On disait d’Abba Agathon qu’il vécut trois ans avec un caillou dans la bouche, jusqu’à ce qu’il observe le silence.

La « pandémie » a donné au terme « confinement » une formidable occasion de pulluler. Il y a une pandémie du « confinement ». Je n’ouvre pas la radio (j’ignore télé et presse écrite) sans que « confinement », « confiné », « déconfinement », « déconfiné » soient expectorés cinq, dix, vingt fois et, semble-t-il, avec une voluptueuse résignation, par les suppôts de Big Brother. Conditionnement pavlovien. Salivation canine.

Pour le dire autrement : (Littré) Psittacisme, « État d’esprit dans lequel on ne pense ou ne parle qu’en perroquet. » Psittaciens : « les oiseaux appartenant au perroquet ». Psittacules : «  d’oiseaux comprenant des perruches à queue courte ». Psittaciens et psittacules pullulent dans nos comme dans nos ministères. Formatage lexical et guttural. Éjaculation réflexe.

« Confinement » est-il un terme approprié ? Oui, pour autant (voir Littré ou Le Robert) qu’il fait penser au mauvais sort de prisonniers dans leur cellule (« lyrisme cellulaire », dirait Camus). Mais que diable ! Nos émetteurs ne pourraient-ils japper ou jacasser, au prix d’un peu d’esprit, réclusion (ô Élisée Reclus !), claustration, casernement, cantonnement, enfermement ou même, au prix d’une légère torsion de sens, cloisonnement ?

Tout déconfiné doit s’infliger un « masque ». « Internet » : masque, 246.000.000 résultats. Avec images conjoncturelles. Eh bien, c’est frauduleux ! Ce qu’on inflige au déconfiné n’est pas un masque, c’est un bâillon expansé, plus précisément une muselière. est une impropriété. J’ai compris seulement récemment (au souffle de l’Esprit saint, détergent des esprits contaminés) pourquoi ce prétendu « masque » m’horripile : c’est, en réalité, une muselière (le masque, lui, couvrant le visage, peut être tragique ou comique, carnavalesque, effrayant ou séducteur).

Muselière (Trésor de la langue française) : « Entrave à la libre expression. Synonyme : bâillon. Muselière de la censure ; mettre une muselière à la presse. »

Tiens, tiens ! Loi Avia. Quelle coïncidence ! Qu’est-ce que la loi Avia ? Un bâillon, une muselière à la presse, une entrave à la libre expression.

« Qu’il ferme sa gueule ! » Ainsi, le chien de garde Cohn-Bendit intimait au professeur Raoult, coupable d’être compétent, de se taire. Cohn-Bendit (« cohnfiné » ou « décohnfiné » ?) nous voudrait tous bâillon au museau, ou aboyeurs, comme lui.

 

7 juin 2020

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.