Italie : les populismes en pleines « combinazioni »

Cher Henri Temple, la partie de mon cœur qui réside sur les bords du Tibre me dit, tristement, que vous vous trompez : le gouvernement italien à venir ne sera pas celui de la résistance à Bruxelles. Pour autant, ce que j’écris ce 31 mars sera peut-être dépassé à sa publication – così è l’Italia. Pénible pour beaucoup, surtout au-delà de la Seine, mais changer l’Italie serait un crime, le génocide d’un art de vivre. Hélas, n’oublions pas que les européistes, aidés des mouvements citoyens tel Cinque Stelle, ont eu raison de la Grèce et, en Espagne, de la sieste et de la corrida !

Chez les députés, aucune forme d’alliance envisageable n’est majoritaire sans le Movimento Cinque Stelle ; au Sénat, c’est moins net. M5S est maître du jeu, mais qui est-il ? Un mouvement attrape-tout, cependant assez structuré par deux courants, l’un pragmatique, l’autre dogmatique. Ce dernier porte des idées dites progressistes, l’autre est plus réactionnaire ; là où cela se complique, c’est que cette segmentation ne recouvre pas la coupure Nord-Sud ; ceci est l’une des raisons de la poussée de la Lega dans le Sud comme de l’avancée de M5S vers le Nord.

C’est passionnant de suivre les tractations visibles et occultes, la subtile foire d’empoigne, les « je t’aime moi non plus », démonstrations de finesse politique dont nous aimerions voir l’équivalent en France. Avant d’imaginer quelles alliances sont possibles, parlons de l’Union européenne, du système libéral-libertaire, des mondialistes, des hors-sol qui, terrifiés par les sondages, sont allés à la rencontre de Berlusconi, échangeant l’absolution contre la laisse qu’il mettrait au cou de la Lega, oubliant qu’en perdant le mot « Nord » dans son intitulé, ce parti avait changé. Mais la montée en puissance de la Lega ne fut pas le seul impondérable, la déconfiture du Parti démocratique de Renzi en fut une autre ; envolé, donc, le plan d’un accord pro-europe PD + Forza Italia

M5S étant incontournable, c’est l’autre qui intéresse.

Beaucoup, à gauche, pensaient la cause entendue, ce serait M5S + Partito Democratico. Mais Renzi pèse de tout son poids et parie sur de très prochaines nouvelles élections. Il sait qu’un accord de gouvernement aussi écartelé serait un suicide politique.

M5S et l’alliance de centre droit : pour Matteo Di Maio, c’est prendre le risque de fâcher son aile gauche, d’autant qu’il serait minoritaire au gouvernement. Pour Matteo Salvini, c’est se débarrasser de Berlusconi, qui est récusé par M5S : c’est, d’ailleurs, le sens de sa tentative de faire élire Anna Maria Bernini présidente du Sénat qui déclencha l’ire du Cavaliere, au point d’une rupture vendredi dernier. Ce gouvernement ne pouvant agir que par compromis sera renversé, entraînant la dissolution du Parlement et de nouvelles élections. La Lega fera en sorte de ne pas en être responsable, engrangeant un surcroît de popularité. Cette alliance est donc favorable à Salvini. Le président de la République italienne, qui déteste M5S, pourrait faire ce choix, car il rapproche l’Italie d’un gouvernent technique provisoire qui a sa préférence.

M5S + Lega : le plus probable, désiré par 27 % des Italiens. Quelles que soient les exigences de la Lega, ce serait pour M5S le moyen d’engager le maximum des mesures promises. Pour Matteo Salvini, c’est s’éloigner de son aile droite nordiste mais gagner un peu plus au sud, chez les abstentionnistes notamment. Les sondages actuels, post-élections, montrent que M5S se renforce de 3 %, alors que la Ligue gagne presque 7 % : ces gains se confirmeraient-ils en cas de gouvernement commun, et de son échec probable ?

C’est l’enjeu de la partie qui se joue : des deux populismes, lequel a le plus à perdre en allant affronter l’Union européenne ? Lequel a le plus à gagner en prenant à témoin les électeurs des diktats de Bruxelles ?

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