[MÉDIAS] Céline Dion : pourquoi la presse de gauche la déteste ?

Moquée depuis des décennies, la chanteuse reste la cible d’un petit milieu médiatique qui méprise aussi son public.
@ Thomas SAMSON / AFP
@ Thomas SAMSON / AFP

Même Céline Dion n’échappe pas à la haine en ligne. Samedi 12 septembre, jour du grand retour de la chanteuse sur scène à Paris, Grégory Schneider, journaliste à Libération, jouait les esprits chagrins, sur X : « Céline Dion, si on parle musique, c’est de la merde – une horreur, boursouflée, grotesque. À un moment, il faut le dire. C’est glauque, faux, déprimant. » Quelques heures plus tard, il récidivait avec encore plus de virulence : « Dion et Goldman... mais c'est Dracula multiplié par la créature de Frankenstein... S'il n'y avait eu que ça, je me serais défenestré à 15 ans. »

La réaction ne s’est pas fait attendre. « Quel aigri, ce journaliste en carton, quand même ! », a répondu un internaute, tandis qu’un autre dénonçait un « snobisme » patenté. Très active sur X, l’actrice Véronique Genest s’est jointe à la discussion : « C’est votre opinion et apparemment pas celle de tous ceux qui l’aiment et l’écoutent et qui n’ont que faire de l’avis d’un journaliste de Libération. » « Quand on est con, on est con », a encore ajouté Philippe David, de Sud Radio, citant Georges Brassens.

Une détestation systémique

Cette morgue n’est pas propre à Libération. Dans une chronique publiée en avril 2026, Le Monde posait déjà la question : « Comment peut-on aimer Céline Dion ? » Le journal y étrillait la « musique sirupeuse » de la diva québécoise, ses robes « grandiloquentes », et jugeait « pénibles » les paroles de ses tubes écrits par Jean-Jacques Goldman. Perplexe, le rédacteur en chef de l’ex-quotidien de référence ne parvenait pas à s’expliquer la « frénésie » autour des concerts parisiens de la chanteuse.

Le divorce entre l’interprète et le petit milieu parisien remonte au siècle dernier. En 1996, Le Monde publiait ainsi « Céline Dion, l’anti-Madonna », avec un sous-titre particulièrement méprisant : « Son rêve : avoir des enfants et mitonner des petits plats pour son mari. » Tellement méprisable, en effet… Les Guignols, eux aussi, en avaient fait une de leurs cibles favorites et caricaturaient régulièrement son apparence physique ainsi que son phrasé, l’accent québécois faisant partie de ceux qu’on peut moquer sans risque d’être taxé de racisme.

Des années plus tard, Le Petit Journal de Yann Barthès reprenait cette mécanique. Les moqueries étaient devenues si récurrentes et cruelles que certains estimaient alors que Céline Dion faisait office de « souffre-douleur » de l’émission.

Derrière la méchanceté

Pourquoi cette hostilité persistante ? Sans doute parce que Céline Dion incarne, dès ses débuts, tout ce qu’une certaine élite culturelle honnit : la famille traditionnelle, la discipline, la variété française, la sentimentalité. Un profil des plus ringards aux yeux de la presse spécialisée qui a une nette préférence pour les artistes aux styles de vie rock et décadents.

La foi de la star ne plaide pas, non plus, pour sa cause. Céline Dion a été élevée dans la foi catholique et ne s’en cache pas : son premier disque s’intitulait La Voix du bon Dieu, elle a ensuite chanté pour le pape Jean-Paul II à Montréal, s’est mariée à l’église et a fait baptiser ses enfants. En 2008, au 30e gala de l'ADISQ – l’équivalent québécois de nos Victoires de la musique -, elle achevait son discours par un vibrant « Et que la paix soit avec vous ! », après une standing ovation interminable.

Il faut parler, aussi, du public de Céline Dion. Si les succès de la Québécoise n’ont pas bonne presse dans les rédactions parisiennes, il en va autrement dans la France « périphérique ». Pas un mariage sans J’irai où tu iras ou Pour que tu m’aimes encore ; pas une soirée karaoké sans All by Myself ou l’insubmersible My Heart Will Go On. La voix de la chanteuse s’invite même lors de certains enterrements, via les émouvants Vole ou Parler à mon père.

C’est donc avant tout la France profonde qui écoute du Céline Dion et c’est la même sociologie qui va à ses concerts. De quoi indisposer ceux qui préfèrent les foules moins uniformes et les artistes moins enracinés. À l’heure de la sacro-sainte « diversité », il est de bon ton, dans les médias, d’afficher son amour du rap et des voix issues des quartiers dits « populaires ». Le même Grégory Schneider qui comparait, samedi, Céline Dion à « de la merde » se montre d'ailleurs très fan d’Aya Nakamura. En juillet 2024, il estimait ainsi que la présence de l’interprète de Djadja aux Jeux olympiques, en compagnie de la Garde républicaine, relevait de « l’évidence »… avant d’avouer, deux ans plus tard, n’avoir en réalité « jamais écouté une chanson de Nakamura ». Du grand journalisme.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

83 commentaires

  1. Je dirais a cet être si vulgaire qu’est le journaliste Grégory Schneider qu’il est encore temps pour lui de faire ce qu’il n’a pas fait à quinze ans. Non pas que je lui recommande – ce qui précède n’est qui pure réthorique – mais je tiens à lui dire que, sans sa présence – et là, je suis tout à fait sérieux – le monde serait peut-être un peu plus beau, plus juste et plus aimable.

  2. Céline ne m’intéresse pas pour ses chansons mais qu’est-ce que ces Gauchos peuvent être bêtes et méchants (et eux ne me font pas rire). Vous souvenez vous de la pauvreté de la vie culturelle en URSS ? Eh bien c’est n’est pas qu’aux autres que cela arrive.

  3. Pourquoi la gauche la déteste ? Parce qu’elle ne répond pas aux critères de la pensée orthonormée et aux canons des « cultureux » en cour.

    La gauche n’a pour credo, pour mantra, que l’invective, la violence verbale ou le dénigrement.
    C’est leur griffe; ils n’ont que ça.

  4. Qu on le veuille ou non c’est une star internationale qui va rapporter un milliard d’euros à la ville de Paris. Elle a fait honneur à la France lors des JO avec la reprise d une chanson de Piaf. Elle avait de la class contrairement à d’autres lors de ces JO. Tout ça n est que méchanceté et jalousie. J ai du mal à comprendre pourquoi cette gauche s en prends à elle.

  5. Je préfère entendre du Céline Dion que du rap. Malgré tout ce n’est pas mon style de musique préféré. Chacun ses goûts. Maintenant j’ai toujours été étonné de l’idolâtrie hystérique qu’il peut y avoir autour de certains artistes. Ça ne date pas d’aujourd’hui, je me souviens de la Beatlesmania quand J’étais gamin.

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