[EDITO] Sur France 2, parler de chemin de croix vous vaut un recadrage !

Ou évoquer, aussi, le « chemin de croissant » (sic). Le service public n'a pas besoin du rapport Alloncle pour se caricaturer.
Capture d'ecran France 2
Capture d'ecran France 2

Sachez-le, quand vous utilisez une expression chrétienne sur France 2, vous vous faites désormais recadrer. La scène se passe sur le plateau du jeu Chacun son tour, un de ces nombreux - trop nombreux, comme l’a noté la commission d’enquête Alloncle - divertissements proposés (imposés) par les chaînes du service public.

Shocking!

L’animateur en est Bruno Guillon. Alors que, s’adressant à une candidate, il évoque son parcours difficile dans le jeu et cherche donc à qualifier son « chemin » jusque-là, elle termine obligeamment sa phrase : « chemin de croix ».

Comme lorsque le mot « Leclerc » est prononcé sur un plateau, l’animateur ayant l’obligation de contre-balancer en rajoutant « Auchan » et « Carrefour » pour ne pas être accusé de publicité déguisée, Bruno Guillon, fébrile, se dépêche de la reprendre : « chemin de croix, ou d’étoile, de croissant, on n’est pas attachés à une religion en particulier ». Il ne faudrait pas avoir l’air de favoriser une « marque » plutôt qu’une autre. Et c’est bien le bon mot dont il s’agit, mais pas dans son sens commercial : ne surtout pas mettre en avant la marque posée depuis des siècles par le christianisme dans ce pays.

C’est grotesque.

Parce que si chemin de croix a un sens dans le langage courant, le chemin d’étoile ou le chemin de croissant ne sont en rien des expressions courantes.

Le seul chemin qui mène au croissant, en France, c’est celui de la boulangerie… le croissant, c’est une viennoiserie en provenance de la capitale autrichienne, baptisée croissant en l’honneur d’une victoire sur les Ottomans, parce que cette pâtisserie avait la forme du symbole turc; Parions que ce n’est pas cette histoire que souhaitait rappeler Bruno Guillon lorsqu’il a sorti cette expression lunaire, c’est le cas de le dire.

 

Ayatollah

Bruno Guillon est un ayatollah de la déontologie ! (En vertu de la jurisprudence France 2, je devrais rajouter aussitôt « un pape de la déontologie », mais convenons que c'est moins parlant.) Il est très à cheval sur la laïcité et la neutralité. Il s’est un peu moins posé de question sur sa déontologie et sa neutralité quand, en compagnie de Nagui, par exemple - tiens, quelle coïncidence ! -, il a signé une tribune en 2022, avant le second tour des élections présidentielles, pour appeler à faire barrage à Marine Le Pen. De même lorsque, toujours sur le plateau de l’émission de Chacun son tour, il a comparé, sous les ricanements, Éric Zemmour à Gargamel, le méchant dans les Schtroumpfs. Un autre qu’Éric Zemmour aurait crié d’ailleurs à l’antisémitisme.

Pourtant, je n'ai jamais entendu personne protester, sur les divers médias du service public, quand l'un ou l'autre - par exemple l'humoriste Alexis Rossignol - a lancé un tonitruant inch’Allah. On attend toujours le rééquilibrage avec « à la grâce de Dieu ».

Et quand l’humoriste Merwane Benlazar est venu, sur France 5, avec un accoutrement d’inspiration salafiste, il a fallu l’indignation des réseaux sociaux pour que l'on daigne s'en émouvoir. En revanche, en février dernier, France Inter a choisi une église désacralisée pour se délocaliser. Pas très laïquement correct ! Mais, ouf ! c’était pour s’en moquer (toujours via son ineffable humoriste Merwane Benlazar). Évoquer la religion catholique, ce n’est pas permis... sauf pour la tourner en dérision.

Mais Bruno Guillon n’est pas le seul à avoir ces pudeurs de rosière. Dans son entretien du 14 juillet 2022, face à Anne-Marie Coudray et Caroline Roux, Emmanuel Macron avait dit, évoquant je ne sais quel remaniement ministériel, vouloir « remettre la mairie au milieu du village, comme on dit en bon laïc ». Censurer les expressions chrétiennes que l’on croise au détour des phrases, cela revient à déboulonner les calvaires au détour des routes. La cancel culture basse intensité, c’est aussi cela.

Inconvenant

Comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, le Français parle chrétien sans le savoir. Quelques exemples, dans l’actualité récente : quand Gabriel Attal a annoncé que les membres de son groupe ne voteraient pas le rapport Alloncle, tel Ponce Pilate, il s’en est « lavé les mains ». Mais ne lui « jetons pas la pierre », il aurait aussi pu donner pour consigne de voter contre. On aurait pu attendre de Delphine Ernotte qu’elle fasse son « mea culpa » ; pas du tout. France TV est pourtant la « grand-messe » de l’entre-soi, comme l'a écrit ici Victoire Riquetti. Sur les réseaux sociaux, dans un communiqué, Delphine Ernotte, furieuse, se répand, « pleure comme une Madeleine ».

Bruno, en soi, n’est pas un prénom très convenable : son saint patron est le fondateur des chartreux. Est-ce bien raisonnable de laisser cette entorse à la laïcité ambulante pénétrer sur le plateau ?

Picture of Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

81 commentaires

  1. Pour entrer dans les clous sur les chaînes et radios publiques, il ne faut plus dire « chemin de Croix » mais « chemin de la Mecque », « Grâce à Dieu », mais « Hamdullah », « point de croix », mais « point de croissant », « être attendu comme le messie », mais « être attendu comme Ali ». Vous ne devez pas souhaiter un « bon Carême », mais un « joyeux ramadan » c’est autorisé, surtout ne pas dire qu’on va à l’église, mais rompre le jeune à la mosquée de Paris est recommandé… Devenez des dhimmis et tout vous seras pardonné.

  2. C’est la dictature des mots à gauche mais ils qualifient tous leurs opposants de fachos. Dictature des mots pour les autres mais pas pour eux. « Pleurer comme une madeleine » ça va disparaitre pour une fatima? « Un bon samaritain » pour un musulman? Ad vitam aeternam?…il y en a un paquet et finalement la gauche veut tout détruire, même jusqu’aux expressions françaises!

  3. Quant à Benzazar, l’humoriste qui ne fait rire que les gens qui ont le même QI que lui, devrait plutôt se produire chaque vendredi dans toutes les mosquées où le succès est assuré tant il est drôle surtout quand il se moque de notre religion. Un blanc oserait être aussi insultant, il ne ferait pas long feu sur les planches.

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Quel est le coût de ce Teknival pour la collectivité ?
Marc Baudriller sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois