Détruite par les nazis, Jeanne d’Arc va renaître dans le Haut-Rhin
Pendant des décennies, une niche vide a dominé l’entrée de la magnifique église Saint-Michel de Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Elle était pourtant destinée à accueillir une figure qui semblait presque naturellement trouver sa place dans cette terre d’Alsace longtemps disputée entre la France et l’Allemagne. En effet, sainte Jeanne d’Arc y avait été installée en 1929, au cœur d’une façade conçue par le sculpteur français Pierre-Alexandre Morlon. Onze ans plus tard, l’occupant allemand la fit abattre car son seul crime était d’être, dans la pierre comme dans les mémoires, un symbole français. Aujourd’hui, cette absence vieille de plus de huit décennies est sur le point de prendre fin.
Une Jeanne d’Arc au cœur d’une façade française
Cette histoire commence avec la construction de l’église Saint-Michel. À la fin des années 1920, l’ancienne église de Wittelsheim est devenue trop petite. Un nouvel édifice est donc construit et consacré en 1929. Sa façade reçoit un ensemble sculpté confié à Pierre-Alexandre Morlon, artiste né à Mâcon en 1878 et mort en 1951, connu à la fois pour ses sculptures et son œuvre de médailleur. À Wittelsheim, Morlon compose alors une façade où se côtoient l’archange saint Michel, deux anges placés au-dessus du fronton et, dans la niche centrale, Jeanne d’Arc. La présence de la Pucelle n’est pas anodine. Canonisée par Benoît XV en 1920, elle est alors devenue l’une des grandes figures spirituelles et historiques de la France. Dans l’Alsace redevenue française après 1918, son image prend également une dimension particulière.
Cependant, l’histoire de cette statue va être brutalement interrompue quelques années plus tard. En juin 1940, la France est vaincue. L’Alsace est placée sous contrôle du IIIe Reich et soumise à une politique de germanisation particulièrement brutale. À Wittelsheim, comme ailleurs dans la région, les symboles français sont désormais prohibés par les nazis. Selon les documents de la ville et la Fondation du patrimoine, le Kreisleiter (responsable nazi local) de Thann ordonne alors au curé de retirer cette statue « intolérable ». Le 7 octobre 1940, l’administration communale finit par procéder à sa destruction en l’abattant avant de la réduire en morceaux. La disparition de la statue n’est toutefois pas totale. Des enfants de Wittelsheim réussissent à récupérer quelques fragments et à les conserver précieusement sans savoir que, plus de huit décennies plus tard, ils contribueraient à la renaissance de ce patrimoine local.
Une niche vide pendant plus de quatre-vingts ans
Après la guerre, l’église est rénovée à la suite de bombardements qui ont miraculeusement épargné sa façade, pourtant constellée d’impacts de balles et d’obus. Malgré ces travaux, point de nouvelle statue. Année après année, la niche centrale reste ainsi vide, mais le souvenir de Jeanne d’Arc demeure présent dans la mémoire locale. En 2023, le projet de faire revenir la Pucelle de pierre commence à prendre forme. L’Association pour la restauration et le maintien du patrimoine historique et culturel de la ville de Wittelsheim est ainsi créée cette année-là, réunissant habitants, élus et représentants de l’évêché de Strasbourg autour d’un objectif précis : restituer à l’église Saint-Michel la statue qui lui avait été arrachée.
Cependant, le projet ne consiste pas à installer une nouvelle statue de Jeanne d’Arc choisie dans un catalogue. L’ambition est beaucoup plus précise : recréer l’œuvre de Morlon au plus près de son modèle originel. D’anciennes photographies permettent ainsi de connaître l’apparence de la statue. Les fragments conservés permettent aussi au sculpteur mandaté pour la création de la nouvelle statue, Olivier Hitter, de retrouver au plus près les formes et les proportions de l’œuvre disparue. Un enfant du pays, le père Rodolphe Vigneron, chanoine du diocèse de Strasbourg, soutient lui aussi le projet et déclare : « Ce projet me tient à cœur afin que notre église concordataire retrouve à nouveau sa façade d'origine. » En 2024, une convention est conclue entre l’association, la commune et la Fondation du patrimoine afin de lancer une souscription, sans que la ville n’ait à engager un seul sou, qui a permis de réunir près de 30.000 euros, auxquels s’ajoutent d’autres aides et du mécénat. Le maire, Yves Goepfert, se réjouit de « ce projet de mise en valeur du patrimoine qui a permis de fédérer les habitants autour d’un projet commun ».
Wittelsheim attend donc désormais le retour de sa Jeanne d’Arc, prévu le 29 septembre, jour de la Saint-Michel. Ce jour-là, la Pucelle retrouvera sa niche et veillera à nouveau sur les habitants de la commune, comme le faisait la statue qui l’avait précédée. La Jeanne d’Arc de Morlon n’aura donc pas simplement été recréée : elle aura été rendue à Wittelsheim.
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20 commentaires
L’histoire que raconte monsieur Mascureau est émouvante d’un bout à l’autre. Il est touchant de voir que les fragments de la statue ont été recueillis par des enfants, jalousement conservés pendant plus de quatre-vingt ans et qu’ils serviront finalement à reconstruire la statue original aussi fidèlement que possible. Ce sont de tels gestes qui font la grandeur d’un pays.
Ah ouais « la grandeur d’un pays » l’Alsace qui vote écolo gaucho, vous parlez d’une grandeur… passée?
Et les allemands du fameux couple franco-allemand miterrandien, ils ont mis combien dans la cagnotte.
@tango-echo : observez l’actualité dans tous ses domaines et vous aurez le montant de leur obole…
Cela ne fera qu’une statue de plus, car la France ne manque pas de représentations de cette pauvre fille qu’elle a brûlée comme sorcière avant d’en faire une sainte. Elle a été trahie par le roi qu’elle avait fait couronner et par l’église qu’elle défendait. Elle gênait parce qu’elle était une femme, on peut lui ériger une statue dans chaque village, cela n’éteindra pas ma colère.
Continuez donc avec votre colère. Vous continuerez à ne rien comprendre du tout.
Amen !
Amen!… Que votre volonté se fasse, Mon Dieu: et non la nôtre!
Jeanne était lorraine, pas alsacienne. L’Alsace faisait partie du St Empire doit on le rappeler? Que les nazis l’ait détruite est une chose, que les français l’ait introduite en 29 pour souligner le retour de cette terre à la France en est une autre. La destruction de monuments dans l’Alsace est devenu une coutume suivant les possesseurs.
Tout ce que je vois est que dans mon Alsace de l’enfance les fenêtres étaient pavoisée de tricolore les 8/5 et 11/11, malheureusement plus le cas aujourd’hui.
Triste sort qu’ils ont fait à cette région si particulière!
La République a suivi son travail de sape de l’Histoire , propagande oblige il fallait lutter contre les royalistes et leur religion …
Qui sont ces « ils » ?
Formidable le retour de Jeanne D’Arc le jour de la Saint Michel à Wittelsheim.
La libre pensée et le grand orient n’ont rien dit ni fait? Bizarre!
Bravo ! Vive la liberté !
Une bonne chose et ne laisser personne s’en mêler
Bien
Les français commencent à se saisir de leur patrimoine chrétien, ce jeune homme qui s’est donné pour mission de restaurer les statues dans les églises, aujourd’ui Jeanne d’Arc, nous sommes sur la bonne voie Merci mon Dieu. de redonner la vue à des aveugles …
Saluons cette heureuse initiative, et souhaitons surtout que l’extrême gauche n’arrive pas au pouvoir.
J’imagine que l’extrême gauche va s’opposer!
On en a marre de ces intolérants