Cliquez pour acheter

Notre ami Henri Temple, auteur de Théorie générale de la nation, a dirigé la publication d’un ouvrage collectif auquel ont collaboré Éric Anceau, Jacques Sapir, Pierre-André Taguieff, Jean-Claude Werrebrouck… Cet ouvrage est intitulé Qu’est-ce qu’une nation en Europe ? (Sorbonne Université Presses).

L’européisme macronien, comme tous les européismes, nie l’importance des sentiments nationaux, lesquels fondent une fraternité et une solidarité nationales qui permettent la vie démocratique, la limitation des inégalités, l’exercice de libertés partagées au sein de vastes ensembles humains qui diffèrent totalement, par la taille, des petites communautés humaines au sein desquelles vécurent nos ancêtres pendant des centaines de milliers d’années. Le problème avec l’européisme, c’est qu’il n’y a pas de sentiment national européen et qu’il ne peut donc y avoir ni , ni solidarité économique européennes, comme nous le constatons de plus en plus clairement (l’Allemagne, entre autres, refuse toute idée de transferts entre États et Juncker a clairement dit que c’est la Commission qui fait les lois contre les volontés populaires si nécessaire). Toute organisation européenne ne peut être qu’une construction interétatique.

Macron, qui est un libéral conséquent, croit que les affects nationaux appartiennent au passé et qu’il n’est nul besoin d’un affect européen et d’une européenne pour bâtir un État libéral ouvert à tous les flux. Macron veut réaliser la société ouverte chère aux multinationales et aux altermondialistes et, contrairement à Obama, il ne semble pas douter de la faisabilité d’un tel projet (Obama a dit en 2018 que, contrairement à ce que la superclasse pense, les peuples ne semblent pas vouloir vivre dans des sociétés ouvertes).

Dans cet ouvrage, Henri Temple fait une analyse des éléments constitutifs d’une identité nationale : la langue, qui a un rôle essentiel puisqu’elle isole des autres peuples et crée un espace de , d’échange et de transmission privilégié ; la religion, qui peut être un élément très puissant de l’affect national ; l’histoire, qui véhicule la mémoire collective d’un peuple ; le territoire façonné par les ancêtres et lieu de l’enracinement ; enfin, la culture au sens large (arts, , mœurs, mode de vie, institutions).

Affirmer l’existence d’une nation européenne, alors qu’aucun des éléments cités précédemment n’existe au niveau européen, est parfaitement illusoire (il y a des dizaines de langues, dont la plupart ont de lointaines origines communes mais qui sont très différentes depuis fort longtemps ; il n’y a pas d’unité religieuse, même s’il existe un fond chrétien commun, pas plus que d’histoire commune, de territoire commun et de culture commune malgré les ressemblances qui proviennent des échanges innombrables, asymétriques et hétérogènes, qui ont eu lieu depuis la nuit des temps).

Parlant du “verbiage” macronien, Pierre-André Taguieff écrit dans cet ouvrage : “Pour démontrer l’inanité du messianisme européiste, il suffit de rappeler d’abord qu’il y a des peuples en , et non pas un peuple européen, ensuite qu’il existe des nations souveraines en Europe et non pas une « Europe souveraine » – simple vue de l’esprit – ; qu’un marché unique ne dessine pas une communauté politique et, enfin, qu’une civilisation n’est pas une nation, c’est-à-dire une communauté de citoyens au sens fort – une communauté de vie et de responsabilité, une « communauté d’expérience capable de lier les trois dimensions du temps » (Pierre Manent). En outre, une démocratie suppose l’existence d’un démos : or il n’existe pas de démos européen, mais un espace civilisationnel et économique dans lequel des États-nations peuvent librement coopérer. Le « peuple européen » n’étant qu’un mythe instrumental, une Europe post-nationale serait nécessairement post-démocratique… À cette Europe chimérique des « sans-patrie » célébrée par Emmanuel Macron l’on peut opposer une Europe des peuples et des patries susceptibles de se rassembler autour de grands projets.

29 janvier 2019

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Livre : Génocide en Vendée (1793-1794), de Jacques Villemain

Admettre l’existence d’un génocide des Vendéens impliquerait, selon les tenants de la Révo…