Avez-vous déjà entendu parler de la Tabarnia, ce nouveau pays qui est en train de naître sur les bords de la Méditerranée occidentale ? Non ? Ne vous en faites pas, vous en entendrez bientôt parler. Pour l’instant, et à une vitesse foudroyante, « Tabarnia » est déjà devenue, en l’espace de deux ou trois semaines, trending topic mondial sur Twitter, tandis que 200.000 personnes signaient en une pétition demandant sa reconnaissance, à savoir celle d’un ensemble de dix comarcas (la comarca est une sous-division locale) des provinces de Tarragone et Barcelone, la capitale y compris (d’où l’acronyme), afin que, se détachant de la Catalogne, elles constituent une nouvelle communauté autonome au sein de l’.

Les raisons qui poussent les « Tabarnais » dans une telle aventure sont claires et nettes. L’ensemble de ces dix comarcas se caractérise par trois traits marquants : il s’agit de la partie la plus peuplée, de la plus riche et productive et de la plus résolument espagnole de la Catalogne. Les chiffres sont parlants : il y a, à Tabarnia, 5.612.802 habitants, face aux 1.828.374 du reste de la Catalogne. Aux dernières du 21 décembre, les Tabarnais ont voté majoritairement pour les partis unionistes et, notamment, pour Ciudadanos.

S’agit-il donc d’une sorte de redoublement du sécessionnisme catalan ? Nullement, car ce n’est pas du tout en vue de quitter l’Espagne, mais d’y rester, qu’est né ce mouvement qui consiste, finalement, à rendre aux indépendantistes la monnaie de leur pièce. Ne revendiquent-ils pas constamment « le droit à décider » ? Voilà donc une occasion magnifique de l’exercer. Et de l’exercer en tout légalité, la possibilité de constituer une nouvelle communauté autonome au sein de l’Espagne étant reconnue par la .
En agissant de la sorte, l’herbe est coupée sous le pied des sécessionnistes. Que pourraient-ils faire le jour où la Tabarnia deviendrait indépendante du fléau indépendantiste ? Une fois perdue la ville de Barcelone – le joyau de la couronne – et ne leur restant entre les mains que les dépouilles du pays – des dépouilles aux paysages, certes, d’une beauté sublime qui fait se fendre mon cœur à l’idée de devoir les leur abandonner –, que pourraient faire les séparatistes ? Continuer à traîner dans la boue la seule Catalogne rurale qui leur est fidèle ? Ce serait ridicule ! Ils ne pourraient que jeter l’éponge.

Or, plein de questions restent évidemment posées. Et non seulement pour ce qui est des possibilités réelles qu’un tel projet voie le jour (il faudrait, pour cela, l’accord, au Parlement de Madrid, des trois grands partis unionistes : Partido Popular, Ciudadanos et Partido Socialista). Une objection principale pèse, du point de vue des principes, sur un tel projet : il fait fi de toute attache historique et identitaire, il fait sienne la vision libéralo-individualiste qui imprègne l’ensemble de l’indépendantisme : nous le voulons, nous décidons, un point c’est tout ! Certes, mais entre un projet libéralo-individualiste qui, au moins, ne défait pas l’unité historique de l’Espagne, et un autre qui tout simplement l’anéantit, le choix ne fait pas de doute, la possibilité de la seule bonne solution – affirmer haut et fort les racines hispano-catalanes de la Catalogne – se heurtant au refus catégorique des indépendantistes, ainsi qu’aux mansuétudes, faiblesses et compromissions de Madrid.

Quoi qu’il en soit, et même si la Tabarnia ne parvient jamais à voir le jour, le simple fait de brandir sa menace est déjà assez important et rend les indépendantistes suffisamment énervés pour qu’il faille le saluer.

5 janvier 2018

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