Editoriaux - Justice - Manifestations - 5 décembre 2019

5 décembre : les avocats aussi sont dans la rue… pour rien !

C’est reparti pour une journée de grève que nos médias officiels ont d’ores et déjà annoncée comme massive. La France va certainement subir le blocage des routes, des transports publics, du courrier et les files d’attente aux stations-service. Rien de surprenant à cela, nous en avons pris l’habitude.

Sur le fond, il y a beaucoup à dire sur cette fameuse dans laquelle tout n’est pas à jeter. L’état de déliquescence de la classe politique, voire du régime lui-même, n’inspire aucune confiance, surtout après l’interminable épisode gilets jaunes- gilets noirs. Le pouvoir en place a montré de quelle brutalité il était capable, contribuant ainsi à attiser les braises, en même temps qu’il ralliait les modérés de tout poil horrifiés à la vue des dégradations causées par les casseurs.

Nouvel épisode de défilés, donc. Drapeaux rouge sang, slogans vengeurs, hurlements et pétards, déclarations martiales à la télévision. Sur le côté des cortèges, quelques dizaines de voyous cagoulés s’en donneront à cœur joie, peut-être sous l’œil impassible d’une police aux ordres – c’est son métier – de manière à effrayer tous ceux pour qui le portefeuille compte plus que tout le reste. Ils sont nombreux.

Ces défilés ne servent à rien, chacun le sait. Ils nuisent à notre pays, paralysent l’activité économique et dressent les populations les unes contre les autres. Pourtant, les avocats s’y mettront aussi. Et ce n’est pas un titre de gloire. Aller gueuler aux côtés des anarcho-trotskistes de SUD Rail est contre-nature. C’est, hélas, devenu une seconde nature dans une profession qui n’en finit pas de sombrer dans le politiquement correct, et devenue incapable de surmonter ses propres contradictions.

La réforme des retraites touchera durement le régime autonome des avocats. Équilibré, autofinancé, contributeur net au titre de la solidarité nationale, ce n’est pas un régime spécial mais l’exemple de ce qu’il faudrait généraliser. La profession cotise pour elle-même, à la mesure de ses possibilités, et met en réserve les moyens nécessaires pour assurer le versement des pensions lorsque sa démographie rendra nécessaires des arbitrages. En dépit des choix désastreux de ses instances nationales qui refusent de mettre en œuvre une politique de contraction qualitative de ses effectifs, en dépit de sa paupérisation, en dépit de son déclassement social et du niveau affligeant d’une majorité de ses plus jeunes recrues, la profession d’avocat a bien géré sa caisse de retraite.

Elle a raison de protester contre un doublement des cotisations et la fusion de son régime dans un régime unique qui va la spolier purement et simplement.

Mais elle se fourvoie, une fois de plus, en allant défiler avec les syndicalistes d’un autre temps. Elle se fourvoie, une fois encore, en décrétant une journée « Justice morte » dont les justiciables subissent les renvois de leurs affaires à des dates lointaines. Elle se fourvoie, enfin, en pensant que c’est avec des slogans et des drapeaux qu’elle fera reculer le gouvernement. Elle se fourvoie sans cesse : abreuvée de pensée unique, incapable de réfléchir autrement qu’au travers des éléments de langage, électrice en masse de Macron, cette profession proteste mais n’agit pas.

Parce qu’elle refuse la confrontation avec un régime qu’au fond d’elle-même elle adore, elle sera spoliée. Et pourra raconter, le soir au coin du feu, les dures luttes sociales de sa jeunesse.

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