[CINÉMA] L’Épreuve du feu, celle de la fidélité et de la droiture
Comme chaque été, Hugo, dix-neuf ans, occupe la maison familiale de Noirmoutier, sur la côte atlantique. Cette fois, l’excitation est à son comble puisque sa nouvelle copine depuis trois mois vient le rejoindre. Lui qui, jusqu’à l’année dernière encore, était obèse, se sent flatté d’avoir pu capter l’attention d’une fille aussi jolie et sensuelle que Queen. Légèrement cagole, avec son accent méridional de Toulon, cette jeune esthéticienne, spécialiste dans l’art de décorer les ongles, est aussi solaire et souriante qu’il est timide et introverti. Pleine de verve, drôle, le cœur sur la main, elle n’a pas son pareil pour mettre à l’aise ses interlocuteurs.
Heureux et fier de se promener à ses côtés sur les plages de l’île, Hugo commence à changer d’attitude à son égard quand les jeunes du coin, qu’il fréquente depuis son enfance – des Parisiens venus comme lui se goberger l’été aux frais de papa et maman –, témoignent un mépris à peine voilé pour Queen. Alors, le jeune homme pétri de complexes, obsédé depuis toujours par le regard des autres, va se muer peu à peu en goujat de la pire espèce…
Une fille bien, traitée de façon ignoble
Réalisé par Aurélien Peyre, L’Épreuve du feu s’inspire, en l’étirant, du précédent moyen-métrage de l’auteur, Coqueluche, sorti en 2022. Troquant pour raisons techniques l’île de Bréhat pour celle de Noirmoutier, ce récit cruel et révoltant à la fois est moins le portait d’un garçon paumé, influençable et indécis sentimentalement que celui d’une fille touchante et faussement superficielle (Anja Verderosa, la révélation du film) sur qui tout le monde s’essuie les pieds de façon absolument ignoble.
Avec tout ce qu’elle subit, cette Loana de la génération Z se révèle, en définitive, plus finaude, plus humaine et mieux éduquée que ce ramassis de petit bourgeois parisiens pleins de fric et de cocaïne, bien à gauche et dans tous les clichés de leur époque. En atteste cette séquence édifiante où le personnage de Colombe, pseudo-artiste qui dessine des pubis poilus pour lutter « contre le patriarcat » et se faire mousser, vole dans les plumes de l’esthéticienne qui a eu la maladresse de salir l’une de ses « œuvres »…
La jeunesse en pleine lutte des classes
Plus largement, le film d’Aurélien Peyre nous décrit deux jeunesses (il en manque une…) qui n’ont plus grand-chose à se dire et se regardent en chiens de faïence : celle des couches populaires traditionnelles, qui vivent souvent en marge des grandes villes ou dans la France périphérique, et celle des bobos métropolitains qui vivent au cœur de l’activité économique, bénéficient des (rares) bienfaits de la mondialisation, se sentent malgré tout permis de donner des leçons de morale à la Terre entière, mais sont incapables de faire preuve d’empathie dans les rapports concrets avec autrui.
Dans ce contexte tendu, L'Épreuve du feu n’est pas uniquement celle de la fidélité, que doit relever Hugo (Félix Lefebvre, toujours excellent), mais également celle de la multitude, du groupe, de ces individus qui viennent tout faire capoter entre deux êtres par leur profonde stupidité et leur inconséquence, et qu’il faut regarder droit dans les yeux avec un souverain mépris.
3,5 étoiles sur 5
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6 commentaires
La pseudo supériorité des parisiens n’est plus à faire! Je leur laisse leurs cagibis ou fausses grandes maisons, leur pollution, leurs loyers ou prix de fou, mais surtout cette gauche caviar qui refuse les carrefour market tout en votant Glucksman. Paris l’insalubrité et la moins française des villes de France ne m’attire absolument pas. à Paris personne ne travail au Mac Do avec un master par contre en province c’est le cas et la concurrence est bien plus rude, donc cette fausse ville élitiste est une grosse blague où même un simple bac+3 fini ministre!
« L’auteur du film nous décrit deux jeunesses (il en manque une)………Mr MARCELLESI ne nous dit pas laquelle, peut il préciser ?
Tout le monde comprend qu’il s’agit des jeunes d’origine scandinave…
J’ai adoré ce premier long métrage d’Aurélien Peyre qui n’avait pour l’heure réalisé que 2 courts métrages.
Ce film est un petit bijou d’analyse de notre jeunesse contemporaine à la découverte des premiers désirs.
Ici, il ne faut pas se fier aux apparences et aux préjugés.
On comprend aussi que la lutte des classes n’est pas un vain mot mais une réalité concrète encore aujourd’hui.
L’un de mes coups de coeur de l’été …
Je suis tout à fait d’accord avec vous. La lutte des classes existe toujours même chez les jeunes. C’est un très bon film sur l’influence du regard des autres et des clichés, sur un jeune vulnérable qui manque de confiance en lui et se laisse manipuler par ses copains. L’actrice qui joue Queen est formidable. Ça m’a fait penser à Pas son genre de Lucas Belvaux (2014) avec la regrettée Émilie Dequenne. Même problématique mais chez des adultes.
Un très bon film qui dépeint au niveau d’un groupe jeunes le mépris de classe d’un petit groupe de privilégiés vis à vis de ceux qui ne font pas partie de leur monde.
Ce que nous vivons avec ce gouvernement en somme