[POINT DE VUE] Pourboires : petit racket pour le bonheur de Bercy

Malheureusement, de plus en plus de restaurants ont instauré la pratique du pourboire numérique.
Photo de Fausto Ferreira: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/gros-plan-sur-une-main-comptant-des-billets-en-euros-sur-une-table-36027788/
Photo de Fausto Ferreira: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/gros-plan-sur-une-main-comptant-des-billets-en-euros-sur-une-table-36027788/

Au moment où l'on s'apprête à quitter la table du restaurant après avoir réglé l'addition, arrive le moment du pourboire. C'est un geste délicat, parce qu'il s'agit de répondre en quelques secondes à la question subtile du montant à laisser. Donner trop vous fait passer pour un parvenu démonstratif ; donner peu vous désigne comme un pingre. Laisser environ 5 % du montant de la note est l'usage, mais c'est sans doute un peu juste lorsque celle-ci est inférieure à vingt euros.

En ce qui me concerne, le montant du pourboire est proportionnel à l'amabilité du serveur et à la qualité du service, à laquelle je suis particulièrement sensible, bien plus qu'à celle des mets.

Malheureusement, de plus en plus de restaurants ont instauré la pratique du pourboire numérique. Sous prétexte que les clients ont de moins en moins de monnaie en poche, un serveur vous saute dessus en vous brandissant un terminal de paiement électronique sur lequel figurent plusieurs cases affichant des montants sous la question : « Souhaitez-vous laisser un pourboire ? » 5 €, 7 €, 10 €, 20 €, autre ?

Il y a, dans cette pratique, un petit côté racket qui me déplaît fortement. Elle déroge au principe même du pourboire, dont le montant doit être librement laissé à l'appréciation du client. Non seulement vous vous sentez obligé de laisser un pourboire, alors qu'il s'agit d'un usage et non d'une obligation, mais, en plus, vos choix sont limités. Ayant horreur que l’on me force la main, cette pratique m’indispose et  m'incite plutôt à ne rien donner, quitte à passer pour un fesse-mathieu.

En outre, dans ma conception du pourboire, celui-ci doit être laissé discrètement, sans ostentation, sur la coupelle où l'on vous a apporté l'addition, une fois celle-ci réglée, afin d'atterrir dans la poche du personnel.

Il y a plus grave encore. Le pourboire numérique vient entériner la disparition progressive des espèces et, par conséquent, sera probablement fiscalisé au même titre que tout autre revenu. Dans ma jeunesse, être serveur faisait partie des petits boulots de la belle saison et les pièces reçues en pourboire constituaient ce que nous appelions notre argent de poche. Pas question que Bercy vienne y mettre son nez tentaculaire !

Nous sommes déjà tellement fliqués par nos téléphones portables, par les banques et par la facturation électronique, devenue obligatoire pour les professionnels, que ce pourboire numérique va nous ôter le peu de liberté qu'il nous reste. L'État veut tout contrôler à outrance. Cela devient irrespirable. Bientôt, nous ne pourrons plus donner une pièce à un mendiant sans devoir déclarer ce don mirifique !

L'Europe souhaite la disparition du cash afin d'entraver (soi-disant) le blanchiment d'argent sale. Ce sera surtout le prétexte pour mieux contrôler absolument tous les mouvements d'argent, aussi modestes soient-ils. L'enfer est pavé de bonnes intentions, et cela n'empêchera jamais le brigandage ni les malversations.

Dans mon enfance, vers l'âge de dix ans, mon père me donnait de « l'argent de semaine » si je l'avais mérité. Il s'agissait d'une belle pièce de cinq francs que je conservais précieusement dans une tirelire en forme de cochon jusqu'à ce que je puisse m'offrir le jouet convoité. Ainsi, je me rendais compte que rien n'était gratuit ; j'apprenais à épargner et à gérer mes sous. Il y avait le geste et la matière : l'argent était concret.

Lorsqu'il n'y aura plus ni pièces ni billets, comment les parents feront-ils avec leurs très jeunes enfants ?

Aujourd'hui, je regrette que tout soit dématérialisé, alors même que la société est devenue de plus en plus matérialiste.

Picture of Charles-Henri d'Elloy
Charles-Henri d'Elloy
Écrivain, polémiste

Vos commentaires

75 commentaires

  1. Le pourboire est optionnel et, comme vous, je ne donne que si je suis satisfaite du service. Si c’est un petit resto où je déjeune souvent, je donne de temps en temps. Je sais que les serveurs arrondissent leur fin de moi avec ça, encore faut-il que le patron soit honnête.
    Mon fils a été serveur pendant ses études, le patron leur donnait 10€/jour du pot commun et gardait le reste. Donc je m’assure que le pourboire va bien dans la bonne poche.
    Et il y a tant d’autres métiers pénibles et/ou mal payés ou personne n’a de pourboire, que c’est vraiment une faveur qu’on fait aux serveurs.

  2. En France, la loi impose que le service soit inclus dans le prix affiché et l’addition finale depuis 1987, interdisant toute majoration cachée.
    Transparence des prix : Les articles L3244-1 et L3244-2 du Code du travail et les règles de la DGCCRF exigent que le prix affiché soit le prix payé, service compris.
    C’est donc une arnaque qui profite à l’Etat et au tenancier qui ne redistribue plus forcément le « service-pourboire ».
    Selon la loi de 1987, n’y a pas lieu de donner un pourboire. Les mots « service » et « pourboire » sont utilisés pour créer la confusion alors qu’à l’origine, chacun savait qu’il s’agissait de la même chose. Les étrangers sont assez déroutés par ces incohérences et sont souvent, dans le doute, donnent encore des pourboires…

  3. Arnaque et racket à tous les niveaux. Pratiquement OBLIGATION DE DONNER. Hors le pourboire date de l’époque des tavernes « pour boire »somme facultative donnée à un employé, en fonction de son amabilité et sa pretation; on veut donner, ou on ne veut pas, ce n’est plus une liberté. Il faudra désormais changer le nom, « racket numérique » serait plus adapté. Perdu dans la jungle des bits, peu de chance à la longue que le serveur ou autre en voit la couleur. Le pire c’est une manne de plus pour les vautours du fisc. Ce pays est 100% cancéreux, retour au moyen âge, si ce n’est pas la préhistoire.

  4. Ca se produit généralement quand on passe à la caisse. On nous demande si on veut ajouter un « pourboire ». La notion de pourboire ne me gêne pas mais à condition qu’il soit bel et bien « donné » au serveur en question. Mais c’est une double arnaque : qui se souvient encore il y a … une vingtaine d’années peut-être… quand on nous a « obligé » à inclure 15 % de service dans toutes les notes de cafés et restaurants. C’était pour l’équité, pour que le personnel puisse être rémunéré de manière certaine, sûre, équitable. Beaucoup de ces serveurs n’en ont jamais vu la couleur… leurs patrons peu scrupuleux gardant cet argent pour eux. Mais dans nos notes, nous payons déjà 15 % de service aujourd’hui complètement dilués on ne sait pas trop où…. Alors, cette nouvelle « obligation » pas obligée n’est qu’une arnaque de plus.

  5. je me souviens il y a quelques années, j’étais au restaurant avec un ami du coté de la gare St Lazare à Paris, juste à coté, un couple de Canadiens en visite à Paris, le Monsieur me demande , est ce que l’ont doit laisser un pourboire, réponse, si vous vous le souhaitez mais pas obligatoire puisque sur votre facture sont inclus 15% pour le service, réponse de ce dernier, ah bon, dans tous les restaurants où nous avons été, les serveurs à qui nous avons posé la question , nous ont tous répondu que c’était obligatoire.

  6. Voilà un moment que j’exécrais durant mon expatriation aux US. La tentative d’infiltration de ce système en France est à mon avis opposée à la pratique claire du « service compris » qui établit un contrat / prix clair à l’achat entre le vendeur et l’acheteur. Le serveur doit être rémunéré par l’employeur et non par le client. Celui-ci a la possibilité de reconnaître une performance exceptionnelle via un don en liquide distribué ensuite au personnelle selon leur pratique habituelle. Je me sens agressé chaque fois qu’au restaurant ou d’autres établissements on me demande de cocher une case « service » !

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