Gilets jaunes : une alliance rouge-brun, le fantasme des médias et de l’establishment

« Le pire à redouter est un scénario à l’italienne ! » (Le Monde) ; « Un scénario à l’italienne guette la France » (Jean Pierre Raffarin) ; « À long terme, la crise débouchera sur une alliance rouge/brun » (Le Point). Vous l’aurez compris, le danger qui menace la France n’est pas le chômage de masse structurel depuis quarante-cinq ans, ni celui de l’ensauvagement de la société, encore moins la baisse du niveau scolaire, et ne parlons même pas du problème n° 1 qui est celui de… l’immigration. Non, pour tous nos observateurs, commentateurs, éditorialistes, politologues, historiens, sociologues, économistes, ces problèmes ne sont que secondaires face à un éventuel scénario « à l’italienne ». Mais que signifie donc ce dernier terme ?

Depuis bientôt un an, et l’arrivée au pouvoir, de l’autre côté des Alpes, des deux mouvements successifs que sont la Lega et le M5S, emmenés respectivement par Matteo Salvini et Luigi Di Maio, une seule obsession hante nos élites : la reproduction du même phénomène dans l’Hexagone. Pourtant, cela repose totalement sur un fantasme.

Tout d’abord, parce que cela part d’une erreur d’analyse considérable sur ce qu’est le Mouvement 5 étoiles. En effet, ce dernier, créé en 2013 par l’humoriste Beppe Grillo, se veut anti-establishment, anti-Union européenne, contre l’austérité et recueille des propositions aussi bien marquées à droite qu’à gauche (d’où son positionnement inclassable unique en Europe). Le M5S se veut ainsi favorable à la reconnaissance de la Palestine, pour la « fin de l’austérité » et la sortie de la monnaie unique (qui y conduirait, selon ces derniers) : on peut donc y constater effectivement des marqueurs de gauche. Mais sur le plan sociétal, le parti reste très silencieux et se montre plutôt partisan de la démocratie directe, soit une méthode rappelant L’UPR d’Asselineau. On est bien loin de La France insoumise, mouvement créé sur les décombres du Parti de gauche par Mélenchon, ancien sénateur socialiste, membre du gouvernement Jospin (profil très éloigné d’un Beppe Grillo), marqué à gauche de par ses cadres tout comme par sa sociologie électorale, et fervent immigrationniste, islamophile, libertaire et antisécuritaire. Pour pousser plus loin la comparaison, au Parlement européen, les députés élus sur la liste Front de gauche en 2014 siègent au sein du Groupe confédéral de la gauche unitaire européenne ; le M5S, quant à lui, auprès du groupe EELD, présidé par Nigel Farage, ex-président de l’UKIP et chantre du Brexit.

Celui-ci étant donc loin d’être un mouvement marqué à gauche, contrairement à La France insoumise, la comparaison qui règne en maître au sein de l’intelligentsia française, dressant un parallèle entre ces deux formations, est complètement absurde et fausse. En Espagne, personne ne songe à allier Podemos, mouvement d’extrême gauche, avec Vox ; c’est même l’esprit d’union des droites qui y règne, à constater l’exemple andalou. En Allemagne, si le cordon sanitaire autour de l’AfD est encore très fort, il est plus probable de voir ce parti un jour faire alliance avec la CSU que les néocommunistes de Die Linke. Pour revenir à l’exemple italien, si comparaison il devait y avoir avec La France insoumise, le PCI (pratiquement disparu aujourd’hui) l’emporterait, mais certainement pas M5S qui, au départ, n’est pas un mouvement intrinsèquement de gauche.

Dans le cas français, si le scénario tant redouté à l’italienne devait avoir lieu, celui-ci émergerait via un partenariat entre l’émanation politique des gilets jaunes et le Rassemblement national, mais certainement pas La France insoumise. Si nos élites aveuglées par un matérialisme ambiant ne pensent qu’à la question économique, c’est bel et bien l’identité qui l’emporte : une atteinte à cette dernière peut causer des dommages irréversibles, tandis que, si un krach financier n’est évidemment pas souhaitable, la France en a déjà surmonté.

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