Et si l’affaire des violeurs de la force Sangaris n’était qu’un bidonnage ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est une histoire pourrie, celle de militaires français de la force Sangaris accusés d’avoir, entre décembre 2013 et juin 2014, contraint des enfants du camp de déplacés de M’Poko à des rapports sexuels en échange de nourriture ou d’un peu d’argent.

L’affaire avait été révélée en avril 2015 par The Guardian, le quotidien britannique, qui faisait état d’une note interne de l’ONU rapportant l’audition d’enfants de 9 à 13 ans victimes d’abus sexuels de la part de militaires dans ce camp près de l’aéroport de Bangui.

On baignait alors dans le sordide le plus absolu, les allégations faisant état de « dérives extrêmes ». Comme le rapportait RTL, « en 2014, des soldats français de Sangaris auraient forcé des jeunes filles à avoir des rapports sexuels avec des animaux (sic) en échange d’argent. 108 victimes présumées ont été interrogées par des responsables. Il s’agissait “en grande majorité” de mineurs, selon Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU. Les allégations visaient aussi les contingents burundais et gabonais de la mission des Nations unies. »

Il y a des salauds partout, et sans doute y en a-t-il aussi chez les militaires, mais la rapidité avec laquelle les associations parties civiles dans le dossier ont embrayé sur des accusations pour le moins fumeuses témoigne au minimum d’un a priori extrêmement négatif sur la corporation.

Une enquête a donc été diligentée et Le Monde, plus mesuré dans les propos, écrivait alors : « Dans ce pays très pauvre ravagé par les conflits, d’autres accusations ont été portées notamment contre des Casques bleus de la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca).

Une enquête de l’ONU a récemment permis d’identifier 41 Casques bleus gabonais ou burundais servant dans la Minusca soupçonnés d’avoir commis des agressions sexuelles dans la préfecture de Kemo (centre) en 2014 et 2015. »

S’agissant de nos troupes, 14 militaires français étaient au départ visés. La note de l’ONU faisait, elle, état de 6 témoignages, 4 d’enfants se disant victimes et 2 déclarant avoir été témoins des faits. Le ministère de la Défense français avait alors saisi le parquet de Paris, qui avait ouvert une enquête préliminaire, puis confié une information judiciaire à des juges d’instruction.

Les magistrats et la gendarmerie prévôtale se sont, bien sûr, rendus sur place pour entendre victimes et témoins, mais les versions des uns et des autres ont beaucoup changé au fil du temps (deux ans et demi d’investigations). Six militaires avaient initialement été identifiés, mais les témoignages n’ont pas tenu devant les enquêteurs : « Face à des photos, un enfant a dit reconnaître son agresseur mais il ne s’agissait pas d’un militaire. Un autre a concédé avoir menti. Un autre, encore, disait avoir lu le nom d’un soldat sur son uniforme, mais un rapide test a montré qu’il ne savait pas déchiffrer le mot “maman”, énumère une source proche du dossier », rapporte alors Le Monde.

Résultat : en mars dernier, le parquet de Paris requiert un non-lieu.

Dernier rebondissement : on apprend, ce mercredi matin sur RTL, qu’« un témoignage jette le trouble sur la véracité des faits ». Un homme « qui se présente comme le père d’une des victimes assure que son fils aurait inventé toute l’histoire pour se venger », nous dit-on. Ce que récusent, évidemment, d’emblée les associations parties civiles, lesquelles demandent une expertise pour « s’assurer que la parole des garçons avait bien été prise en compte et que les discordances dans les récits ne pouvaient provenir de leur traumatisme ».

Alors, bidonnage ? Une seule certitude : cette histoire pue depuis le départ…

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