Catalogne : pas de soutien de l’Union européenne

L’opération indépendantiste menée par les dirigeants de la Généralité de Catalogne et ceux des partis politiques qui participent à la coalition au pouvoir à Barcelone est probablement en train de capoter.

S’appuyant sur le résultat du pseudo-référendum réalisé dans des conditions très contestables (urnes opaques, absence de listes de citoyens inscrits et votes multiples de certains électeurs…), les indépendantistes prennent en compte le seul chiffre de 90 % de réponses positives et ignorent le fait que seuls 43 % des inscrits ont voté.

Malgré toutes ces irrégularités, et bien que seuls 38 % des inscrits aient voté en faveur de l’indépendance, Carles Puigdemont et ses amis pensaient que l’Union européenne les appuierait dans leur démarche ; c’est la raison pour laquelle le président de la Généralité a demandé un arbitrage international, qui n’aura très certainement pas lieu ; l’Union européenne et les principaux pays membres ont été clairs à ce sujet : l’affaire de Catalogne est une affaire interne qui concerne l’État espagnol.

Les séparatistes, de Catalogne et d’ailleurs, ont été, pendant longtemps, soutenus par l’Union européenne et, avant elle, par la CEE (Communauté économique européenne) ainsi que par la République fédérale d’Allemagne, entre autres, qui participe au financement de la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), UFCE en français (Union fédéraliste des communautés ethniques européennes). Cette organisation soutient les mouvements séparatistes d’Europe depuis 1949 et elle est à l’origine de la Charte européenne des langues minoritaires. Par ailleurs, le Comité européen des régions créé en 1994, qui est un organe de l’Union européenne, a plaidé en faveur du renforcement des régions et de l’affaiblissement des États historiques. Jusqu’au début des années 2010, le discours de ces organisations a été bien perçu par l’oligarchie bruxelloise, qui voyait dans la régionalisation de l’Europe un moyen de faire disparaître les États, puis les choses ont changé. En 2014, lors du référendum concernant l’éventualité d’une indépendance de l’Écosse, les dirigeants de l’Union européenne avertirent les indépendantistes qu’une Écosse indépendante sortirait immédiatement de l’Union européenne ; le « non » à l’indépendance l’emporta.

À l’occasion du référendum de Catalogne, Bruxelles a réitéré sa menace : l’indépendance impliquerait la sortie de l’Union européenne et de la zone euro. Puigdemont n’a visiblement pas tenu compte de ce qui s’était passé en 2014 et il a eu tort, parce que la perspective d’une telle double sortie fait fuir les entreprises qui quittent massivement la Catalogne ; la puissance économique de cette dernière est mise à mal et cela, beaucoup de Catalans viennent d’en prendre conscience.

Pour quelles raisons l’Union européenne a-t-elle changé son fusil d’épaule ? Je n’en sais rien. À ma connaissance, aucun dirigeant européen ne s’est exprimé à ce sujet, mais on peut faire deux suppositions : d’une part, la cause des régions ayant des relents ethnicistes, elle peut sembler de plus en plus « nauséabonde » aux libéraux/libertaires bruxellois et, d’autre part, l’Union européenne à 28 étant déjà ingérable, une Union européenne à trente, quarante ou cinquante le serait encore bien plus. Une chose est certaine : les séparatistes ne sont plus soutenus par Bruxelles et la perspective d’une Europe aux cent drapeaux n’est plus à l’ordre du jour.

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