Editoriaux - Politique - 27 juillet 2018

On pourrait appeler cela le syndrome Benarda ou Leonalla. Il frappa déjà le précédent quinquennat…

L’affaire Benalla est loin d’être terminée, mais l’on sait déjà qu’il y aura un avant et un après. Le quinquennat Macron aura basculé le 18 juillet 2018, et les emportements de joie du Président dans sa tribune officielle le soir de la Coupe du monde étaient le bouquet final avant que ne s’éteigne le feu d’artifice. La fascination Macron a vécu.

Évidemment, le Président peut dire que c’est une tempête dans un verre d’eau. Et Marlène Schiappa rajouter en écho que les Français n’en ont rien à cirer. Sauf qu’une étude détaillée sur RMC parle d’une « déflagration sur les réseaux sociaux digne de la victoire à la Coupe du monde », sauf qu’un sondage de BFM TV du 25 juillet révèle que 80 % des Français – toutes catégories « sociodémographiques » et politiques confondues – ont été « choqués ».

La France sort brutalement de l’état de sidération dans laquelle l’élection présidentielle l’avait plongée. Comme dans la Belle au bois dormant, le cuistot s’étire en bâillant et rejoint sa cuisine, les journalistes osent à nouveau enquêter et tourner le fer dans la plaie – confer les confidences à France Culture d’Ariane Chemin, à l’origine des révélations : « Tout d’un coup, nous nous rendons compte qu’Emmanuel Macron dirige la France de manière assez opaque » -, l’opposition s’opposer – en bloc, sans faire des minauderies de chaisière soucieuse de sa réputation… -, et même La France insoumise s’insoumettre, de façon autrement moins dérisoire qu’en jetant aux orties sa cravate : il faut voir la séquence avec Danièle Obono appelant toute l’opposition, y compris Marine Le Pen (visiblement surprise), à poser avec elle devant les caméras, renvoyant ensuite vertement dans ses buts sur Twitter, sous le hashtag #deputesencarton, le député LREM Sylvain Maillard qui tente de s’en indigner.
Jusqu’au Sénat lui-même – même si ce n’est que coïncidence de date – qui joue sa partition de chambre haute en rejetant le projet de loi « fake news », expédié aussi sec, on peut l’espérer, en soins palliatifs : comment Emmanuel Macron, après le fake flic doté d’un fake grade, la fake mise à pied, la fake retenue sur salaire, les fake dénégations et même, semble-t-il, les fake déclarations sur l’honneur des true Ponce-Pilate de son camp, pourrait-il encore prétendre régenter les « fake news » ?

Comment, du reste, soyons clair, pourrait-il encore prétendre régenter quoi ou qui que ce soit ?
Demander des efforts aux Français ? Après le train de vie Benalla ?

Exiger rigueur, discipline et sacrifice des forces de l’ordre et de l’armée ? Après la mascarade Benalla ?

Prôner la transparence ? Après l’opacité Benalla ?

Promouvoir le mérite et la diversité ? Après le contre-exemple Benalla ? (« Je suis fier de l’avoir embauché à l’Élysée » à cause de « son parcours différent », mais « j’ai vécu comme une trahison » sa « faute grave ».)

Prétendre rassembler ? Après avoir réservé à sa bande ses aveux Benalla ?

Et la liste pourrait encore s’égrainer.

On pourrait appeler cela le syndrome Benarda ou Léonalla. Il frappa déjà le précédent quinquennat : Un seul individu, cristallisant toutes les faiblesses d’un président, et qui le laisse nu,  dépouillé de toute sa prestance et de tout son capital confiance. François Hollande ne s’en remit pas.

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