En 1969 paraissait un bouquin intitulé À genoux, les hommes ! Son auteur s’appelait Bernard Moinet (1926-2012). Il était saint-cyrien, colonel. Ce livre raconte la destinée de six officiers, parmi une promotion de sept cents jeunes sortis de la Spéciale dans l’immédiate après-guerre, trimbalés entre guerre d’Indochine et guerre d’Algérie. Bernard Moinet dédiait son livre « aux officiers, aux sous-officiers, aux hommes, tombés depuis vingt ans en Asie et en Afrique, pour la sauvegarde du Monde libre… » Allez écrire ça, aujourd’hui ! Sur la couverture, l’on y voit des saint-cyriens, en grand uniforme, le genou droit à terre. J’avais oublié ce livre, que l’auteur me dédicaça en 1982, mais son souvenir m’est revenu d’un coup, le lecteur aura compris pourquoi.

On peut se mettre à genoux de gré ou de force. Les saint-cyriens qui, aujourd’hui encore, perpétuent ce geste, hérité de l’adoubement chevaleresque, au moment de leur baptême de promotion, ne sont pas arrivés là par hasard. Ce genou à terre symbolise leur adhésion volontaire à une cause qui les dépasse individuellement et collectivement : le service de la France.

Se mettre à genoux peut être un geste d’amour : Roméo aux pieds de sa Juliette ! Un geste, évidemment, de dimension religieuse. On notera, d’ailleurs, que l’agenouillement dans l’Église catholique fut pratiquement proscrit dans les années qui suivirent l’application à la hache de la réforme liturgique, notamment en France. Un prêtre me rapporta, un jour, les propos d’un musulman : « Si vous croyez vraiment que c’est Dieu qui est dans l’hostie, c’est pas debout, même pas à genoux, mais à plat ventre que vous devriez la recevoir. » À méditer, comme on dit… On remarquera que les évêques admettent de moins en moins que l’on mette le genou à terre pour baiser leur anneau, comme s’ils s’imaginaient que ce geste leur était destiné ! Cet agenouillement religieux, en tout cas, est, là encore, l’expression d’une adhésion volontaire à une croyance, à une foi. On ne prend personne par les cheveux pour ployer le genou.

Car il arrive aussi, malheureusement, que l’agenouillement ne soit pas volontaire mais forcé. Qui n’a pas le souvenir de ces images terribles d’otages, qu’on avait habillé d’orange, la tête recouverte d’une capuche noire, exhibés sur un rang par leurs bourreaux, quelques instants avant d’être égorgés ? On n’a pas le souvenir que l’humanité ploya un genou à la mémoire de ces martyrs, victimes de l’islamisme.

La question est de savoir si toutes ces belles personnes qui mettent, aujourd’hui, le genou à terre, comme pour demander pardon d’un péché qu’ils n’ont pas commis, aux États-Unis mais maintenant en France, le font de gré ou de force. On a vu des images de policiers américains le faisant à l’imitation d’un collègue, mais on n’avait pas l’impression d’une excessive et farouche spontanéité. Et puis, maintenant, tous ces hommes et femmes politiques – Justin Trudeau, au Canada, , le socialiste Olivier Faure, en France, etc. – qui se sentent obligés de mettre le genou à terre. Quelle est la part de spontanéité, de sincérité, de suivisme, de conditionnement des esprits ? Des parlementaires, revêtus de leur écharpe tricolore, mettent le genou à terre. Robespierre, l’idole de Mélenchon, institua le culte de la déesse Raison. Aujourd’hui, c’est au culte de l’Émotion que l’on se plie, que l’on ploie le genou. On pensait pourtant que notre République était laïque.

Les saint-cyriens, après avoir reçu leur nom de promotion, se relèvent « en bloc », comme l’écrivait le colonel Moinet, au commandement : « Debout les officiers ! »

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