Armées - Editoriaux - Livres - Politique - Société - Sport - 23 juin 2018

Si tu veux la paix, prépare la guerre, de François-Régis Legrier

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Si une seule personne devait lire ce livre, c’est Emmanuel Macron, à qui le pouvoir de faire la guerre a été confié pour cinq ans. L’ayant lu, il pourrait alors le donner en devoir de vacances à son armée de marcheurs pour qu’ils comprennent que les « questions de défense », pour reprendre l’expression un peu technocratique, ne sont pas le énième paragraphe du sous-chapitre intitulé « Sécurité » d’un programme présidentiel que personne, à l’exception de quelques spécialistes, ne lira jamais ! Mais si la guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires, comme disait Clemenceau, alors tout citoyen qui s’intéresse un peu à l’avenir de la Cité devrait lire Si tu veux la paix, prépare la guerre, du colonel François-Régis Legrier.

La boutade de Clemenceau ne devrait, du reste, pas choquer l’auteur puisque d’emblée, dans son avant-propos, il met le politique devant ses responsabilités : “Quoi qu’on en dise, la guerre est d’abord et avant tout une responsabilité politique, la plus grave et en même temps la plus noble.”

Un militaire qui écrit ? Pas pour raconter ses guerres à la façon d’un général Marbot. Ni pour nous infliger des croquis parcourus de flèches rouges et bleues. Pas pour sculpter la fumée, comme on dit dans les écoles d’état-major, mais pour réfléchir un peu. Car ça leur arrive, aux militaires ! Une double réflexion, donc, que cet essai : “celle de l’officier, “homme de guerre”, et celle du chrétien”. Au cœur de cette réflexion, une question centrale : “La doctrine de la guerre juste formulée par les théoriciens, au premier rang desquels saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, est-elle concevable aujourd’hui ?”

Et le colonel Legrier, en artilleur méthodique, didactique, déroule sa démonstration, ou plutôt sa manœuvre, en trois temps – comme toute bonne manœuvre ! -, positionne ses appuis à bon escient. Car on ne fait pas la guerre sans appuis. Et ils sont solides : le philosophe russe Soloviev (1853-1900), Albert Camus, Henri Hude, professeur aux écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Mais aussi Clausewitz, René Girard, Raoul Girardet, Lyautey, Vincent Desportes, etc.

François-Régis Legrier s’attache à mettre en lumière l’incapacité des démocraties occidentales à concevoir correctement le phénomène de la guerre, ce qui, selon lui, les conduit à l’impasse. Ces tirs visent notamment “l’utopie démocratique” : le rêve de la paix universelle avec sa division du monde entre le camp du Bien et le camp du Mal, la réduction de l’ennemi au rang de malfaiteur. Des exemples ? Le Kosovo, la Libye… François-Régis Legrier s’interroge aussi sur les raisons pour lesquelles nos « élites » se tournent vers les écoles de commerce et pas vers les écoles militaires. Effectivement, la conquête du CAC 40 semble plus émouvoir nos jeunes des lycées prestigieux que la reprise d’une crête de l’Adrar des Ifoghas aux djihadistes par 50 degrés au soleil. Il est vrai qu’en désignant la guerre comme un mal moral, la fonction sociale du militaire a été déclassée. D’où cette fracture très nette en Occident, notamment depuis Mai 68, entre une société en recherche du bien-être individuel et les armées ayant conservé le principe du sacrifice suprême.

Le colonel Legrier s’attache aussi à expliquer ce qu’est la guerre. Avec des mots qui font mouche comme un tir bien ajusté. Si Emmanuel Macron ne devait lire qu’une partie de ce livre, ce serait celle intitulée “Comprendre la guerre” ! “La guerre étant un acte politique, la rhétorique consistant à assimiler un chef d’État à un brigand et la guerre à une opération de police est une aberration lourde de conséquences.” Le chaos moyen-oriental en est un triste exemple, effectivement.

Enfin, François-Régis Legrier, dans le troisième temps de sa manœuvre, tente, avec succès, de réhabiliter le christianisme dans son rôle de modérateur de la guerre. Manœuvre ô combien délicate, tant les bombardements intensifs menés depuis plus de deux siècles par les héritiers des Lumières ont réussi à saturer le terrain de la pensée occidentale. Pourtant, “sans vouloir vendre du rêve et annoncer la fin de toute guerre”, comme le reconnaît lui-même l’auteur, si la voix de l’Église était un peu écoutée…

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