lettres de mon moulin qui ont bercé notre enfance. Tous nous accompagnent vers cette nuit de Noël où l’enfant Jésus va naître…

Le magicien derrière cette féerie s’appelle Gérard Abbès. Avec l’association Lumières de Provence qui œuvre depuis 2005, il a voulu « reproduire un village provençal comme il existait au début du siècle dernier ». « Nous voulons coller au plus près ! » dit-il. Pari tenu pour cet inventeur de génie qui, fidèle à la tradition là encore, ajoute chaque année une pierre à son édifice. Cette fois, il a intégré dans le décor un « apié », histoire d’apprendre aux plus jeunes comment l’on construisait autrefois, à l’abri du mistral et du soleil, des « murs à abeilles » ; réalisé en pierre sèche, on y abritait des niches en bois destinées à recevoir les ruches.

Comme la nuit de Noël, à Bethléem ou dans la grange de Marius, ce monde est plein de féerie, de poésie. Un spectacle à déguster avant les treize desserts, autre tradition provençale bien vivace…

4083 vues

23 décembre 2023 à 15:15

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

7 commentaires

  1. Ainsi que la célèbre procession d’Aubagne tous les soires du 24 Décembre ! Pourquoi ? Parce que pour les Provençaux Jésus le Christ notre Seigneur est né à Aubagne et les Provençaux lui rendent cette homage tous les 24 décembre soirée du réveillon ! Amitiés à tous Hervé de Néoules !

  2. Merci Marie de faire connaître, par l’intermédiaire de BV, cette extraordinaire prouesse de Monsieur Abbés qui renouvelle chaque année son extraordinaire spectacle. Habitant La Valette petite commune à l’Est de Toulon nous ne manquons jamais de nous y rendre chaque année pour notre plus grand émerveillement.

  3. Si 1793 est le » moment où les familles commencèrent à confectionner les premiers santons avec de la mie de pain puis de l’argile, dans le secret des foyers. » c’est que la Terreur sanguinaire chère à Mélenchon vient d’ interdire la célébration des messes de minuit et les crèches vivantes dans les églises. Sur la Canebière, ce sont plus de 400 têtes qui tomberont. Augustin Robespierre (le ‘petit frère’) présidait les procès expéditifs dans l’Hôtel de Ville de Marseille.
    Les laïcards veulent continuer ?

  4. Magnifique et toutes ces villes qui ne baissent pas les bras qui continuent à perpétrer nos traditions , nos coutumes méritent un grand coup de chapeau . Ne jamais baisser les bras , ne pas accepter que certains saccagent tout celà , continuer encore et toujours à faire vivre nos traditions et nos coutumes . En Alsace on est encore très fidèles à ces fêtes et il ya un musée à ciel ouvert ou l’on fait des spectacles pour l’arrivée du saint Nicolas , les rois mages etc….

    1. Je remarque, qu’en Corse, personne n’ose remettre en cause les crèches , ni les traditions ! Les corses ne resteraient pas sans réaction ! Je garde toujours en mémoire, mes meilleurs souvenirs de Noël avec ma famille corse !

Les commentaires sont fermés.