Editoriaux - Histoire - 18 février 2019

19 février 1919 : attentat contre Clemenceau

Ce mercredi 19 février 1919, la conférence de la Paix, qui débouchera quelques mois plus tard sur le traité de Versailles, bat son plein. C’est en se rendant à cette réunion au cours de laquelle les négociations se révèlent longues, âpres et rudes, que Georges Clemenceau (1841-1929), président du Conseil, est victime d’un attentat en sortant de son domicile de la rue Franklin (16e arr.).

Un jeune anarchiste de 23 ans, Émile Cottin, surgit de derrière une vespasienne et tire dix cartouches sur l’automobile du président du Conseil. Aux premiers coups de feu, Brabant, le chauffeur de Clemenceau, accélère. Clemenceau sait qu’il est blessé. Il demande à Brabant de faire demi-tour et le ramener rue Franklin. Appelé au chevet du président du Conseil, le médecin-major Laubry constate que le Tigre est atteint d’une balle à l’omoplate « sans lésion viscérale ». Il ajoute à l’intention du père jésuite du collège voisin, accouru pour lui offrir ses services : « Merci mon Père, mais je ne crois pas avoir besoin de vous cette fois encore. » Le président de la République, Raymond Poincaré (1860-1934), le maréchal Ferdinand Foch (1851-1929) et quelques ministres viennent visiter Clemenceau. Tous le trouvent « assis, jaune et la face crispée ». Le Tigre remarque : « C’est une sensation qui me manquait. Je n’avais pas encore été assassiné. » Émile Cottin, quant à lui, est rapidement arrêté. Il échappe de peu au lynchage public.

La presse s’empare, naturellement, de cette tentative d’attentat, diffusant l’information en considération de la ligne politique et éditoriale. La Justice, journal fondé par Clemenceau en 1880, titre : « L’attentat contre M. Clemenceau. Seuls les ennemis de la patrie pourraient désirer la mort du Tigre. ». L’Action française annonce en une : « Un attentat contre la France victorieuse. Dix balles contre Clemenceau. » Tandis que Le Figaro se veut plus sobre : « Attentat contre M. Clemenceau. Le président du Conseil blessé. »

Pendant sa courte convalescence, Clemenceau est soigné par sœur Théoneste, celle-là même qui l’avait accompagné lors de son opération de la prostate en avril 1912. Sœur Théoneste est la seule personne en qui le Tigre a confiance et à laquelle il obéit quand il est malade ! C’est une relation bien particulière, quand on connaît le taux particulièrement élevé d’anticléricalisme du « Vendéen rouge ». À son propos, ce dernier dit : « Avec la patience et les prières de sœur Théoneste, tout ira bien. Seulement, je suis très inquiet, car je crains fort que, sous peu, les prières de sœur Théoneste n’aient plus grand poids auprès de l’Éternel. »

Le lendemain de son agression, Clemenceau se remet au travail, à son domicile, prenant connaissance des dépêches essentielles, signant les actes du gouvernement, recevant ministres et maréchaux. Une semaine plus tard, il est autorisé à se promener, en compagnie du docteur Laubry, dans le parc de Versailles. Il reprend complètement sa place à la conférence de la Paix le 28 février. Émile Cottin est jugé le 14 mars suivant par le 3e conseil de guerre. Il est condamné à mort. Clemenceau intervient pour que la peine soit commuée à dix ans de prison. Cottin, qui est libéré en 1924, rejoint les troupes républicaines espagnoles et meurt en octobre 1936 sur le front d’Aragon.

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