Et maintenant, le contrat PTMR. Avec ça, la médecine est sauvée !

Médecin
 

Comme une cinquantaine de ses confrères par an, le Dr Jean-Marie Bedouin s’est donné la mort en Mayenne la semaine dernière, victime d’un burn-out sévère dont il n’avait jamais vraiment récupéré. Malgré ses difficultés, il avait continué à prendre ses patients en charge. L’Association de citoyens contre les déserts médicaux (ACCDM) estime que le départ de l’autre médecin du bourg a accéléré son passage à l’acte. On sait que pour pallier l’alarmante désertification médicale, c’est comme pour le chômage : « On a tout essayé. »

Sauf ce qui aurait une petite chance de marcher. C’est ainsi que vient de paraître au J.O. le décret officialisant le contrat PTMR (« praticien territorial médical de remplacement »), visant à inciter les médecins remplaçants (et eux seuls) à s’installer en zones sous-dotées. Parce que remplacer des confrères (ce qui ne se faisait jadis après la fac que pendant quelques mois), c’est aujourd’hui le statut béni dont ne veulent pas sortir la plupart des jeunes médecins. Il existe désormais des remplaçants « à vie ». Et cela se comprend, ils ont toutes les satisfactions du métier sans les inconvénients ! On s’assied dans le fauteuil du remplacé, on soigne les gens, on se fait payer, on s’en va en laissant un tout petit chèque de reversement à son confrère et on ne s’occupe plus de rien.

Le remplacé, lui, se tape tout le reste… La comptabilité, les problèmes de locataire ou de copropriétaire, la gestion du matériel, les embauches ou les licenciements avec prud’hommes et indemnités à la clé, la mise aux normes handicapés, les réponses aux demandes compulsives de la Sécu ou des mutuelles, les contrôles du fisc ou de l’URSSAF, etc.

Et, caviar sur le gâteau, le remplaçant – même non thésé – prend de droit le statut du remplacé au regard des honoraires, et peut donc être aux honoraires libres même si, à titre personnel, son cursus le lui interdirait… Elle est pas belle, la vie des remplaçants ? Dès lors, comment les appâter pour les convaincre de se fixer, tel est le problème. Parce que, comme disait ma grand-mère, « là où la chèvre a son pieu, faut qu’elle broute… » C’est ainsi que nos technocrates ont mitonné une de ces usines à gaz dont ils sont champions du monde. Les 200 contrats PTMR proposés prévoient d’abord une protection prévoyance, maternité et paternité accueillie avec enthousiasme par le syndicat qui représente les jeunes médecins généralistes. C’est la « preuve que les souhaits de la jeune génération de médecins ont été entendus ». Ah… les avantages des salariés, ils adorent !

Quant à « découvrir sereinement des territoires en déficit de médecins généralistes en vue d’une future installation », nul besoin de contrat avec les agences régionales de santé pour connaître les zones sous-dotées, puisque les médecins y installés sont en recherche permanente de remplaçants… Mieux encore, il y a une sorte d’assurance chômage façon intermittents du spectacle ! Mais soumise, selon la présidente de l’association, « à des conditions difficilement atteignables » : un forfait donné en fin d’année sous condition d’un minimum d’activité de 2.500 consultations dans l’année, avec un second niveau au-delà de 5.000. « Cinq mille consultations réalisées pendant l’année correspondent à 25 consultations par jour, en travaillant 5 jours par semaine pendant 40 semaines, un objectif difficilement réalisable et qui risque de pousser à de la médecine d’abattage que nous refusons », pleurniche la présidente.

C’est beau comme l’antique, mais ça révèle lumineusement la mentalité au regard du travail de la génération née sous Mitterrand. Si on ne veut travailler que 5 jours par semaine à 35 heures, et prendre 12 semaines de vacances par an, c’est qu’on n’est pas fait pour la médecine libérale. À 25 € la consultation, c’est la misère assurée. Une des raisons pour lesquelles il n’y a plus que 9 % des étudiants qui s’installent en privé, les autres optant en masse pour le salariat…

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