Editoriaux - International - 15 novembre 2018

Le Venezuela, le pays potentiellement le plus riche du continent où la population meurt de faim

Le dernier rapport du 7 novembre 2018 « Panorama de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Amérique latine et dans les Caraïbes » de la FAO (Food and Agriculture Organization), une institution spécialisée des Nations unies, est tout simplement accablant pour la gouvernance de Nicolás Maduro. Un constat atterrant pour ce pays aux ressources pétrolières qui sont, selon l’OPEP, parmi les plus importantes du monde, ce qui en fait potentiellement un des pays les plus riches de cette région du monde.

Il vient confirmer, malheureusement, ce que tous les observateurs indépendants constatent depuis plusieurs années : une dégradation continue, année après année, des conditions d’approvisionnement alimentaire et, concomitamment, le développement de la faim parmi la frange la plus vulnérable de la population. L’an dernier, le 17 décembre 2017, le New York Times avait déjà déclenché une polémique en publiant un reportage choc au terme d’une enquête sur le terrain de plus de cinq mois sur la détérioration des conditions sanitaires : malnutrition sévère, mortalité infantile en augmentation, pénurie de médicaments, y compris dans les services pédiatriques…

Les chiffres communiqués par le rapport de la FAO ne viennent que conforter cette triste réalité. Depuis 2014 (Nicolás Maduro a été élu président en avril 2013), le Venezuela a connu la plus forte progression régionale de personnes sous-alimentées : plus de 600.000 personnes, en l’espace de quatre ans ! Avec 11,7 % de sa population, soit 3,7 millions de personnes, en situation de sous-alimentation, le Venezuela fait partie, avec le Mexique (4,8 millions, 3,8 % de sa population) et avec Haïti (5 millions, 45,7 % de sa population), des pays qui comptent le plus grand nombre de personnes sous-alimentées de la région avec, régulièrement, dans les rues de Caracas, des scènes qui dépassent l’entendement, comme celle des centaines d’adultes comme d’enfants qui fouillent désespérément les dépôts d’ordures à la recherche de nourriture.

La chute des cours du pétrole et les décisions économiques inconséquentes de Maduro dès le début de son mandat en privilégiant les circuits étatiques, le tout importé, en confiant la gestion économique à l’armée, avec ses corollaires de corruption et de pots de vins, ont entraîné l’effondrement historique de l’économie vénézuélienne, avec une contraction de plus de 42 % du PIB entre 2014 et 2018, et une inflation à six chiffres en 2018 !

Des décisions qui ont balayé les résultats tangibles obtenues par la Mísion Mercal SA (Mercado de Alimentos), un programme de distribution alimentaire aux prix contrôlés et subventionnés par l’État mis en place par Chávez qui avait entraîné, en permettant aux plus démunis de se nourrir de manière régulière et équilibrée, la diminution de la malnutrition infantile, passée de 8 %, en 1990, à 3,2 %, en 2009.

Le rapport de la FAO sera, sans nul doute, un élément supplémentaire d’analyse sur la situation au Venezuela lors de la réunion, fin novembre, à Buenos Aires, du G20. Avec, en filigrane, une question de plus en plus essentielle : que faut-il faire pour sauver ce pays du chaos ?

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