Editoriaux - Politique - 28 juillet 2018

Affaire Benalla : la grande manipulation

La France vient de connaître une décade prodigieuse. Celle-ci a commencé avec la révélation de l’affaire Benalla par le journal Le Monde et se termine avec la contre-offensive du clan macroniste largement déstabilisé jusqu’à ces derniers jours. Contrairement aux apparences, c’est sans doute ce dernier épisode qui devrait inquiéter les Français, tant il témoigne des manipulations qui éloignent notre pays de la démocratie.

Le président de la République est évidemment au cœur de cette mise en scène de A à Z. Il s’agissait, pour lui, d’éviter de se voir attiré dans la broyeuse médiatique, comme ce pauvre François Hollande lors de l’affaire Leonarda, pourtant infiniment moins grave, et dans laquelle l’ancien Président n’avait aucune raison d’intervenir. Or, l’affaire Benalla est avant tout une affaire Macron. C’est ce dernier qui l’a embauché pour sa campagne. Il fait partie de ces socialistes qui ont accompagné le sauvetage réussi des socialistes progressistes et ont empêché l’alternance légitime dans une démocratie saine. Sa proximité avec le couple Macron ne laisse aucun doute. La tentative d’étouffer le scandale entre le 2 mai et le 19 juillet, en n’informant pas le parquet des délits commis par l’intéressé et en se contentant d’une sanction virtuelle, dévoile la protection particulière dont il bénéficiait. La première réaction officielle fut aussi la première intervention du porte-parole élyséen Bruno Roger-Petit, cet ex-journaliste polémiste, qui sombra ce jour-là dans la langue de bois pontifiante… et mensongère, en prétendant que le faux-policier du 1er mai avait vu son salaire amputé. L’essentiel était que le Président, lui, ne s’exprimait pas.

C’est là le fil rouge de la mise en scène dont le sommet est atteint avec le discours devant son clan à la Maison de l’Amérique latine : il dit qu’il est le seul responsable et défie ses contradicteurs : « Qu’ils viennent me chercher ! » Extraordinaire formule écran, puisqu’il est constitutionnellement hors d’atteinte et que tout le scénario consiste, précisément, à éloigner le Président de toute responsabilité.

D’abord, il s’agit de circonscrire le problème à une faute personnelle commise le 1er mai par un homme impulsif et dévoué en tentant d’écarter le risque de voir accuser le système au pouvoir depuis l’élection de M. Macron. C’est pourquoi les éléments de langage du clan reprennent jusqu’à plus soif ce leitmotiv. On se souvient, non sans amusement, du film Z, de Costa-Gavras, lorsque le juge interprété par Trintignant s’aperçoit que tous les « témoins » emploient la même formule : « Il a bondi comme un tigre. » L’attitude de nombreux députés LREM se faisant les colporteurs des messages répétitifs concoctés par la présidence est une honte, un abandon de la moindre dignité parlementaire. La présidente de la commission des lois, membre de la majorité, trahira carrément son mandat en rendant stérile la commission d’enquête de l’Assemblée. Le parti présidentiel a réalisé son objectif. Il ne voulait pas d’une commission d’enquête qui, elle, aurait été présidée par un membre de l’opposition. C’est donc la commission des lois qui a mené les interrogatoires dans une salle trop petite et qui a soigneusement limité le nombre et la qualité des personnalités interrogées de telle façon que l’objet de l’enquête soit réduit aux événements du 1er mai, place de la Contrescarpe, et sans interférer, bien sûr avec la procédure judiciaire engagée. C’est pourquoi les vrais problèmes, c’est-à-dire le rôle exorbitant du pouvoir élyséen, le fonctionnement monarchique de l’État, le contournement des hiérarchies légitimes, de l’État de droit, les mensonges de la cour, en un mot le pourrissement de « la République inaltérable », sont évacués.

On assiste à ce spectacle dégradant d’une présidente de commission essayant, par ses questions, d’obtenir les réponses les plus favorables au pouvoir. C’est ainsi qu’elle a cherché à faire dire au commandant des CRS présents le 1er mai que l’intervention de civils pour prêter main-forte à des policiers lors d’une intervention était normale. Il venait, en effet, de déclarer que l’intervention de Benalla était absolument inutile. Il finit par dire que la participation de policiers en civil au maintien de l’ordre est courante. Et la présidente se garde de conclure que si les CRS avaient pris Benalla et son comparse pour des policiers en civil, les intéressés n’ignoraient rien de l’illégalité de leur action, et que celle-ci était donc le fruit du sentiment d’impunité de ceux qui sont proches de Macron.

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