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Editoriaux - Justice - Politique - 23 juin 2018

Que Jean-Jacques Urvoas n’oublie pas la roche Tarpéienne

L’ex-Garde des Sceaux a été mis en examen par la Cour de justice pour violation du secret professionnel.

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, il avait transmis à  des informations confidentielles : deux fiches d’action pénale demandées à la Direction des affaires criminelles et des grâces. , député LR des Hauts-de-Seine, qui espérait être ministre, était visé par une enquête préliminaire pour fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux .

Lors d’une perquisition effectuée à son domicile, des messages échangés avec ont été saisis, l’un et l’autre ayant pris la précaution d’user de la messagerie cryptée Telegram.

Je me désintéresse du sort de Thierry Solère, qui sera sans doute également mis en examen du chef de recel. Sa personnalité ne m’a jamais impressionné, malgré le ton ostensiblement moral de justicier donneur de leçons qu’il a adopté durant de longs mois à l’encontre de son ancienne famille politique, quittée pour se rallier à LREM. La cohérence, le courage et la fidélité n’ont jamais été son fort.

Pour Jean-Jacques Urvoas, j’éprouve un vrai regret même si celui-ci, n’ayant jamais été au Capitole, échappera peut-être en définitive à la roche Tarpéienne.

Je considère, tout en continuant à regretter que Manuel Valls ait détourné Jean-Jacques Urvoas de ses compétences premières (l’Intérieur) en le nommant garde des Sceaux alors qu’André Vallini était préparé pour ce poste, que les choses ont été bien meilleures avec lui Place Vendôme qu’après les quatre années catastrophiques de Christiane Taubira. Tout au long de son année d’exercice ministériel, Jean-Jacques Urvoas, avec pragmatisme et lucidité, a effacé l’inutile, retardé le dangereux et réparé autant qu’il l’a pu…

J’ai donc le droit de déplorer que Jean-Jacques Urvoas n’ait pas veillé à tenir jusqu’au bout une ligne de rectitude absolue, et ce, pour faire bénéficier un Thierry Solère d’affinités que certains ont décrites comme “fraternelles”. Si c’est le cas, une telle déviation est évidemment choquante.

Dans sa défense, Jean-Jacques Urvoas, par l’entremise de son avocat Maître Marsigny, très sollicité judiciairement, soutient entre autres une argumentation risquée : le garde des Sceaux ne serait pas soumis au secret professionnel.

Sur ce point, je suis tout sauf convaincu. Par honneur et intégrité, je n’assumerais pas une posture conventionnelle de dénégation alors que la matérialité de l’infraction est constante et admise.

Avec sincérité je soutiendrais qu’un concours malheureux de circonstances – cette perquisition, en l’occurrence – m’a impliqué dans un processus clairement délictuel, rendu public par Le Canard enchaîné. Je n’hésiterais pas à affirmer, au regard de mon expérience de député et de président de la commission des lois et de celle liant tous les hauts responsables judiciaires et politiques sous toutes les latitudes gouvernementales, que la connivence entre la et le pouvoir politique a toujours existé, qu’elle continuera à sévir et que, derrière l’officiel et la transparence affichés et honorables, un officieux, un occulte, un clandestin seront en permanence à la disposition de ceux qui cliveront la démocratie entre ce qui mérite d’être dit et ce qui doit être tu. Entre la scène et les coulisses. Ce ne serait pas une justification mais insérerait la transgression dans une continuité amoindrissant la faute personnelle de Jean-Jacques Urvoas.

Celui-ci ne doit pas devenir le bouc émissaire de ministres moins maladroits que lui et capables de conserver des secrets alors que lui, à cause de Thierry Solère, ne l’a pas pu.

Je suis persuadé que Jean-Jacques Urvoas ne suivra pas mon conseil.

Il aurait tort et pourrait, lui, ne pas bénéficier de l’étrange et choquante mansuétude qui a favorisé Christine Lagarde.

Qu’il n’oublie pas la roche Tarpéienne et se souvienne, pour l’allure de son argumentation, que celui qui a été un excellent ministre ne peut pas se permettre de soutenir et de proférer n’importe quoi.

Extrait de : Justice au Singulier

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