Editoriaux - Histoire - 7 novembre 2018

7-8 novembre 1918 : les plénipotentiaires allemands arrivent à La Capelle pour « implorer l’armistice »

Revivez, avec Boulevard Voltaire, le récit de ces jours historiques de novembre 1918

En ce 7 novembre 1918, c’est le 171e régiment d’infanterie qui a l’honneur d’accompagner l’arrivée des plénipotentiaires allemands en vue d’un prochain armistice. Après un court repos, fin octobre, le régiment atteint, le 5 novembre, Villers-lès-Guise puis, le 7 novembre, la commune de La Capelle, à 50 km au nord-est de Saint-Quentin (Aisne).

« Vers 14 heures, un officier allemand, le lieutenant von Jacobi, accompagné de deux cavaliers, se présente au front de la 3e compagnie du 171e RI (du capitaine Nabal) », relate le journal de marche et des opérations (JMO) du régiment. Cet officier « prussien » annonce que la mission officielle des parlementaires allemands doit arriver en automobile mais « elle aura du retard par suite du mauvais état des routes et ne franchira les lignes que vers 17 heures ». Le rédacteur du JMO insiste sur le fait que les Allemands viennent « implorer l’armistice à nos avant-postes ».

Finalement c’est avec plus de trois heures de retard (il est 20 h 10) que les voitures allemandes sont aperçues sur la route venant d’Haudroy par les soldats français. « La première section de la 3e compagnie (sergent Joubert) est déployée de part et d’autre sur la route. Cinq automobiles avancent à toute allure, les phares sont éclairés, un immense drapeau blanc flotte sur la première voiture. Un trompette allemand debout sur le marchepied sonne le Cessez-le-feu », rapporte le JMO.

Le capitaine Lhuillier, qui commande le 1er bataillon, fait signe au convoi de s’arrêter. Le caporal-clairon Pierre Sellier, né le 8 novembre 1892 à Beaucourt (territoire de Belfort), remplace le clairon allemand et sonne le « cessez-le-feu  » sur le marchepied de la première voiture, comme en témoigne l’inscription sur le pavillon de son clairon : « Clairon de la victoire/La Capelle/7 novembre 1918 – 21 heures/Pierre Sellier caporal /au 171e régiment d’infanterie ».

Puis le lieutenant von Jacobi descend de sa voiture et va prévenir le général Detlof von Winterfeldt (1867-1940), ancien attaché militaire de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Il a le bon goût de ne pas porter, sur sa vareuse, la Légion d’honneur qui lui a été remise cinq ans auparavant par le général de Castelnau.

Le général allemand souhaite présenter au capitaine Lhuillier la délégation composée du représentant du gouvernement allemand Matthias Erzberger, du comte Alfred von Oberndorff, qui représente le ministère des Affaires étrangères, et du capitaine de vaisseau Ernst Vanselow, pour le compte de la Marine. « Mon Général, je n’ai pas qualité pour vous recevoir officiellement. Veuillez remonter en voiture, je vous prie, et me suivre, je vais vous conduire au Commandant des Avant-Postes. » Le capitaine Lhuillier prend place dans la première voiture et le caporal-clairon Sellier, sur le marchepied. Arrivé au carrefour de La Capelle, le convoi s’arrête. Les plénipotentiaires sont reçus par le commandant François de Bourbon Busset (1875-1954), de l’état-major de la 1re armée. Ce dernier, après un bref échange, les fait conduire dans le village d’Homblières.

Les délégations allemandes et françaises se retrouvent dans le presbytère 1d’Homblières. Elles sont accueillies par le général Marie-Eugène Debeney (1864-1943) qui avait défait, en août 1918, le maréchal Paul von Hindenburg (1847-1934) à la bataille de Montdidier. Le cadre n’est guère engageant : le presbytère a été en partie détruit par les combats. Il est réparé de manière très sommaire avec du carton bitumé et des bâches posées sur la toiture. Sur une grande table, une frugale collation est servie.

À 1 h 55, tout le monde reprend le chemin de la gare de Tergnier, une ville qui a « été détruite scientifiquement et méthodiquement par les pionniers allemands au moment du recul de 1917 2 », indique le commandant François de Bourbon Busset. Les deux délégations montent dans le train qui s’ébranle vers 3 h 45. Il arrive en gare de Rethondes vers 5 h 30. Il pleut.

Le 8 novembre, les délégués allemands menés par Matthias Erzberger, accompagné du comte Alfred von Oberndorff, du général Detlof von Winterfeldt, du capitaine de vaisseau Ernst Vanselow et des capitaines Geyer et Helldorff sont reçus par le général Maxime Weygand, major général des armées alliées, et par le contre-amiral George Hope (1869-1959), adjoint au commandant général de la Royal Navy. Il est 9 heures du matin. Puis arrivent le maréchal Ferdinand Foch, généralissime des armées alliées, et l’amiral Rosslyn Wemyss (1864-1933), chef d’état-major de la Marine britannique. Ernest Lavisse, dans le tome IX de son Histoire de France, en fait un récit tout à la fois patriotique et martial.

« Foch fait le salut militaire, ôte son képi et dit :
– À qui ai-je l’honneur de m’adresser ?
– Aux plénipotentiaires du gouvernement allemand, répond Erzberger.
Foch (débout) :
– Quel est l’objet de votre visite ?
– Recevoir les propositions des puissances alliées pour arriver à un armistice.
– Je n’ai aucune proposition à vous faire.

Obendorff intervient :
Si Monsieur le Maréchal préfère, nous venons demander les conditions auxquelles les Alliés consentiraient un armistice.
Foch : – Je n’ai pas de conditions à faire.
Erzberger tire de sa poche la note du président Wilson, précisant que le maréchal Foch est autorisé à faire connaître les conditions de l’armistice. Foch l’interrompt avant qu’il la lise :
Demandez-vous l’armistice ? Si vous le demandez, je puis vous faire connaître à quelles conditions il pourra être obtenu.
Erzberger et Obendorff déclarent qu’ils demandent l’armistice.
Foch : – Ces conditions arrêtées par les gouvernements alliés vont donc vous être lues.
Les plénipotentiaires s’assoient et le général Weygand lit à haute voix ces conditions dont un texte est remis à Erzberger 3

C’est à peu près dans ces conditions que la première entrevue se déroule. Les Allemands suggèrent une suspension d’armes provisoire. Mais Foch la repousse car il entend ménager Pétain, qui est très réticent à la signature d’un armistice. De plus, l’abdication de Guillaume II, le lendemain, va poser un réel problème car le pouvoir devient officiellement vacant. Or, on ne peut pas signer un armistice « en présence de l’inconnu », en l’absence d’une réelle autorité légalement constituée. Le 8 novembre, rien n’est encore joué.

Notes:

  1. Ce presbytère conserve toujours une plaque commémorative sur laquelle est écrit : « C’est dans cette maison que le général Debeney, commandant la 1e Armée, a reçu les parlementaires allemands qu’il a dirigés sur Rethondes le 8 novembre 1918 à 1 heure du matin. »
  2. De Gmeline, Patrick, Le 11 novembre 1918 – Presses de la Cité, page 257
  3. Ferro, Marc, 11 novembre 1918 – Éditions Perrin – page 34.
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