Agriculture - Polémiques - 14 septembre 2018

La chasse que vous décrivez est ancienne et idéalisée. La réalité, aujourd’hui, est tout autre…

Dans votre lettre ouverte aux opposants à la chasse, vous décrivez une chasse naïve et idéalisée qui se pratiquait dans la première moitié du siècle précédent. Un peu à la Maupassant, mais déjà des opposants comme Louis Pergaud (La Guerre des boutons) se manifestaient. Vous n’abordez à aucun moment les abus nombreux de la chasse qui contribuent à sa détestation par une majorité de Français. Selon les sondages, environ 75 % des Français sont contre la chasse. La chasse de nos grands-parents est bel et bien révolue. La chasse « moderne » est à l’origine de nombreux abus dont je vais tenter de vous dresser la liste non exhaustive.

Tout d’abord, l’élevage et le lâcher d’animaux, souvent quelques jours avant l’ouverture de la chasse. Selon Pierre Rigaud, naturaliste, « 20 millions d’animaux sont élevés chaque année pour la chasse, c’est autant que les cochons pour la viande », dont une partie est exportée. De plus, les sangliers sont agrainés, ce qui favorise leur reproduction. Dans certains départements, ils sont élevés et relâchés parfois clandestinement et donc illégalement. Quelquefois issus de croisements, ils sont appelés « cochongliers ». En surnombre, ils sont désignés coupables de « destructions » et mis à mort y compris en été lors de « battues administratives ». Vous comprenez facilement que ces méthodes sont en complète contradiction avec ce que nous disent les chasseurs concernant l’équilibre de la biodiversité. Comme vous le dites si justement dans votre lettre ouverte, l’agriculture intensive ne fait que rajouter au problème avec, également, la déforestation des feuillus.

La « destruction des nuisibles », terme employé par les chasseurs, piégeurs et administrations pour éliminer, par exemple, les renards et les blaireaux.
En réalité, de nombreuses études démontrent que ce sont des animaux utiles, particulièrement les renards qui, par leur prédation des rongeurs, empêchent leur prolifération et, donc, l’augmentation des cas de zoonoses tels que la borréliose (Lyme) et l’échinococcose. Mais, aussi, ils contribuent à diminuer les dégâts dans les récoltes de céréales. Pour cette « destruction », on utilise plusieurs méthodes : les pièges métalliques dans lesquels les animaux peuvent souffrir plusieurs jours avant d’être achevés, l’empoisonnement qui, en plus de provoquer des souffrances terribles, détruit également une faune non visée, et le déterrage, qui consiste à creuser un terrier pour atteindre les petits ainsi que la mère quand elle s’y trouve et à les donner vivants aux chiens en guise de récompense. Méthode particulièrement cruelle et intolérable. Ces méthodes inconnues du grand public sont vivement dénoncées à juste titre.

Les animaux blessés qui vont mourir dans d’atroces souffrances, abandonnés dans un coin de forêt humide et froid, et ceux qui vont rester handicapés. Les recherches ne sont pas systématiques et ces cas sont très nombreux.

L’utilisation de technologies toujours plus performantes : lunettes à point rouge, véhicules 4×4, téléphones portables, GPS, contre des êtres vivants qui n’ont que leurs pattes pour se sauver. Les silencieux viennent d’être autorisés et les animaux ne seront pas avertis par le bruit des armes, ce qui contribuera à les tuer plus facilement. Si l’on continue dans cette voie, les drones seront bientôt utilisés.

Le tir sur les oiseaux migrateurs qui font des haltes de repos avant de repartir pour un long voyage semé d’embûches, ces oiseaux ne peuvent en aucun cas être traités de nuisibles et, de plus, « n’appartiennent pas à la France ». Certaines des espèces d’oiseaux chassées sont menacées.

Le tir sur femelles gestantes ou ayant des petits « à charge » est très courant et, souvent, la responsabilité en incombe à des chasseurs peu respectueux ou inexpérimentés, mais également à la décision des préfets ou élus sous la pression des agriculteurs.

La chasse à courre, avec son lot de souffrances morales et physiques exercées sur les animaux poursuivis et, parfois, pour ceux qui ont la chance d’échapper à la poursuite, la mort par épuisement. Dans cette chasse, les violations de propriété privées sont courantes.

Les tirs d’été qui autorisent la chasse, y compris la nuit, parfois et ceci en dehors de la période d’ouverture de la chasse.

Dans votre lettre, vous semblez dire que seuls les chasseurs connaissent la nature. Certains la connaissent, d’autres très peu. Les protecteurs de l’environnement et de la faune connaissent les animaux pas seulement par les aspects qui permettent de les traquer et de les tuer, mais aussi en fonction de leur besoins vitaux : habitat, alimentation, reproduction et « psychologie ». Les animaux, sur ce dernier point, sont exactement comme les humains, car vous n’êtes pas sans savoir que, depuis quelque temps, les animaux sont doués de sensibilité (pas avant la loi, hum). Ce qu’oublient souvent les chasseurs, piégeurs et décideurs (élus ou administrations). Je ne parle pas des braconniers. Un animal tué laisse souvent un « conjoint », un petit ou un parent dans le désarroi. Les animaux, comme les humains, connaissent la peur, la douleur, la détresse, la dépression. Il n’est pas rare, les soirs de chasse, d’entendre des chevreuils pleurant à la recherche de l’un des leurs. Ils ne le reverront plus. Cet aspect des choses n’est jamais abordé, comme si les animaux étaient de simples objets.

J’espère que cette lettre fera réfléchir de nombreux chasseurs, piégeurs et décideurs. Mon objectif n’est pas de les montrer du doigt mais de faire prendre conscience que les animaux ne sont pas des objets.

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