Dire de Poutou qu’il est débraillé et mal rasé serait méprisant ? La bonne blague…

Ecrivain, journaliste
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Dans Libération, « l’écrivaine » Sandrine-Malika Charles – dont les œuvres complètes doivent se résumer à un journal intime Hello Kitty (ce qui est un début, il est vrai) car on ne trouve trace d’aucun bouquin sur Internet – accable Marion Maréchal-Le Pen, coupable d’avoir critiqué la tenue de Poutou, « en pyjama » et « pas rasé », lors du grand débat sur BFM TV : « Vous avez fait preuve d’un des plus grands mépris vis-à-vis de nous gens de modeste condition », fustige « l’écrivaine ».

Les gens débraillés et mal rasés seraient donc des prolétaires ? La bonne blague.

Il faut voir, au Cap-Ferret, déambuler les bobos – chantés par Renaud, bien placé pour les connaître -, le jean troué, le menton râpeux, le tee-shirt cradingue. Sur le marché, Obispo traîne ses savates en flairant les huîtres. Cotillard passe une main fatiguée dans ses cheveux en pétard et, de l’autre, tâte melons et pêches de vigne. De l’autre côté de l’étal, les commerçants, levés à 5 heures parce qu’ils habitent loin – la cote immobilière que les people ont fait flamber les a chassés du coin – et qu’ils devaient décharger leurs cageots, sont, eux, impeccables, propres et rasés de frais. Par égard pour les clients.

Il fallait voir, à Paris, les gamins hirsutes et mal sapés venir manifester à Nuit debout « en voisins », descendant des immeubles haussmanniens. Même constat pour les jeunes antifas, pas vraiment habillés en Tartine et Chocolat : Antonin Bernanos, accusé d’avoir mis le feu à une voiture de police, est décrit par le JDD comme « un garçon de bonne famille, domicilié dans le quartier Montparnasse ».

Le snobisme suprême des élites est de cultiver un style dépenaillé pour faire peuple – un peuple fantasmé -, comme Marie-Antoinette se déguisait en bergère – une bergère fantasmée.

Depuis Mai 68, on apprend très vite à l’école que « négligé » n’est pas synonyme de « pauvreté » mais de « je-prends-des-airs-dégagés-pour-ne-pas-avoir-l’air-coincé ». S’habiller fait étriqué et petit-bourgeois. Ce « petit bourgeois » qui « mange de la blanquette de veau en famille le dimanche », raillé par Macron lors d’un meeting début février.

Sauf qu’un petit-bourgeois n’est jamais qu’un pauvre qui a réussi, grâce à l’ascenseur social. Quand ce dernier n’était pas encore en panne, bien sûr. La France périphérique ne trouve aucun charme romantique à être mal fagotée, et ne met son bleu de travail que par nécessité. Dans les grandes occasions – comme on l’a vu récemment dans les églises pour les traditionnels baptêmes de Pâques -, elle aspire même à s’endimancher. Ses cravates parfois clinquantes, ses costumes trop luisants font d’ailleurs ricaner les bobos dont le moindre tee-shirt faussement délavé est infiniment plus coûteux que ces tenues de fête.

Luc Ferry l’a compris, qui, à l’instar de Marion Maréchal-Le Pen, a commenté : « Dans les mouvements ouvriers du XIXe siècle, on valorisait l’éducation, pas la veulerie et la grossièreté. » « Avec Philippe Poutou débraillé en marcel pour représenter les ouvriers, pas étonnant qu’ils aillent massivement chez Le Pen. » Le Pen qui a pris comme slogan de campagne « remettre la France en ordre ». Et l’ordre des choses est qu’un candidat à la présidentielle, par respect pour la fonction qu’il brigue et pour les Français qu’il entend représenter, ne s’habille pas, pour un débat, comme s’il allait laver sa bagnole.

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