Editoriaux - 29 janvier 2019

80 km/h : Edouard Philippe droit dans ses bottes !

Le Premier ministre persiste et signe. Alors que le Président aurait traité de « connerie » sa décision, M. Philippe n’a aucunement l’intention de revenir sur les 80 km/h sur le réseau secondaire. Pour justifier sa position, il avance les bons chiffres de la sécurité routière : avec 3259 tués en 2018 en baisse de 189 décès, les chiffres n’ont jamais été aussi bons. La baisse est de 5,5 % par rapport à 2017 et de 0,3 % si on les compare à ceux de la meilleure année jusque-là : 2013. En outre, le nombre de blessés hospitalisés plus d’une journée est en forte baisse : moins 25 %.
Évidemment, le Premier Ministre attribue cette amélioration incontestable à la limitation de vitesse, intervenue le 1er juillet 2018 et prétend que sur 189 tués en moins, 116 viennent directement de cette mesure. Pour cela, il fait une règle de trois en constatant que la baisse s’est accentuée dans le second semestre.

Que faut-il penser de ses arguments ?
Ils me semblent fallacieux, car la baisse était déjà bien amorcée au premier semestre (moins 53 tués) et surtout très vite après le 1er juillet s’est développé un mouvement inégalé de destruction de radars. Du coup les automobilistes n’ont pas respecté les 80 km/h, puisque la peur du gendarme avait disparu. Pire même, ils ont roulé souvent plus vite que l’ancienne limitation de 90 km/h, car l’impunité est devenue la règle sur la grande majorité des tronçons routiers.

De toutes façons, ce genre de décompte macabre n’a aucun sens et il est très difficile d’attribuer une cause précise à une augmentation ou une diminution du nombre de tués. En outre, si la probabilité de mourir sur la route ne change pas d’une année sur l’autre, celle d’avoir 3200 tués est exactement la même que celle d’en avoir 3400. Une variation de 200 unités en plus ou en moins n’a aucune signification. On ne peut tirer des conclusions que sur le long terme. Cinq années de baisse sont significatives, mais une amélioration ponctuelle ne prouve strictement rien.

Il existe aussi une autre cause qui peut expliquer, plus que la limitation de vitesse, cette réduction des décès : peu à peu les voitures anciennes et peu sûres disparaissent, car les automobilistes achètent des véhicules neufs ou des occasions relativement récentes. Or des équipements de sécurité comme le freinage d’urgence sont disponibles sur ces modèles et sont depuis quelques années de série. En outre, les habitacles sont mieux étudiés et se déforment sous l’effet des chocs tout en protégeant les passagers, ce qui n’était pas encore le cas avec les modèles des années 1990.

Edouard Philippe ne reviendra sans doute pas sur la limitation, sauf si le président Macron lui demande. Mais qui sait si les propos de ce dernier rapportés par la presse ne sont pas qu’une posture ? Qui sait si le chef de l’Etat n’est pas au fond d’accord avec son Premier ministre, mais fait semblant de le désavouer, pour préserver sa popularité chancelante ?
Le Pouvoir mettra-t-il en application la proposition de bon sens avancée par certains présidents de conseils départementaux, de récupérer le droit de décider ou pas de maintenir la limitation de vitesse suivant les portions de route ? Après un tel effet d’annonce, on peut légitimement en douter fortement.
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