Editoriaux - Politique - 4 août 2018

Marlène Schiappa devra-t-elle prendre sa douche en prison ?

On se souvient que, fin mai, le cabinet de Marlène Schiappa avait adressé un mail à un tas de journalistes pour faire la promotion de son dernier livre Si souvent éloignée de vous en les invitant à une soirée de dédicace dans une librairie, rue Beaubourg à Paris. Si souvent éloignée de vous : un chef-d’œuvre, genre lettres de la marquise de Sévigné qui aurait vu, à la télé, les publicités pour un gel douche. « Quand le shampoing coule sur mes épaules, mon ventre, mes jambes, j’en ai partout, je me lave avec ce liquide blanc, je patauge dedans… » Tu tu tu, on arrête là, l’été est assez torride comme ça…

L’association Anticor s’était étonnée de ce curieux mélange des genres et avait rappelé, dans une lettre adressée au Premier ministre, que le Code pénal prohibe tout détournement de finalité de fichier. Citons l’article 226-21 – je vous préviens, c’est beaucoup moins sexy que du Schiappa : Le fait, par toute personne détentrice de données à caractère personnel de leur enregistrement, de leur classement, de leur transmission ou toute autre forme de traitement, de détourner ces informations de leur finalité telle que définie par la disposition législative, l’acte réglementaire ou la décision de la Commission nationale de l’informatique et des libertés autorisant le traitement automatisé, ou par les déclarations préalables à la mise en œuvre de ce traitement, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende. » Pardon pour ces longueurs par ces grandes chaleurs.

Mais, tout à coup, nous sommes saisis d’effroi. Marlène risque-t-elle vraiment la prison ? Et si oui, pourra-t-elle faire couler le shampoing sur ses épaules, son ventre, ses jambes, sans être enquiquinée sous la douche ? Nous n’en sommes pas encore à ces – et non ses – extrémités, et avouons qu’ils y vont quand même un peu fort, chez Anticor ! Écrire des choses aussi horribles à l’encontre de la madone de la douche à l’italienne, c’est abuser. Pour une invitation aussi innocente à un coquetelle de l’entre-soi sans doute fort sympathique.

La belle personne qu’est Édouard Philippe – enfin, l’un des membres de son cabinet qui s’est collé au pensum – vient d’envoyer sa réponse à l’association qui, décidément, voit le ma(i)l partout. « Erreur humaine », plaide-t-on à Matignon. Parce qu’il y aurait des erreurs autres qu’humaines ? Il y a des défaillances techniques, mais l’erreur est, par définition, humaine, nous semblait-il. On sait cela depuis l’Antiquité : Cicéron, Sénèque, saint Augustin se sont relayés pour nous transmettre ce truisme, ânonné dans les cours de latin. Mais l’erreur, c’est bien. C’est mieux que la faute avec ses relents moralisateurs. Cela ne sent pas le procureur qui transpire sous sa robe. Au fond, cela doit être cela, le nouveau monde d’Emmanuel Macron. Si vous appartenez au nouveau monde – évidemment, si vous êtes un populiste, un rétrograde, un conservateur, que sais-je encore, c’est une autre chanson -, vous ne faites pas de fautes, mais seulement des erreurs. C’est comme pour l’affaire Benalla : une simple histoire de dysfonctionnements, tout au plus. Comme pour madame Nyssen et son mari qui se seraient assis sur les règles d’urbanisme à Arles pour agrandir leur librairie. Une erreur d’appréciation, probablement.

On comprend mieux, alors, que la majorité ait voté la loi qui institue un droit à l’erreur – « sous réserve de bonne foi » – pour les administrés. En combien d’exemplaires, la bonne foi ?

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