Editoriaux - Politique - 15 novembre 2018

11 novembre : du chaos mental au chaos sémantique

Le 11 novembre 2018 hérite de cent ans de chaos mental et historique depuis 1918. La révolution bolchevique, l’alliance des nazis et des communistes, la Deuxième Guerre mondiale, une « étrange défaite » de la France décrite par Marc Bloch, l’Occupation, l’épuration, des décolonisations mal organisées, les génocides. Certes, le bolchevisme a pris fin en URSS et en Europe (se prolongeant sous une forme bâtarde en Chine). Toutefois, sa chute a créé un vide, immédiatement occupé par l’ultra-capitalisme dont Soljenitsyne disait qu’il était l’avers du matérialisme, le communisme étant le revers. Le GATT devenait au même moment l’OMC. À présent, paradoxalement, c’est un Américain, Donald Trump, qui porte les coups les plus durs à l’OMC, au rebours des 14 points de Wilson, puis des accords de Bretton Woods, qui furent, il y a peu, le socle de la politique américaine.

Mais il y a pire : un chaos sémantique, né entre les deux guerres, s’installe partout ; un mal qui, ne nous permettant pas de comprendre notre mal, nous empêche d’y remédier et, au contraire, l’aggrave sans fin. Pourtant, nous avions été prévenus par nos plus grands auteurs. Les classiques : La Boétie, Ronsard, Beyle, Pascal, Montesquieu ; plus récemment : Bainville, Benda, Bloch ; puis nos contemporains : Allais, Debray, Finkielkraut, Bentotila, Zemmour, Onfray, Michéa, Brighelli et tant d’autres.

Et nous disposons d’une matrice mentale puissante pour réagir : Platon, Confucius, Aristote, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Stuart Mill, Allais, Bejan…

Or, cette matrice d’exactitude de la pensée a subi les ravages d’une maladie apparue en 1968 qui altère la capacité à maîtriser le sens des mots et la rigueur du raisonnement. Cette maladie, le « déconstructionnisme », est une mutation génétique de la phénoménologie, du relativisme, du contextualisme. Il en résulte, pour le malade qui en est atteint, un floutage du sens des mots et une logorrhée qui remplace peu à peu tout discours dialectique construit capable de déboucher sur un résultat utilisable.

Emmanuel Macron a lu beaucoup de discours en ce 11 novembre dont il a voulu faire un événement du quinquennat. Discours ampoulés et théâtraux comme souvent. Et comme il a voulu se mettre en vedette et donner des leçons de politique et de morale, juché sur le corps du Soldat inconnu, cela a provoqué un profond et durable malaise.

Sur la défense, il faut certes, alors que les États-Unis veulent se dégager du poids financier excessif de l’OTAN (et sans doute traiter avec la Russie des conditions de la paix en Europe), penser une défense indépendante et renforcée de la France, coordonnée avec celle du Royaume-Uni, et inciter les États européens à développer leurs armées. Mais était-il sensé (mardi, Europe 1), à cinq jours du centenaire de la victoire des Alliés et du bizarre petit « forum sur la paix », de parler d’une défense européenne pour « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique » ? Et le président Trump n’a-t-il pas eu raison de réagir vendredi (very insulting) avant d’aller visiter un cimetière militaire américain à la place du show sans utilité. Une leçon.

Déjà en campagne pour les élections européennes, Emmanuel Macron tombe dans l’outrance de charges non maîtrisées contre le souverainisme (qui est l’expression de l’aspiration à la liberté), le populisme (qui est la conséquence du suffrage universel) et le protectionnisme tempéré (qui défend la survie du tissu productif). Il se rengorge d’un « multilatéralisme » (en pleine déconfiture) que personne ne sait justifier ni même définir : il y a contresens, voire psittacisme. Car le multilatéralisme peut être, comme l’ONU, un lieu où des États souverains se rencontrent pour coordonner leurs actions, notamment pour rechercher ou conforter la paix. Mais il y a le prétendu multilatéralisme qui cherche à supplanter les États et les nations (Union européenne) ou à imposer des règles économiques et commerciales qui détruisent la vie de nos familles (OMC). Sont-ce la Hongrie et l’Italie qui nous menacent ? Les États-Unis ? Ou sont-ce l’afflux migratoire, le terrorisme, le chômage, le mondialisme spéculatif non maîtrisé, le déni de la démocratie ?

Au fond, on n’est pas loin du discours bolchevique consistant à désigner le « fascisme » noir, dont on sera un temps complice (pacte Hitler-Staline), pour justifier, en toute bonne conscience, le « fascisme rouge ». Et, ici, le fascisme international financier.

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