Editoriaux - Religion - 13 janvier 2019

Le Qatar finance la construction d’une église chrétienne au Liban !

Le 31 décembre dernier, le patriarche maronite libanais, Mgr Béchara Raï, a inauguré l’église Saint-Jean-le-Bien-Aimé, dans le Kesrouan, une région majoritairement chrétienne, au nord de Beyrouth. Cette église appartient au couvent du Saint-Sauveur, et elle ne constitue que la première partie d’un vaste projet qui comprendra une bibliothèque, un amphithéâtre, des logements, le tout sur 1.700 m2. L’inauguration s’est faite en présence de l’ambassadeur du Qatar au Liban, ce qui est bien le moins, car tout cela est financé par l’émir du Qatar.

En avril dernier, le même Mgr Raï posait la première pierre d’une autre église, dédiée à saint Charbel, le grand saint libanais, mais au Qatar, cette fois, sur un terrain offert par l’émir. Trente mille Libanais travaillent au Qatar, il est vrai, mais de là à offrir un terrain pour une église chrétienne…

Pour comprendre un processus aussi improbable, il faut remonter à juin 2017 : le nouvel homme fort de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, décide un blocus contre le Qatar, blocus auquel se joignent les Émirats arabes unis et Bahreïn. Motif invoqué : le Qatar finance le terrorisme international (venant du régime le plus islamiste de la planète, c’est tout de même assez cocasse) et, surtout, il entretient de bonnes relations avec l’Iran. Le Qatar proteste, appelle au secours l’allié américain qui, bien évidemment, ne bouge pas. Depuis quand Washington contrarie Riyad ?

Derrière ces différends récents (la relation avec l’Iran, notamment) se cache un contentieux plus ancien. Les deux pays les plus riches de la péninsule arabique sont en concurrence depuis des décennies et la vaste offensive de charme du Qatar vis-à-vis de l’Occident, se traduisant par des investissements considérable dans le sport ou la culture, a agacé l’Arabie. Le statut des femmes et des autres religions chez cette dernière a dégradé son image et le royaume wahhabite est aujourd’hui vu comme un régime totalement rétrograde et intolérant, alors que le Qatar veut échapper à cette image.

Lors de la mise en place du blocus, la Turquie avait volé au secours du Qatar et envoyé des soldats dans l’émirat à titre d’avertissement pour Riyad. La bonne entente des deux pays s’explique notamment par leur proximité commune avec les Frères musulmans. Rassuré sur sa sécurité, l’émir qatari met, depuis, les bouchées doubles pour se démarquer en tout du voisin honni saoudien. Il a, ainsi, cessé tout soutien aux milices islamistes en Syrie alors que l’Arabie garde un pied là-bas, et continue à entretenir de bonnes relations avec l’Iran, le grand Satan chiite.

Le soutien actif à la communauté maronite et sa grande tolérance vis-à-vis des chrétiens jusque sur son sol constituent un des points d’orgue de la politique qatarie.

Tant mieux pour les chrétiens d’Orient qui, pour une fois, sont aidés par un puissant voisin. Que ne ferait le Qatar pour contrarier son nouvel ennemi ?

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