Ces acteurs qui veulent être chanteurs et inversement : ceux qui réussissent et les autres
De longue date, nombre de chanteurs ont rêvé de jouer aux acteurs, ceux-là espérant un jour pousser la chansonnette. Jeff Goldblum est l’un de ces derniers. Issu d’une famille juive venue d’Ukraine et de Biélorussie, cet acteur américain dont tout le monde connaît la tête et moins souvent le nom est de ces myriades d’apprentis comédiens venus tenter leur chance sur les planches de Broadway, à New York. À force d’acharnement, il y fait la carrière qu’on sait ; ou qu’on ne sait pas. Il multiplie les figurations, les seconds et troisièmes rôles. Voire même les premiers dans La Mouche (1986), de David Cronenberg, avant d’être embauché par Steven Spielberg dans Jurassic Park, en 1993. Il y passe comme un touriste consciencieux. Il sait son texte et emplit le contrat. Pourtant, on voit bien que sa tête est ailleurs, même dans d’autres drouilles à gros budget, tel l’Independence Day (1996), de Roland Emmerich, à l’occasion duquel il repousse une invasion extraterrestre en compagnie d’un président américain, Bill Pulmann, devenu quasi super-héros. Bref, il faut bien gagner sa vie ; surtout sachant que chez Jeff Goldblum, il n’y a pas que le cinéma dans la sienne : mais la musique en général, le jazz en particulier.
D’ailleurs, c’est peut-être dans le méconnu Série noire pour une nuit blanche (1985), de John Landis, qu’on le sent le mieux à son affaire. Logique : il y croise, en invités de luxe, Carl Perkins (le créateur de Blue Suede Shoes) et David Bowie. Ajoutez un générique signé de l’immense BB King, In the Heat of the Night, et l’on comprend qu’un tel compagnonnage n’a pu que le contaminer.
Clint Eastwood, autre adepte du jazz…
Cette vocation n’a rien d’un caprice d’artiste gâté, sachant qu’il vient de publier son cinquième album, Night Blooms, en compagnie de son Mildred Snitzer Orchestra. En effet, Jeff Goldblum est un pianiste confirmé et un chanteur plus qu’honorable, tel qu’en témoigne sa très élégante relecture du classique Over the Rainbow, entendu dans Le Magicien d’Oz (1939), la mythique comédie musicale de Victor Fleming. Son truc ? Le jazz à l’ancienne, façon crooner et ambiance enfumée, même si, malheureusement, la cigarette est depuis longtemps proscrite dans ce genre de clubs.
Ce jazz feutré, c’est précisément le genre de musique qu’affectionne Clint Eastwood, lui-même pianiste (ce n’est certes pas Duke Ellington, mais il tient son rang) et qui n’hésite parfois pas à composer pour ses propres films. Mieux : le 17 octobre 1996, il donne un concert au Carnegie Hall de New York.
En France, il y a quelques tentatives, pas toutes convaincantes. Certes, Catherine Deneuve ne démérite pas dans son duo avec Serge Gainsbourg, Dieu est un fumeur de havanes.
En revanche, que dire de Bernard Menez et de sa Jolie Poupée, si ce n’est qu’il s’agit d’un plaisir hautement coupable, même si jouissif ? Notons qu’en 1983, ce 45-tours se vendit par camions entiers. Comme quoi...
Néanmoins, il est à croire que le chemin inverse soit plus aisé et que devenir acteur puisse demander moins de qualités que d’être chanteur. Sans n’avoir aligné que des chefs-d’œuvre, Frank Sinatra était un comédien acceptable et pouvait tenir tête à ses pairs du moment. Mais sur scène, il était inégalable, tout comme son ami Dean Martin. Idem pour Johnny Hallyday et Eddy Mitchell, dont le charisme naturel pouvait pallier le manque d’expérience sur les plateaux de cinéma.
Le cas d’école de Bourvil…
En revanche, puisque nous sommes en France, il y a une exception, forcément française et, cher ami lecteur, peut-être inattendue : Bourvil. En effet, André Raimbourg sait tout faire. Il démarre en tant que chanteur, mais nous épargne le comique troupier, genre pas tout à fait d’un goût exquis, mais n’ayant rien de déshonorant en soi et qui est très en vogue à l’époque. Bourvil n’a pas la voix d’un ténor. Pourtant, quoique chevrotante, elle demeure d’une justesse absolue. Et certaines de ses chansons atteignent des sommets de poésie, telles la Ballade irlandaise, Ma p’tite chanson ou Au petit bal perdu. Sans oublier l’une de ses plus belles, La Tendresse, dont les paroles sont à méditer, surtout aujourd’hui.
Mieux : il sait tout jouer. La comédie comme la tragédie. De La Grande Vadrouille (1966), de Gérard Oury, au Cercle rouge (1970), de Jean-Pierre Melville, de Fortunat (1960), d’Alex Joffé, au Corniaud (1965), du même Gérard Oury.
Pour tout arranger, l’homme était connu pour être l’un des plus prévenants et attentifs sur les tournages, que ce soit pour les plus grandes vedettes, mais encore à l’endroit des plus humbles techniciens. On notera que Jeff Goldblum bénéficie d’une réputation tout aussi flatteuse. Mais la gentillesse n’est-elle pas sœur jumelle de la tendresse ? Tous les hommes de bien savent ça ; les gentilshommes au premier chef.
Et une petite dernière, pour la route :
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28 commentaires
Vous évoquez a juste titre Bourvil Fernandel aussi chantait très bien, notamment des chansons comiques hilarantes comme Felicie Dans les années 30, 40, 50 les acteurs chantaient souvent très bien
Une nostalgie émouvante.
Parmi les Gabin, Fernandel Michel Simon ou Raimu, Bourvil occupe une place à part dans mes souvenir de ces années 60 parce qu’il plaisait autant au môme que j’étais qu’à mes parents et je n’étais pas le seul. Que ce soit par ses chansons comme son jeu d’acteur. Il avait le don d’être émouvant même dans ses rôles les plus comiques ;
Pour ce qui est de l’interprète de la mouche James Goldblum , excellent acteur au demeurant , qui se révèle être un jazzman crooner très talentueux dans cette très belle interprétation de « Over the Rainbow » Une chanson qui me touche tout particulièrement et que j’ai eu l’occasion de réécouter, il y a peu , interprétée magistralement par la grande Sarah Vaughan , dans l’album the « Land of hifi » . En voilà une qui a fréquenté les clubs de jazz enfumés dont vous semblez regretter l’ambiance , à juste titre du fait de nombres de grands artistes qui s’y sont produits. Sarah Vaughan qui était une fumeuse de cigarettes invétérée devant l’éternel ce qui ne l’empêchait pas d’être dotée d’ une voix à l’aise dans tous les octaves. Sarah et Ella deux personnalités complètement différentes , mais un immenses talent toutes les deux. Sans transition parlons de Bernard Menez et sa « jolie poupée « . Cette rigolade chantée , avait le don à l’époque de m’énerver au possible ,en même temps qu’elle restait ancrée dans ma tête si bien que cela tournait à l’obsession parce que je me surprenais à la chanter pour un oui ou un non et parfois pour provoquer mon entourage , gentiment !
Eddy Mitchell, remarquable musicien disposant d’un swing rare en France fut d’abord comédien. Par contre étonnant que le talentueux Serge Reggiani ne soit même pas cité. Mais peut-être que la richesse des textes qu’il servait ne concerne pas l’auteur de cet article.
Merci pour cet intermède musical Monsieur Gauthier, j’ai toujours aimé le rock, le rock anglo-saxon surtout, mais j’ai toujours dans mon cœur et dans ma discothèque une place pour ce Grand Monsieur Bourvil. Et la à l’écoute du » petit bal perdu », je n’ai pas pu m’empêcher de verser une larme. Merci encore et continuez à faire vivre nos souvenirs.
Et étrangement, pas un mot sur Serge Reggiani, le plus humain des comédiens devenu devenus chanteurs, servi par des auteurs dlsposant d’une richesse remarquable de la langue française. Mais cette richesse là n’intéresse que peu M. Gauthier.
Nicolas toujour à nous faire aimé le nostalgique,Bourvil ce Normand inoubliable et un acteur incroyable,merci aussi pour les autres.
Merci pour ce bel article rafraîchissant.
Il manque Gabin à l’inventaire et quelques chanteurs actuels, mais aussi des sportifs reconvertis avec talent
Il n’y a pas que Bourvil. Fernandel et Gabin ne sont pas en reste. Fernandel à l’Alcazar de Marseille (en comique-troupier – elle a de la barbe, c’est beau la nature) et Gabin dans les guinguettes « au bord de l’eau » (Leo, Lea et Elie, la femme-caoutchouc, Viens Titine y compris en duo avec Mistinguett).
Pipo,Nicolas en à plein une musette et ils vont venir les Fernandel,les Gabin.
Merci passionnant
Merci Nicolas Gauthier pour vis articles sur la musique. C’est un bonheur de retrouver tous ces tubes qui sont encore tellement actuels
je suis bien d’accord !
Trois Français ayant incontestablement réussi dans les deux domaines: Montand, Reggiani, et Brel (surtout pour « l’e**erdeur »)
Brel français ????
Sauf à s’en tenir aux formalités administratives, aucun des trois cités n’est né en France…
La France de l’embouchure du Rhin à celle du Congo, ou de l’Atlantique à l’Himalaya?
Bourvil, l’évoquer encore ici me fait songer. Quel personnage !
oui, sans doute comme Angèle ! Mais on sait que la Belgique, c’est juste « les frontières du nord »pour notre météo et que de ce côté nous sommes frontaliers avec…les pays-Bas. ( Quelquefois entendu sur antenne).
Francophile !
Jacksoul… avez-vous vu la comédie musicale l’Homme de la Manche …?
Superbes Brel et Dario Moreno.
@jacksoul je suis d’accord avec vous et les autres qui râlez qu’ils ne sont pas français, sérieux faut arrêter à un moment donné. Qui de nous aujourd’hui n’a pas un mélange de plusieurs origines??
Il faut arrêter !Personne n’a remis en cause leur talent mais on n’est pas obligé de rappeler tout le temps leurs origines. Ils ne remettaient pas pour cela en cause, le pays qu’ils aimaient ainsi que la langue française, qu’ils servaient avec autant de talent et de cœur . Ils ne défendaient pas, pour cela , une idée mondialiste de la France mais la France telle qu’elle était dans toute ses dimensions culturelles et historique . Reggiani , Brel , Montand , Aznavour , Moustaki , Mouloudji , mettaient leur talent au service d’une France qu’ils aimaient autant que ceux qui comme Bourvil ou Fernandel avaient des racines bien ancrées dans leur terroir. D’autres français ont chanté de l’anglais tout en étant bien français comme Claude Moine , Nougaro , Bécaud et Gainsbourg , même si il composaient et chantaient parfois sur des rythmes venus d’ailleurs , servaient la langue française en l’adaptant parfaitement aux musiques dont ils s’inspiraient .
En effet, restons Français. J’ajouterai si vous le permettez, Monsieur Gauthier, que ce qui était remarquable chez Bourvil, en plus d’une voix naturelle – qu’il ne cherchait pas à transformer par l’emploi fictif d’acrobaties vocales comme tant d’autres aujourd’hui – c’était sa capacité de ponctuer le rythme en s’appuyant sur le texte lui-même qu’il servait d’ailleurs à merveille. Les césures étaient parfaites parce que respectées. Cette performance était due à la justesse de son interprétation et ceci grâce à une oreille que l’on peut probablement qualifier d’absolue. Il s’entendait chanter. Car on peut avoir à la base une très belle voix mais si on ne s’entend pas, c’est une lacune rédhibitoire dans l’accès à l’art vocal sauf à se noyer dans une chorale mais là encore il faut au moins savoir garder le rythme. Sans compter qu’il avait une très grande sensibilité pour la poésie. Un grand Monsieur ce Bourvil. Des artistes comme lui, cela nous manque.
Je ne trouve pas pour autant qu’il soit chanteur. Il reste avant tout un comédien même quand il chante. Et beaucoup de comédiens sont capables de la même choses. Ils ont une fibre et une sensibilité artistique qui le leur permet. Moins valable dans l’autre sens selon moi, mais Vanessa Paradis par ex, joue également très bien la comédie (qu’on aime ou pas), voir la Fille sur le pont avec Daniel Auteuil. Ça reste des métiers artistiques avec beaucoup de similitudes dans l’expression de soi.
Vanessa paradis ???.?.?.?
J’ai infiniment moins de connaissance technique que vous mais je vous approuve totalement . Le phrasé est aussi important que les envolées lyriques de certains artistes d’aujourd’hui qui font souvent appel aux technique d’auto tune pour soutenir leurs voix