Editoriaux - 15 octobre 2018

Koons, Banksy : concours de « creativity » en art contemporain

À une semaine de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain), les événements sensationnels de l’art contemporain ont déjà cartonné dans les médias. Dans l’étroit domaine autorisé à la créativité de l’art contemporain allant entre critique – dérision – déconstruction, la concurrence est impitoyable.

Comparons les performances des derniers finalistes.

Banksy télécommande la destruction de son œuvre, à l’instant où s’abat le marteau du commissaire-priseur. Innovation absolue ! Performance qui déconstruit Sotheby’s, haut lieu du marché international. En quelques secondes, cette œuvre de « street art » devient « conceptuelle ». En changeant de statut, elle a, dit-on, doublé son prix potentiel.

Koons a accepté, comme lieu à déconstruire symboliquement, un bosquet, entre Concorde et Petit Palais. Le célèbre Bouquet, errant depuis un an, a trouvé enfin son contexte. La nature complexe de l’œuvre demande quelques explications. Elle est tout à la fois :
– un monument aux morts du Bataclan ;
– un cadeau sous forme de concept diplomatiquement offert par l’ambassade des USA, laissant le financement de sa « production » et installation à la charge de collectionneurs avisés et du contribuable ;
– un monument polysémique.

Le Bouquet de tulipes, pour mériter l’essentiel label « d’art contemporain », se doit d’être une œuvre « polysémique », ce qu’elle est : c’est indubitablement une offrande florale liée aux rites funéraires ayant ici pour but de déplorer la tragédie du Bataclan. Elle est aussi l’exact agrandissement et superposition de deux « sextoys », l’un empoignant l’autre : le « fist fuck », sorte de poing tendu et fermé, et le fouet sadomasochiste, type LGBT, aux couleurs arc-en-ciel et aux extrémités en forme de boutons de tulipe… objets usuels accessibles sur Internet pour des sommes modiques.

Ainsi, nous avons là une œuvre complexe qui déconstruit à la fois l’idée, sans doute archaïque, que nous nous faisons du monument aux morts, mais aussi du cadeau diplomatique.

Sous l’œil bienveillant de l’ambassade des États-Unis, il nargue le viril obélisque de la Concorde, glisse une pointe de dérision dans le contexte régalien environnant : l’Assemblée nationale, le Quai d’Orsay, se faufile aux abords prestigieux du Grand et du Petit Palais et fait coucou au locataire de l’Élysée.

Qui a gagné, d’après vous : Banksy ou Koons ?

On pense aux brillants jeux conceptuels de nos philosophes cyniques de la Grèce antique… Ils nous ont appris que critique, ironie et paradoxe sont utiles à la réflexion. Mais tout dépend de qui provoque ! Notre cher Diogène vivait nu… et son insolente pauvreté assurait à la fois liberté et légitimité à son impertinence.

Banksy « street artiste » nargue les artistes conceptuels qui s’estiment d’un rang supérieur, mais ceux-ci en font un des leurs. La rue, qui se veut libre, lui pardonnera-t-elle ?

Koons n’a convaincu personne de sa philanthropie, il ne sort pas indemne de son aventure parisienne. Le public connaît la fonction de ce produit d’appel extrêmement visible, moteur d’une industrie de bouquets sériels tous formats, tous matériaux, tous usages, tous supports.

On pourrait aussi se demander : qui a perdu ?

L’heure serait-elle venue du « geste artistique » sensationnel de trop ? Celui qui fera basculer le prestigieux « art contemporain du très haut marché » dans la catégorie de farce financière de haute rentabilité, avant le krach ? À suivre…

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