Document - Editoriaux - International - Justice - Médias - 11 février 2018

États-Unis : la guerre des complots

Entre la thèse du coup d’État anti-Trump et celle de sa collusion russe, laquelle va prévaloir?

Devin Nunes et Trey Gowdy, les républicains du House Intelligence Committee (organe parlementaire de supervision des agences de renseignement) ont produit, le 7 février, un court et factuel mémo présentant le FBI comme un relais de la campagne Clinton. La machine Clinton a créé en 2016 une cascade d’écrans permettant de faire passer des informations dommageables sur Trump à l’ex-espion Christopher Steele (un ancien du MI6 anglais et partenaire du FBI depuis plusieurs années). Lequel ex-espion s’est également approvisionné auprès de « sources russes ». Cela pour fournir au FBI des documents devenus « légitimes » en vue de faire approuver, par des tribunaux d’exception, la mise sous écoute de Carter Page, homme d’affaires russophile qui a conseillé brièvement la campagne Trump.

Le comité des affaires judiciaires du Sénat vient de faire « décaviarder » par le FBI son document adressé en janvier au ministère de la Justice aux fins de déférer Christopher Steele à l’autorité judiciaire. Steele y est présenté comme ayant délibérément trompé le FBI, lequel a délibérément trompé les juges afin d’obtenir la mise sous surveillance et écoutes de Carter Page. Bref, la requête des sénateurs Grassley et Graham, plus détaillée, confirme en l’amplifiant le mémo Nunes, tout en offrant d’incriminer Steele.
Et l’on découvre maintenant qu’un « dossier Shearer » avait été utilisé. Shearer est l’impitoyable salisseur des plaignantes dans les affaires sexuelles de son ami Bill Clinton. Et l’on réalise que Sydney Blumenthal, ce proche de Hillary qui s’était illustré dans l’affaire de Benghazi, a servi de conduit entre la campagne Clinton et le ministère de la Justice, donc le FBI. Trump pris en tenaille…

Voilà qui ne fait pas l’affaire d’Adam Schiff, membre du House Intelligence Committee, député de Californie, et chef de la résistance aux forces d’occupation russes commandées par Trump. D’autant qu’il s’est ridiculisé lors d’un canular : se faisant passer pour un officiel ukrainien détenant des photos nues de Trump (avec des prostituées, bien sûr…), un provocateur russe a réussi à tenir Schiff en haleine pendant huit minutes de chaleureuse conversation.

Schiff vient de rédiger une réfutation parvenue cette semaine pour approbation à la Maison-Blanche. Habilement, il y a délibérément inclus des informations dévoilant des sources confidentielles, dans l’espoir de voir le président censurer certains passages et se faire accuser de cacher quelque chose. Trump a simplement renvoyé le dossier à Schiff, lui proposant de s’entendre avec ses amis du FBI sur les passages à censurer.

Or, selon Nunes et d’autres, qui ont déjà lu le mémo Schiff, ce texte n’invalide en rien les révélations du son propre mémo sur les abus du FBI. Il se contente simplement, tout en assassinant Nunes, d’audacieusement réactualiser les « informations » du dossier Steele, tentant de faire oublier les fraudes révélées par les rapports Nunes-Gowdy et Grassley-Graham. Nunes, impavide, annonce que son décryptage va s’étendre à d’autres entités, dont le département d’État (Affaires étrangères), qui aurait lui aussi « crédibilisé » des ragots de campagne auprès du FBI. Et voilà que Victoria Nuland, son ancienne patronne de « l’Eurasie » et mère de la nouvelle Ukraine, se voit contrainte de lancer ses contre-feux dans les médias. Les changements de régime, elle connaît.

Commentaires fermés sur États-Unis : la guerre des complots

À lire aussi

Meilleure performance de l’économie américaine depuis dix ans : la Davocratie approuve, sous réserve…

Hier, c’était la Suisse. Aujourd’hui, ce sont les États-Unis. …