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Editoriaux - Histoire - Politique - 17 mai 2020

Macron à Montcornet : plus gaulliste que lui, on meurt !

Faut surtout pas se gêner ! L’inauguration de l’« année de Gaulle » à Montcornet par le président de la République, ce dimanche 17 mai, restera un grand moment de la geste macronienne. On ne discutera pas, ici, d’une question qui passionne les fanas d’histoire militaire : Montcornet fut-il ou pas une victoire ? La question fait débat, semble-t-il. Mais, au fond, le sujet n’est pas là. Cet épisode de la Seconde Guerre mondiale est entré dans la légende. Et l’on sait ce qu’il en est des légendes.

Ce qui est notable, aujourd’hui, c’est la capacité du chef de l’État à tirer la couverture du livre d’Histoire à lui. On avait eu droit, en 2018, à « l’itinérance mémorielle », sorte de caravane Pacouli qui avait permis à de sentir le pays en allant de ville en village de la France de l’est et du nord, si durement éprouvée durant la Grande Guerre. Ce pays, il l’avait encore mieux senti quelques semaines après, lorsque éclata le mouvement des gilets jaunes.

Donc, cette année, année de Gaulle s’il en est, avec des anniversaires à répétition : le 130e de sa naissance, le 80e de l’appel du 18 juin et le 50e de sa mort. Belle occasion, pour Emmanuel Macron, de ressortir sa planche et de surfer sur notre roman national. Certes (la faute au coronavirus), pas beaucoup de monde sur la plage pour admirer l’athlète, mais peu importe, les télévisions sont là pour couvrir la performance.

« L’esprit français » a été célébré sur le ton solennel et profond qu’on lui connaît. Au moins, il y a un esprit français, c’est déjà ça. Pour un pays qui n’avait pas de culture. « L’esprit français qui toujours permet au peuple français de se redresser et de reprendre la grande marche de son destin, l’esprit français qui ne se résout à la défaite, qui choisit la conquête et embrasse l’audace. » À ce moment-là, Macron, c’est de Gaulle, enfin, c’est comme ça qu’il doit s’imaginer la chose, en ce beau dimanche du mois de mai 2020. Macron aura, d’ailleurs, eu sa guerre, celle qu’il conduit contre le coronavirus depuis deux mois. Bon, au départ, ça ressemblait plus aux aventures de la 7e Compagnie qu’à Bir Hakeim et ça parlait quand même un peu beaucoup, pas tant à la radio d’ailleurs, qu’à la télé. Au passage, on notera ces quelques mots dans le discours présidentiel : « Celui qui emportera à Londres l’esprit de la République. » On a beau lire et relire l’appel du 18 juin, à s’en crever les yeux, jamais on ne voit le mot « République »… Comme quoi, chacun se fabrique en kit son petit gaullisme à convenance.

Et c’est bien ce que fait Emmanuel Macron. , qu’on aime ou qu’on n’aime pas, c’est la défense de la souveraineté française, bec et ongles. Mais ça, Macron ne le dit jamais. En bricoleur du dimanche des mots et de l’Histoire, il nous a d’ailleurs inventé le concept fumeux de « souveraineté européenne », un truc qui doit bien faire rigoler Merkel, le soir venu, autour d’un bock.

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