Léon XIV va vénérer la Sainte Tunique, une première depuis saint Pierre

Vieille d'au moins douze siècles, cette précieuse relique aura survécu aux vicissitudes de l’histoire de France.
Photo Etienne Lombard
Photo Etienne Lombard

Le 25 septembre 2026, à l’occasion de la veillée de prière avec les jeunes, la Sainte Tunique d’Argenteuil sera présentée à Léon XIV au Stade de France. Habituellement conservée dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, dans le Val-d’Oise, celle-ci sera transportée exceptionnellement à Saint-Denis. Cet événement revêt une portée particulière, puisque Léon XIV sera, selon la tradition, le premier pape depuis saint Pierre à voir la Sainte Tunique. Une affirmation qui renvoie au fait que ce vêtement, porté par le Christ, aurait été vu de son vivant par l’ancien pêcheur de Capharnaüm. La rencontre sera d’autant plus symbolique que le pape aura vénéré, la veille, la Sainte Couronne d’épines à Notre-Dame de Paris. Le transport de la relique n’est néanmoins pas pris à la légère. Son reliquaire habituel étant trop fragile pour un tel déplacement, un nouvel écrin, conçu spécialement pour l’occasion, doit permettre de la présenter dans des conditions adaptées à sa conservation. Le trajet et les modalités de sécurité restent confidentiels, mais la Tunique sera installée dans un reliquaire vitré, avant d’être dévoilée au terme de la veillée.

Une relique venue de l’Orient chrétien

La Sainte Tunique d’Argenteuil est, selon la tradition chrétienne, le vêtement porté par Jésus durant sa Passion. L’Évangile selon saint Jean évoque les soldats romains qui, pendant la crucifixion, se partagèrent ses habits : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. » Cependant, « ils se dirent entre eux : "Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura." » Ainsi, le vêtement resta entier. Quelques siècles plus tard, selon le chroniqueur mérovingien Frédégaire, la tunique fut redécouverte vers l’an 590. Il raconte ainsi que « la tunique de Notre Seigneur Jésus-Christ […] fut découverte par les aveux de Simon, fils de Jacob ; qui, […] déclara enfin que la tunique était déposée dans la ville de Joppé, loin de Jérusalem, dans un coffre de marbre. Grégoire, évêque d'Antioche, Thomas, évêque de Jérusalem, Jean, évêque de Constantinople, et beaucoup d'autres évêques, après un jeûne de trois jours, portèrent à pied à Jérusalem, avec une sainte dévotion, la tunique enfermée dans le coffre de marbre, qui devint aussi léger que s'il eût été de bois, et ils la placèrent en triomphe dans le lieu où on adore la croix du Seigneur. »

La relique fut ensuite transférée à Constantinople pour être protégée des invasions étrangères. D’après la tradition, Charlemagne, l’empereur à la barbe fleurie, reçut ensuite la tunique de l’impératrice byzantine Irène à l’occasion de son sacre en l’an 800 et la confia à sa fille Théodrade, abbesse au prieuré d’Argenteuil. Depuis, elle est vénérée dans cette ville où elle a traversé les siècles et les bouleversements de l’Histoire.

Une histoire faite de périls

La Sainte Tunique fut ensuite soumise à la menace des pillages vikings, de la guerre de Cent Ans et, enfin, des guerres de Religion. À chaque fois, elle aurait été cachée pour échapper aux destructions. Cependant, la Révolution la marqua à jamais. En 1793, alors que les catholiques sont persécutés, le curé d’Argenteuil, le père Ozet, décide de découper la relique en plusieurs morceaux, pour mieux la protéger des sans-culottes, et d’en enterrer une partie dans son jardin, tandis que d’autres fragments sont confiés à des paroissiens. Une fois la tourmente passée, le prêtre fait recoudre l’habit, mais tous les morceaux ne purent malheureusement être rassemblés, ce qui explique en partie son état actuel. Aux XIXe et XXe siècles, les pèlerinages et les ostensions solennelles reprirent et en 1979, la tunique fut classée monument historique. Néanmoins, dans la nuit du 12 au 13 décembre 1983, la relique fut volée. Fort heureusement, elle fut restituée quelques semaines plus tard, en février 1984.

Un objet de curiosité

Comme de nombreuses reliques religieuses, la Sainte Tunique devint un objet d’étude pour la science. Des analyses ont été ainsi menées pour tenter de mieux comprendre son origine et son histoire. Une datation au carbone 14 réalisée en 2004 a proposé une confection située entre 530 et 640, soit la période mérovingienne, à laquelle se rattachent les chroniques de Frédégaire. Si, pour certains, ceci est la preuve de la fausseté de la relique, pour d’autres, comme l’historien Jean-Christian Petitfils, il n’en est rien. Pour lui, les résultats ont pu être faussés par la pollution de la tunique au fil des âges, notamment par des substances introduites lors de sa mise à l’abri ou de ses enfouissements successifs. Il rappelle aussi que le sang retrouvé sur la tunique correspond au même groupe sanguin (AB), également identifié sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo. Tant d’arguments et de contre-arguments laissant chacun libre de choisir ou non si, pour lui, la relique est vraie. Pour les fidèles, l’essentiel est ailleurs. La tunique rappelle le Christ dans son humanité et dans sa Passion. Elle évoque aussi l’unité de l’Église, à travers ce vêtement que les Romains n’ont pas déchiré. La présentation au pape Léon XIV s’inscrit donc dans une longue histoire de vénération, de conservation et de transmission.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 07/09/2026 à 20:56.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Le commerce des reliques fut florissant et l’adoration de ses reliques donnait lieu à un tourisme religieux qui générait des retombées économiques importantes. Hôtelleries, auberges et commerces divers en vivaient. Ne nous voilons pas la face, la plupart de ces reliques sont des faux, les techniques modernes de datation sont imparables et les explications d’erreurs dues aux accumulations de divers sédiments ne tiennent pas ! Voyez sur YouTube le site « la raison d’abord » la séquence sur le saint suaire est très objectivement analysée, et le commerce des reliques est très clairement évoqué.

  2. Si le Pape devait s’arrêter devant chaque « relique »… Il n’aurait pas fini sa tournée dans le monde. Rien qu’avec les débris de la « Sainte croix » on pourrait reconstruire le Titanic… Il n’y a que la foi qui sauve!…Bienheureux ceux qui croient.

      • Vous oubliez les MIRACLES. HiHiHi. L’eau en vin, et le bois en acier. Je ne fais que des commentaires dans la dérision, sinon, je suis censurée… Ça fait du bien de rire de tout et de rien!

  3. Vu d’un point de vue scientifique et non religieux, il semble que ces tissus vénérés comme des reliques aient bien appartenu à la même personne. Un médecin légiste liégeois respecté (ayant acquis la célébrité parce qu’il est un excellent conférencier) s’est intéressé au suaire de Turin. J’ai assisté à sa conférence il y a quelques jours à peine, le sachant aussi athée que moi, j’étais persuadée qu’il allait tout démolir. Pas du tout. Objectivement, les taches de sang correspondent aux blessures qui ont été infligées au supplicié. Le sang retrouvé est bien du groupe AB+. Par contre l’analyse du tissu le situe également à la période mérovingienne. Les Mérovingiens qui étaient des barbares ont-ils eu l’idée de fabriquer de fausses reliques qui paraissent aussi authentiques ? Cela est peu probable. A la lecture de cet article, comme au sortir de la conférence, je reste pleine de perplexité.

  4. Pourquoi, lorsaque je recommande de lire un livre sur ‘l insolence des miracles en donnant le titre de l’auteur , mes 3 commentaires sont supprimés? J’aimerais une explication  » Si ce livre ne plait pas a BV donnez moi la raison de la suppresszion de mes commentaires. merci a la personne chargé de sensurer.

  5. D’Argenteuil à St Denis, tout ça en territoire pas vraiment chrétien…..
    J’espère que rien de fâcheux n’arrivera
    De toute façon cette visite ne m’intéresse pas et pourtant je suis chrétienne, pas mieux que l’ancien
    On va avoir droit au couplet sur l’accueil des migrants alors que d’une on affiche complet de deux au Vatican ils ne sont pas admis, alors moi l’hypocrisie non merci

    • Connaissez vous « la tunique de la Vierge La GUADALUPE, apparition de 1531 a un Indien Azteque . Sa tunique est exposée sans aucune protection depuis ce temps et se conserve sans probleme ??Les scientifiques encore aujourdhui s’interroge , (entre autre) sur le fait que les yeux de la vierge sur cette tunique presentent les caracteristiques d un organe vivant…Voir le livre « l insolence des miracles de Didier Van Cauwelaert.

  6. Comment pouvez-vous présenter cette tunique portée par le Christ il y a 2000 ans, si elle est « Vieille d’au moins douze siècles »? Vous inventez un nouveau miracle! Soyez au moins cohérent arithmétiquement! Lisez les médecins légistes qui ont étudié sérieusement ce tissus, comparé le groupe sanguin AB rare dont elle est imprégnée aux reliques de Lanciano, du suaire d’Oviedo, du linceul de Turin, … Pour que cette tunique ait été si soigneusement gardée et transmise, malgré les vicissitudes des guerres et du temps, il faut y voir un témoin du sacré dont l’origine remonte à 2000 ans.

      • Moi aussi, je serais curieuse de connaître vos sources. Sachant que tout le monde est d’accord sur ce point : Jésus-Christ a existé.

      • Le Christ a évidemment existé et a bouleversé ses contemporains. Les conservateurs de son temps ne l’ont pas supporté. Il n’est pas rapporté comme masochiste par les évangiles car il est au contraire préciser qu’il aurait demandé à son père divin de lui éviter le type de mort que les autorités de l’époque s’apprêtait à lui infliger.
        Il n’ a pas proféré de multiples dogmes ni instaurer de rites, si ce n’est peut-être le partage de repas entre d’amis en pensant à lui, ce qui n’est pas du meilleur goût pour instaurer une religion masochiste.
        Il n’ est pas responsable, bien évidemment, du caractère masochiste de bien des religieux.
        La religion est clairement l’opium du peuple, alors que le Christ proposait un autre traitement : l’amour. L’un n’empêche pas forcément l’autre, mais malheureusement beaucoup se contentent d’opium ou ne trouve pas d’Amour.
        Il est piquant de constater que vous traitez de masochistes des gens sous opium, c’est à dire sous antalgiques.
        Il y a des piqûres dont l’objectif est de faire du bien. J’espère que vous ne le prendrez pas mal.

      • Il existe des gens non croyants mais qui sont dans le doute et dans le questionnement mais pas vous. Vous êtes dans la certitude en hésitant pas à raconter n importe quoi. Ce n est pas crédible mais risible.

      • Vos propos anti religion commencent à être pénibles, apparemment peu de choses vous conviennent , respectez au moins les croyances des autres

    • Non, il y a les avancées scientifiques. Le Suaire de Turin est l’objet qui a été le plus analysé en laboratoire. On a utilisé des méthodes d’analyse qui sont dépassés actuellement , il a été daté du Moyen-Age entre autres…et actuellement il est bien reconnu comme d’époque et authentifié si je ne m’abuse. En plus, en vue comme cà, le linceul de montre rien, il faut des procédés photographiques pour y arriver, alors, avec les techniques actuelles, vous pensez bien qu’on voit très loin. Imaginez un malade en 1920, en hôpital, on va l’opérer, le chirurgien va ouvrir avec son scalpel et finir ensanglaanté, et imaginez son petit fils actuellement, dans le même hôpital, au milieu des tuyaux, câbles, caméras, microscopes, robots, scanner, une incision d’un cm pour le scalpel électronique et le chirurgien qui sort de salle sans éclaboussure ! Pour les autres sciences c’est pareil, il faut rester farfelu pour croire encore que la Terre est plate ! Le linceul est finalement daté de l’époque du Christ, c’est comme çà. Il y a 150 on ne connaissait pas le groupe sanguin par exemple,maintenant oui.

      • Comme je le disais plus haut, Ejaladeau, J BOBO , lisez le livre « l insolence des miracles  » de Didier van Cauwelaert pour vous faire une idée…Cordialement.

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