Attaques au couteau : Londres s’équipe de kits anti-hémorragie

L’ensauvagement des sociétés occidentales paraît bien difficile à juguler.
Capture d'écran © Brent Council
Capture d'écran © Brent Council

On a l’habitude de voir des extincteurs et des défibrillateurs dans les espaces publics et les transports en commun des grandes villes européennes – et c’est heureux pour la sécurité, la santé de chacun. Mais voilà que Londres s’équipe de kits anti-hémorragie. Les Londoniens deviendraient-ils massivement hémophiles ? Non. La raison est autre : la capitale n’arrive pas à endiguer les attaques au couteau.

Cinquante morts par an

Les statistiques des infractions liées aux couteaux, enregistrées par la police de Londres, sont éloquentes. En dix ans, on est passé de 9.750 infractions à 13.850. Avec un creux, l’année du Covid-19, et deux pics autour de 16.000 (2019-2020, 2024-2025). Sont comptabilisés les procès-verbaux pour port d’arme illégal mais aussi, puisqu’on ne porte pas impunément une lame, les agressions et les homicides. On compte, à Londres, une cinquantaine de morts à l’arme blanche par an, soit la moitié des homicides.

« Nombre d’infractions liées à des couteaux ou instruments tranchants enregistrées par la police à Londres de 2015/16 à 2025/26 (en milliers) » Source: https://www.statista.com/statistics/864736/knife-crime-in-london/

Comment explique-t-on cet emballement autour des armes blanches ? La réponse convenue est celle des « facteurs sociaux », ainsi que dit France Info, « comme la pauvreté, le manque d'opportunités pour les jeunes et l’influence de la culture des gangs ». L’importation de mœurs étrangères ? Sujet tabou. En septembre 2024, une loi a interdit le port d’armes blanches, en particulier les grandes lames dites « zombie ». Non sans paradoxe : parallèlement, au nom de l’inclusion, les Sikhs conservent le droit de porter leur lame rituelle, comme celle dont le jeune Henry Nowak a été victime à Southampton.

L'opposition du maire, Sadiq Khan

Il y a quelques mois, le conseil municipal de Londres a voté une motion à l’unanimité, en vue d’expérimenter « l’installation de kits anti-hémorragie sur des lignes de bus londoniennes sélectionnées, en priorisant celles desservant les zones où le niveau de violence grave est le plus élevé ». Une façon de protéger particulièrement les ados et les jeunes puisque, dit encore la motion, « les jeunes Londoniens sont plus susceptibles d’utiliser le bus et sont touchés de manière disproportionnée par la violence grave, en particulier les crimes au couteau ».

Mais le maire de Londres Sir Sadik Qhan a repoussé dédaigneusement l’idée d’une telle expérimentation. Il estime qu’une mauvaise utilisation de ces kits serait dommageable pour les victimes et qu’il existe une seule bonne solution : appeler les secours. Vous avez demandé les pompiers, ne quittez pas… Une position pas convaincante. En 2022, déjà, Mr Griffiths, chirurgien au Royal London Hospital, appelait à un déploiement de kits anti-hémorragie semblable à celui des défibrillateurs, pour faire face à la réalité : « La brutalité des blessures que nous constatons, le nombre de blessures, le nombre d'agresseurs et la gravité des blessures sont en train d’évoluer. »

L'honneur d'une mère

Face à ce maire qui préfère que des gens se vident de leur sang plutôt qu’on leur pose mal un garrot en attendant les secours, d’autres agissent. Plus au fait du terrain, la police londonienne a passé un marché avec un équipementier médical pour doter un certain nombre de lieux – magasins, bars – de kits anti-hémorragie. « Nous sommes convaincus, explique l’entreprise, que l'équipement de ces lieux contribuera à sauver la vie de victimes d'agressions violentes, notamment à l'arme blanche. » Le kit contient tout ce qu’il faut pour « stopper immédiatement une hémorragie externe engageant le pronostic vital ».

Il existe aussi des initiatives locales, comme celle du district londonien de Brent, qui a installé plusieurs de ces kits. Et des initiatives privées, la plus connue étant celle de la Daniel Baird Foundation, du nom d’un jeune homme poignardé à Birmingham en 2017. Sa mère, Lynne Baird, fait activement campagne en faveur des kits anti-hémorragie. Pendant que le maire de Londres fait la fine bouche, le délicat, le puriste, une mère combative agit pour que le drame arrivé à son fils ne se reproduise pas. À ce jour, on enregistre 6.676 kits au Royaume-Uni, dont 367 à Londres. Un « succès » qui témoigne de l’ensauvagement qui s’opère dans les sociétés occidentales et de l’impuissance à le juguler. D’autant que, rappelle Statistica, Londres n’est pas uniquement concernée par les attaques au couteau. Il y a aussi l’augmentation des attaques à l’acide, pratique à l’honneur en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. L’importation, encore. Après le couteau, le vitriol. C'est sans fin.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Comme en France, il n’y a pas de veritable solution mise en pratique pour renvoyer tous les instrus malfaisants dans leur pays respectif, les anglais mettent en place des «  » mesurettes imbéciles » » » . Qui peut comprendre une telle inbécilité ?? Qui à part ceux qui les mettent en place pour garder leur «  »gamelle »..??

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