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Editoriaux - Politique - Société - 30 avril 2018

Le 1er mai, fête des désunions syndicalistes et politiques : une fatalité ?

Emmanuel Macron, qui prétend vouloir rassembler les Français, a compris qu’il devait diviser pour régner et imposer ses vues. Au demeurant, ses opposants lui facilitent la tâche : pour le moment, sur le terrain social et politique, il y trouve son compte. Est-ce une fatalité ?

Prenons l’exemple des syndicats. Le 1er mai a rarement été unitaire. On pouvait penser que la réforme du statut des cheminots, le mécontentement qui se développe dans plusieurs secteurs de la société favoriseraient l’union, comme le souhaitait la CGT. Mais les autres confédérations ont refusé une manifestation commune. Seul SUD y participera.

La « convergence des luttes », chère à Philippe Martinez, n’efface pas les divisions entre organisations réformistes et contestataires, chacune voulant se donner de l’importance et tirer son épingle du jeu. D’autant plus que se profilent des élections professionnelles qui mesureront leur représentativité, ce qui incite aux surenchères. Résultat : toutes risquent fort de n’avoir en commun que la défaite.

Autres exemples, en politique. À gauche, Jean-Luc Mélenchon, profitant de la déconfiture socialiste, se sent pousser des ailes. François Hollande lui-même – jusqu’où ne pousse-t-il pas le ridicule ! – se verrait bien revenir sur le devant de la scène. À droite, si Nicolas Dupont-Aignan semble aspirer à construire l’union des droites, de Laurent Wauquiez au Front national, il la conçoit surtout autour de lui. Mais le président des Républicains refuse obstinément toute idée d’alliance avec le FN, contrairement à une grande partie de ses électeurs et quelques élus locaux, comme on l’a vu récemment en Gironde.

Marine Le Pen, qui se remet peu à peu de son échec présidentiel, recherche l’union des nationaux contre les mondialistes et joue à fond la carte des élections européennes de l’an prochain. Elle fêtera le 1er mai à Nice, en compagnie d’alliés européens, pour défendre « l’identité et la souveraineté des nations ». Christian Estrosi dénonce, bien sûr, un « rassemblement de haine et d’exclusion ». Le matin, elle déposera une gerbe devant une statue de Jeanne d’Arc à Cannes. Mais elle est elle-même en butte aux attaques de son propre père, fort du succès de ses Mémoires.

Florian Philippot, son ex-bras droit, prend plaisir à tacler celle qui lui a permis de sortir de l’ornière d’un énarque ordinaire et de se faire un nom. Il répète que le FN est dans un “cul-de-sac” et fustige toute union des droites, persuadé qu’il est seul capable de rassembler les patriotes de droite, de gauche et du centre. Il veut tracer son propre chemin et ne lésine pas sur les moyens : le 23 avril, au côté de Geneviève de Fontenay, l’ex-présidente du concours des Miss France – on a les soutiens qu’on peut –, il a appelé les Français à se mobiliser, le 1er mai, dans une “manifestation des déclassés”.

Dommage pour les syndicats, quoi qu’on pense de leur action : s’ils ne donnaient pas une telle place à leur boutique, ils défendraient peut-être mieux les intérêts des travailleurs.

Dommage pour la droite souverainiste ou eurosceptique, qui s’épuise dans les querelles d’ego au lieu de chercher à s’unir.

Notre Président ne peut que se réjouir de ces divisions. Il peut continuer d’avancer à marche forcée pour mettre en œuvre ses « engagements », qui n’ont suscité l’approbation que d’une petite minorité de Français.

Rêvons un peu : et si ce 1er mai était l’occasion d’une prise de conscience ? Assurément, le plus sage des dirigeants de droite serait celui qui s’engagerait résolument dans la voie de l’union.

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