En mars 1789, Louis XVI, désireux de connaître les désirs de ses bons sujets, leur demanda, par bailliages ou par sénéchaussées, de rédiger des cahiers de doléances devant servir à la réforme de l’État lors des États généraux convoqués pour le mois de mai.

Il est piquant de noter qu’aujourd’hui, c’est l’inverse. Ce sont, d’après nos gouvernants, les mauvais sujets de la République qui rédigent, à leur initiative, des cahiers de doléances et le font savoir en haut lieu par manifestations interposées. Ce ne sont pas des lettres “d’amour, d’enthousiasme et d’effusion” envers le monarque, comme il y a près de 230 ans. Ce sont, au contraire, des banderoles de désamour, des insultes et des invitations à déguerpir. Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas une de plus, mais une révolte profonde qui trouve un écho sans précédent dans le pays.

Mais le sujet est le même : les impôts et l’égalité de tous. Comme si, en un peu plus de deux siècles, la société française avait peu ou pas évolué : l’élite des politiques et des financiers d’un côté, le petit peuple des laborieux et des laissés-pour-compte de l’autre.

Et que demandent-ils ? Moins d’impôt pour tous et la faculté d’être entendus.

Mais le seront-ils ? À peine prononcé, le mot “ d’initiative citoyenne” suscite moqueries et quolibets.

Pour une fois qu’une brèche s’ouvre dans cette pseudo-démocratie dite représentative, des esprits chagrins tirent la sonnette d’alarme : quoi, donner la parole au peuple ? Vous n’y pensez pas ! Peuple d’inconstants, proie facile à tous les extrémismes. Donner la parole aux populistes, mais c’est la révolution, la ruine, que dis-je, la fin des mondes, le pouvoir aux sans-culottes un couteau entre les dents.

Étonnant, comme si l’ensemble des citoyens n’était formé que de racistes, d’ultras et de jaloux de la richesse d’autrui. Et puis, les référendums, on en a connu. À quoi ont-ils servi ? À rien. La régionalisation, en 1969 ? Un plébiscite contre de Gaulle. Le vote contre le traité constitutionnel de 2005 ? Les politiques se sont assis dessus.

Alors, pourquoi cette levée de boucliers ? Certains Français auraient-ils de la vérité ? Ou pactiseraient-ils en secret avec l’élite au pouvoir ? Parce qu’après tout, dire non à un nouvel impôt quand on est parmi les plus imposés d’Europe, ne peut-on en avoir la liberté ? Dire non à l’ quand on a dix millions de chômeurs et de résidents déjà en dessous du seuil de , est-ce manquer à la fraternité ? Vouloir sanctionner sévèrement et expulser les étrangers délinquants, est-ce un crime ? Restaurer les jurys populaires et redonner le pouvoir constitutionnel au peuple, est-ce liberticide ? Vouloir limiter la dépense publique et les frais ostentatoires d’une institution vermoulue est-il choquant ? Demander qu’on arrête de brader nos pôles industriels à des groupes étrangers ou des fonds de pension, totalement indifférents aux hommes et aux femmes qui y travaillent, est-ce trop demander ?

Il y a là, dans le cri courageux de ces Français désemparés, quelque chose de pathétique et de sympathique. On croyait les Français assoupis et asservis. Et tout d’un coup, ce peuple relève la tête.

Nos gouvernants entendront-ils le message ? Oui ! Y répondront-ils favorablement ? Non ! Gageons que, dans un premier temps, déguisés en père , ils essaieront d’acheter la paix par des petits cadeaux, à nos frais ! Eh oui, plutôt que de se serrer la ceinture, on puisera dans les caisses, tant pis pour les déficits et la .

21 décembre 2018

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