400e anniversaire : le Muséum national d’histoire naturelle veut 1 milliard d’euros

Malgré sa longévité, l'institution voit aujourd'hui plusieurs de ses bâtiments menacés de ruine.
Capture d'écran 
Muséum national d'Histoire naturelle
Capture d'écran Muséum national d'Histoire naturelle

Cette année 2026, le Muséum national d’histoire naturelle de Paris célèbre un anniversaire exceptionnel. En effet, quatre siècles se sont écoulés depuis la fondation de ce lieu consacré à l’étude de la nature et à la transmission des savoirs sur le vivant. Pourtant, malgré cette longévité prestigieuse, l’institution sonne l’alarme : ses bâtiments, ses collections et ses espaces d’exposition ont besoin d’être profondément rénovés, au point que près d’un milliard d’euros seraient nécessaires pour assurer sa pérennité.

Un patrimoine en péril

Gilles Bloch, le président du Muséum national d'histoire naturelle, a alerté, ce 25 mars 2026, sur les ondes de France Inter, que son institution était menacée. En effet, de nombreux bâtiments historiques, dont des galeries emblématiques, sont jugés vétustes, se détériorent sous l’effet du temps et exigent des travaux lourds pour être restaurés et modernisés. Le constat est sévère et partagé même au sein du personnel, puisque selon Marc Morvan, représentant CGT au musée, « beaucoup de bâtiments sont dans un état de délabrement très avancé ».

Ainsi, selon Gilles Bloch, il faudrait, au minimum, « 500 millions d'euros de travaux d'urgence à réaliser pour rouvrir les parties du musée fermées » telles que la galerie de paléontologie et d’anatomie comparée « et pour éviter de fermer des bâtiments menacés ». Cependant, cette somme pourrait doubler « si on veut remettre le patrimoine immobilier du Muséum aux standards d'économies d'énergie ». Cette projection place le Muséum face à l’un des plus vastes chantiers patrimoniaux de ces dernières décennies, une opération estimée à près d’un milliard d’euros, une coquette somme qui peut choquer dans un temps où la France cherche à faire des économies. Chaque année, le Muséum reçoit déjà un chèque d’environ cinq millions d’euros pour l’investissement immobilier, complété par l’aide précieuse de plusieurs mécènes, un soutien réel mais très insuffisant, selon son directeur.

Cependant, ce nouvel investissement serait loin d’être inutile et répondrait à des besoins urgents, notamment en matière de sécurité. En effet, le site présente des vulnérabilités comme le Louvre. Le Muséum avait été ainsi la cible d’une cyberattaque, en août 2025, un incident qui avait paralysé une partie de son fonctionnement. À cette intrusion s’était ajouté, quelques semaines plus tard, un cambriolage survenu en septembre 2025, au cours duquel de nombreuses pépites d’or présentées dans la galerie minéralogique avaient été dérobées, pour un préjudice total estimé à près de 1,5 million euros.

Au commencement était le Jardin royal

Malgré ce constat un peu inquiétant, le Muséum restera toujours riche de sa longue histoire. En effet, cette dernière commence ainsi sous le règne de Louis XIII qui, par un édit daté du 6 janvier 1626, ordonne la création d’un Jardin royal des plantes médicinales. Cet ambitieux projet botanique, lancé par les médecins de la Cour, est consacré à botanique, tout en cultivant un intérêt grandissant pour l’ensemble du vivant. La mise en place du jardin se concrétise progressivement, avec l’acquisition de terrains en 1633 et l’inauguration du site en 1640.
Au fil des décennies, l’institution se développe et se transforme peu à peu. Parmi les grandes figures contribuant à cette évolution se distingue notamment le comte de Buffon, qui dirige le jardin durant près de cinquante ans, jusqu’à sa mort en 1788. De son vivant, il s’intéressait à tout, aux sciences diverses, aux plantes et aux animaux, notamment le curieux rhinocéros d’Asie de Louis XV dont la disparition, en 1793, permit l’étude complète du spécimen, son squelette rejoignant la galerie d’Anatomie comparée tandis que son corps naturalisé fut ensuite exposé dans la galerie de l’Évolution. Sous le « règne » de Buffon, le Jardin voit également sa superficie doubler et ses collections s’enrichir considérablement grâce à l’arrivée d’objets et de spécimens uniques issus d’explorations lointaines dont ce siècle fut le théâtre.

L'évolution du Muséum

En pleine Révolution, le 10 juin 1793, un décret de la Convention ordonne la transformation du Jardin royal en Muséum national d’histoire naturelle. Au XIXᵉ siècle, malgré les changements successifs de régimes et les révolutions, le Muséum consolide son rôle international. Le XXᵉ siècle voit la création de nouveaux espaces scientifiques et thématiques placés sous la tutelle du Muséum, tels que le Parc zoologique de Vincennes en 1934 ou encore le musée de l’Homme en 1938. L’emblématique Grande Galerie de l’Évolution, inaugurée en 1994, illustre également l’entrée de l’institution dans une nouvelle ère muséographique, adaptée aux grands enjeux du nouveau millénaire.

Aujourd’hui, le Muséum n’est pas seulement un lieu de conservation : il regroupe environ 2.500 collaborateurs, dont près de 600 chercheurs, et veille sur plus de 68 millions de spécimens répartis sur treize sites ouverts au public et à la recherche. Chaque année, il produit environ 1.500 publications scientifiques et a accueilli près de 3,6 millions de visiteurs en 2025.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

29 commentaires

  1. 1 milliard que le muséum « mendie » pendant que le gouvernement en donne 17 à l’Ukraine. Et la présidente de l’assemblée affirme qu’un référendum n’est pas républicain… Voila où en est la France qui prétend donner des leçons au monde!

  2. A tout vouloir conserver dans le formol on va manquer de formol et d’espaces pour ces musées-morgues.
    Passons au digital et à la conservation informatique. Sauf à nous ruiner pour des musées toujours plus onéreux.

    • La réalité est-elle si effrayante qu’elle doive laisser la place au virtuel ? Certes celui-ci permet une vulgarisation universelle, mais visiter la grande galerie de l’évolution vous offre une émotion que nul écran n’est capable de provoquer.
      Par ailleurs trouver un milliard, en nettoyant les écuries d’Augias des gaspillages d’argent public est chose très aisée. Enfin, offrez aux Français de défiscaliser les dons destinés à la rénovation de ce patrimoine unique, et vous trouverez bien quelques centaines de millions. Les comités Théodule, l’immigration, les énergies renouvelables, les aides au développement, l’Europe, la guerre en Ukraine, le train de vie de l’état nous ruinent. Il y a là une mine de milliards à affecter à des utilisation plus intelligentes et plus utiles à la France et aux Français.

  3. Une bonne solution , les ministres se logent à leurs frais et les châteaux se transforment en Musée !
    Bien sur cela impose de réduire drastiquement le nombre de ministres et de secrétaires dont les 3/4 ne servent à rien , économies obligent ( ne garder que l’indispensable , finance , intérieur et extérieur , armée santé , éducation et bien sur Justice

  4. Il est plus que grand temps de revoir les dépenses du budget de l’état, avons nous encore les moyens de distribuer l’argent des contribuables Français particulièrement a l’étranger sans oublier le financement a des ONG dont certaines nous emmènent dans des problèmes de civilisations.

  5. Si l’état s’appliquait la gestion des pères de famille, la dette ne serait pas si abyssale. Où est l’économie réelle d’une mise « aux standards d’économies d’énergie » et en combien de temps le bilan deviendra à l’équilibre? Autant de questions qui devraient se poser et qui sont très facile à solutionner, mais que nos dirigeants se refuseront à étudier. Pourtant, cela ferait une économie de 50%. En outre, chacun sait que le coût de réparations globales dépasse de très loin les sommes engagées pour répondre à un entretien régulier. Il serait bon de savoir à quand remonte la dernière intervention réalisée.

  6. Monsieur Bloch, si je peux me permettre un conseil, rapprocher-vous de Madame Delphine Ernotte, il semble qu’elle a plus d’un tour dans son sac à main quand il s’agit de trouver du pognon !
    À moins que Stéphane Bern vous vienne en aide avec un Lotto special !
    Après avoir organisé l’astronomique faillite de l’État…
    Macron aura aussi ignoré la vétusté des musées : Le Louvre, le Muséum national d’histoire naturelle, etc.

  7. Et oui, on ne peut pas en même temps financer une soi-disant « culture », en particulier les « oeuvres » théâtrales, musicales et cinématographiques et continuer à maintenir en bon état les musées et bibliothèques où se trouve la seule et vraie érudition.

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