[TRIBUNE] Gaullisme : les héritiers ont dilapidé l’héritage

Et si le gaullisme n’était pas, au fond, un certain retour à la tradition capétienne ?
Jerome.losy, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
Jerome.losy, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Le film La Bataille de Gaulle a remis le fondateur de la France libre et de la Ve République au goût du jour. Et a sans doute révélé à beaucoup de nos contemporains ce qu’avait été sa solitude, son intransigeance, son obstination et la justesse de son analyse, dès 1940, sur l’issue du conflit. Bien entendu, beaucoup de nos politiciens se sont empressés de célébrer le personnage et son œuvre, surtout à l’horizon de la prochaine élection présidentielle. Sans doute n’ont-ils par perçu combien ce film soulignait l’immense distance qui sépare ce personnage historique des petits-bourgeois narcissiques qui se bousculent à la porte de l’Élysée. Comme l’avait dit le général de Gaulle dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 : « Ce qui est à redouter, ce n’est pas le vide politique, c’est plutôt le trop-plein. » En vérité, le trop-plein et le vide.

Indépendance, grandeur et prospérité de la France

Certes, Charles de Gaulle ne fut pas un saint de vitrail, et la cruelle indifférence dont il fit preuve à l’égard d’un million de « pieds-noirs » obligés de quitter leur terre natale et de milliers de harkis promis à une mort horrible ternit la geste gaullienne. Il demeure que l’homme avait une perception profonde des tréfonds de l’âme des peuples, du poids de l’Histoire, des logiques de la géographie et de l’économie. Il avait l’intelligence historique et culturelle qui fait tant défaut à notre oligarchie, qui lui permettait de prévoir à long terme et de poser les justes analyses. Qui, en mai 1962, aurait osé dire : « Les seules réalités internationales, ce sont les nations. La Russie boira le communisme comme le buvard boit l’encre », près de trente ans avant la fin de l’Union soviétique ?

Si nous voulions synthétiser les objectifs de l’action du général de Gaulle, il pourrait être retenu trois mots : l’indépendance, la grandeur et la prospérité de la France. Objectifs poursuivis en fondant sa méthode de gouvernement sur le réel et non l’idéologie. Pragmatisme, donc, mais fondé sur la connaissance de la réalité profonde des peuples, et du peuple français en premier. Réalité pas toujours exaltante.

Que reste-t-il de tout cela, 57 ans après qu’il a quitté le pouvoir ?

Rien, ou si peu. Au demeurant, dans un entretien avec Christian Fouchet en 1969, il l’avait prédit : « L’Europe est dans de beaux draps. C’était fichu, du jour où la moindre affirmation de la France, au-dessus de tous ces technocrates apatrides et au besoin contre eux, était considérée par tous les autres comme une forme exorbitante de nationalisme. Il m’arrive de penser qu’il ne restera rien après moi de ce j’ai voulu faire. » Mais d’ajouter : « Il m’arrive de penser aussi qu’il restera la marque quand même sur quelques-uns et sur la nation. » Une fois encore, une vision si juste à long terme.

Que reste-t-il, en effet, de l’indépendance de la France ? Une illusion entretenue par toute la classe politique, celle de la « souveraineté partagée ». En clair, la fin de la souveraineté. Et pour accomplir pleinement cette escroquerie politique, « la souveraineté européenne » si chère à Macron, qui n’est que l’abandon de notre liberté entre les mains de « technocrates apatrides » qui poursuivent un agenda d’internationalisme mercantile. Et de la « grandeur de la France », que reste-t-il encore ? L’arrogance française, comme il est souvent dit dans les couloirs bruxellois, cette forme de vaine suffisance si propre à la technocratie française. Quant à la prospérité, nous savons trop ce qu’il en est dans une France appauvrie, endettée et assommée d’impôts, de taxes et de contraintes qui ruinent son économie et empêchent de maintenir une protection sociale que l’on ne sait plus financer que par l’emprunt, tout comme l’écrasante bureaucratie qui nous étouffe.

L’imposture maastrichtienne

Mais le pire en tout cela est que la destruction de l’héritage est autant le fait de ceux qui se réclament de l’héritage que des adversaires de toujours du gaullisme en ce qu’il avait de bon. Du RPR, en passant par l’UMP jusqu’à LR, tous les traités européens et les accords internationaux qui réduisaient à néant la souveraineté française ont été approuvés, soutenus, défendus. C’est l’honneur, si l’on s’en tient à la famille gaulliste, de Philippe Séguin, de Charles Pasqua et de Nicolas Dupont-Aignan d’avoir refusé l’imposture maastrichtienne.

Faut-il souligner que tout cela a été commis par des majorités démocratiquement élues, voire par des référendums adoptés par le peuple, comme le traité de Maastricht ! Et quand le projet de Constitution européenne a été rejeté par une majorité de Français, c’est un Président se réclamant du gaullisme qui, par un tour de passe-passe parlementaire, en a fait ratifier la copie quasi conforme par voie légale. Il ne faut pas être un béat de la souveraineté populaire. L’état de la France de 2026 est le résultat des politiques menées par des gouvernements démocratiquement constitués après des élections dont le résultat avait été voulu par une majorité d’électeurs. Comme l’écrivait Joseph de Maistre, en 1811 : « Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. »

La seule question qui se pose est celle de savoir si nous serons capables, par des voies démocratiques, de redresser la France voire de la sauver en tant que nation souveraine. Ce qui suppose le courage politique de remettre en cause des engagements internationaux mais aussi des politiques internes d’assistanat, de délire administratif, de surnombre bureaucratique, de poids fiscal mortifère, de laxisme judiciaire, d’effondrement scolaire, d’ouverture migratoire incontrôlée. Une chose est certaine : il ne peut y avoir de relèvement de la France sans retour de la souveraineté française. Une France aux mains libres à l’intérieur comme à l’extérieur. C'est-à-dire un État régalien fort dans des compétences limitées. Le contraire de notre État obèse, inefficace, jouet des féodalités contemporaines et qui n’est plus respecté par personne. Et si le gaullisme n’était pas, au fond, un certain retour à la tradition capétienne ?

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Stéphane Buffetaut
Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Oui tout à fait sauf que c’est le FLN algérien qui n’a pas respecté ses engagements en profitant du fait qu’il nous tenait par le Sahara où nous faisions nos essais nucléaires. Cela dit, pour exceptionnel qu’il ait été, le Général s’inscrit dans une longue série de sauveurs d’un Pays qui s’acharne à se mettre dans des situations invraisemblables. C’est à la fois notre malédiction et notre chance – souvent bien peu méritée. Nous avons un certain nombre de recours qui pour le moment ne sont que des Cassandres. Pour qu’ils puissent agir il faudrait que la situation empire encore…

  2. Votre juste analyse, M. Buffetaut appelle néanmoins quelques remarques.
    Vous insistez sur les ratifications par votes populaires de diverses orientations politiques majeures : ratification du traité de Maastricht, diverses élections etc… Permettez de faire remarquer que les résultats alors obtenus, l’eussent-ils été dans les « démocraties de l’Est » que les commentateurs et dirigeants de toute obédience n’auraient pas manqués de crier, justement, au scandale et à la spoliation, compte tenu l’énorme déséquilibre des vecteurs d’informations entre les deux camps. En 1992, grosso modo, le rapport devait être de l’ordre de 70%/30%, au préjudice, évidemment, du camp national. Et depuis il n’a fait qu’empirer.
    Doit-on se retrancher derrière la légalité formelle et considérer le score démocratiquement acquis ? Je ne le crois pas, et vois plutôt là des forfaitures inacceptables.
    Je ne crois pas me fourvoyer en jugeant qu’une information équilibrée inverserait quasi systématiquement les scores, et largement.
    Ainsi, j’ai eu l’occasion en cette rentrée d’entendre les discours le plusieurs ténors du camp national. Vous étonnerais-je en affirmant que diffusés par les médias main stream, l’enthousiasme du peuple de France ne serait pas bien différent de celui des personnes présentes dans les amphithéâtres !
    D’une façon générale j’observe que les commentateurs et le monde politique semblent minimiser le poids déterminant de l’information, qui est pourtant une arme essentielle du combat politique, au même titre que l’argent et le talent des hommes, notamment. Le système, lui, en a pourtant bien conscience qui veille à l’appropriation par ses mentors (Niel, Drahi, Pigasse, Arnault…) de l’essentiel des médias, et qui de plus, s’ingénie à prétendre le contraire, dénonçant comme envahissants les quelques malheureux organes d’opposition (Bolloré …).
    Le premier combat pour la démocratie est bien d’exiger une parité de l’information, et à défaut, de ne pas hésiter à contester les scores malhonnêtement obtenus. Je suis surpris que ce combat de fond ne soit que marginalement mené.

  3. Bel article…
    Pour moi une seule anecdote permet de situer notre grand Charles par rapport aux foutriquets qui nous dirigent actuellement .
    Se sentant moins bien perçu il a organisé un référendum et pour 1% des voix il s’est retiré de la vie publique… au fait quelle est la cote de Micron ?

  4. Par son insistance sur la souveraineté du peuple à travers l’élecion présidentielle au suffrage universel et la pratique du référendum De Gaulle a amplement démontré que sa constitution et sa politique étaient exactement l’inverse de la monarchie absolue pratiquée par les Capétiens !

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