Dans le dernier tiers du XXe siècle, Herman Kahn menait le cortège des futurologues chargés d’imaginer les évolutions qui façonneraient l’avenir dans trente ans. À la même époque fleurissaient des romanciers de science-fiction qui nous faisaient miroiter des voitures volantes – fini les embouteillages – et des robots androïdes qui mettraient l’homme en vacances perpétuelles – plus rien à faire !

Le hic, c’est que ni les scientifiques futurologues ni les romanciers futuro-fertiles n’ont prévu, ni même imaginé, la révolution qui allait, très vite, bouleverser le monde entier. Ils n’ont rien vu, rien prédit, rien pressenti, rien flairé de ce qui a changé le monde : l’informatique, et son enfant légitime Internet. Une collection de « zéro » et de « un », rien d’autre, a chamboulé l’univers des hommes, notre monde, et nos prédictionnistes, Diafoirus modernes, sont passés à côté. Alors, j’ai tendance à n’avoir qu’une confiance extrêmement limitée envers ceux qui, parlant de ce qu’il faut absolument faire lorsque le confinement sera terminé, « font du bruit avec la bouche dans le poste » !

Je ne sais pas ce qu’il faudra faire, « après » la présente crise. Beaucoup de gens, partout, forcément plus calés que moi, disent, comme Kahn, beaucoup de choses forcément très intelligentes et qui, forcément, devront se produire et, forcément, nous apporter un monde meilleur : les « solutionneurs » sont légion. Or, aujourd’hui, devant le désastre actuel, tout ce que l’on peut lire ou écouter tourne autour de la santé, comme si l’Histoire repassait toujours les plats. On clame « Plus jamais ça » avec, pour guide futur, rappel des décisions que l’on aurait dû prendre avant l’orage.

On ne peut pas écarter l’idée que la prochaine catastrophe ne soit pas médicale. Alors, comment s’y préparer, comment l’affronter ? L’actuelle crise révèle deux entités face à face : l’État et la nation. L’État, avec ses grosses paluches et sa dilection pour les pénuries en tout genre, a largement fait la preuve de sa faillite ; le dernier exemple en date serait risible s’il n’était tragique : dans le Grand Est, la distribution de masques aux médecins est rendue impossible à cause du RGPD (Règlement général sur la protection des données) ! « L’État est le plus froid des monstres froids : il ment froidement », nous prévient Nietzsche. Jamais aphorisme n’a été plus justifié que dans la France du coronavirus, avec ce gouvernement.

À l’opposé, la nation : c’est elle qui éclate dans le dévouement de dizaines de milliers de gens, d’ordinaire anonymes, et qui, tout d’un coup, devant le vide, revêtent la toge régalienne : ils soignent, apaisent, consolent, servent, nourrissent, transportent, aident, enseignent. Ils font, chacun à sa place, ce que l’État failli ne sait pas faire, ne sait plus faire, engoncé qu’il est dans ses certitudes létales, ses imbéciles combats d’ego, ses règlements paralysants, son obésité maladive, ses vues courtes et basses.

Alors, je ne sais pas ce qu’il faudra faire, « après ». Mais je sais une chose : si la nation ne se débarrasse pas en priorité de ce parasite mortel qu’est devenu l’État, organisme bouffi, boursouflé et incapable, elle n’a aucune chance de remonter la pente.

S’il fallait un mot d’ordre pour ceux qui seront chargés, « après », de redresser le pays, c’est « L’État gambade partout : ramenez-le à la niche ! »

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