Varsovie : des fouilles font ressurgir la mémoire du plus sordide des ghettos
Depuis plusieurs mois, des archéologues fouillent à Varsovie les vestiges de l’ancien ghetto juif et mettent au jour des caves, des abris et près de 3.000 objets du quotidien. Des lunettes, de la vaisselle, des objets religieux ou des effets personnels : autant de témoins du passé qui redonnent un visage à ceux que la barbarie nazie avait condamnés à disparaître, mais qui rappellent également les destructions successives qu’a connues la capitale polonaise, face aux Allemands mais aussi face à la complicité passive des Soviétiques.
Sous terre, les derniers témoins du ghetto
Depuis 2022, ce chantier archéologique révèle des pans entiers du quartier détruit en 1943. Katarzyna Person, directrice du Musée du ghetto de Varsovie, résume la portée de ces découvertes : « Ce sont des choses très simples de la vie quotidienne. Cela nous montre que ces gens étaient réels, qu’ils étaient comme nous et qu’ils ont été assassinés de manière horrible dans le ghetto de Varsovie. » Cette archéologie d’une Histoire pourtant récente permet ainsi de retrouver ce que les nazis avaient méthodiquement tenté de faire disparaître. À partir de novembre 1940, plus de 400.000 Juifs furent enfermés dans le ghetto, sur une superficie d’environ trois kilomètres carrés. La faim, les maladies et les conditions de vie épouvantables provoquèrent des dizaines de milliers de morts.
À partir du 22 juillet 1942, les Allemands commencèrent la liquidation massive du ghetto. Environ 265.000 Juifs furent ainsi déportés vers le camp d’extermination de Treblinka. Au début de 1943, il ne restait alors plus que quelques dizaines de milliers de personnes dans le ghetto. Ces derniers, conscients que leur mort aux mains des nazis était devenue une évidence, commencèrent à organiser la résistance. Dès 1942, alors que les déportations commencent, des groupes clandestins s’organisent, parmi lesquels l’Organisation juive de combat (la ŻOB) ou encore l’Union militaire juive.
Le soulèvement
Une première confrontation armée éclate en janvier 1943 lorsque les Allemands entreprennent une nouvelle rafle, à laquelle les résistants s’opposent, les armes à la main. Le 19 avril 1943, à la veille de la Pâque juive, les Allemands décident de pénétrer en force dans le ghetto pour en liquider la population rebelle. Les combattants juifs, soutenus notamment par des membres de l'Armée intérieure polonaise, leur opposent une farouche résistance. Armés de pistolets, de grenades artisanales, de quelques fusils et d’armes automatiques, ces hommes et ces femmes, souvent très jeunes, savent qu’ils ne peuvent vaincre une armée supérieure en nombre et en matériel. Leur objectif est de résister jusqu’au bout et de mourir avec le peu de liberté qu’il leur reste.
L’insurrection dure près d’un mois. Les Allemands incendient méthodiquement les immeubles afin de déloger les habitants réfugiés dans des caves devenus bunkers. Le 16 mai, le général SS Jürgen Stroop, responsable de l’opération, annonce, par le titre de son rapport, la destruction du ghetto : « Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie ! » Les chiffres donnent la mesure de la catastrophe. Au moins 7.000 Juifs sont tués pendant les combats. Environ 7.000 autres sont déportés à Treblinka et quelque 42.000 survivants sont envoyés vers des camps de concentration ou de travail forcé. Le ghetto, lui, est méthodiquement rasé.
Un an plus tard, Varsovie se soulève encore
La destruction du ghetto ne met pourtant pas fin à l’histoire insurrectionnelle de Varsovie. Le 1er août 1944, alors que l’Armée rouge approche de la capitale, l’Armée de l’intérieur polonaise (l’Armia Krajowa) déclenche à son tour une insurrection. La situation est alors radicalement différente. Ces Polonais ne combattent pas pour empêcher leur extermination mais pour libérer leur capitale avant l’arrivée des Soviétiques, dont ils se méfient comme de la peste. Les insurgés pensent néanmoins que l’arrivée de l’Armée rouge, dont les avant-gardes ont atteint la rive orientale de la Vistule, pourrait leur apporter une aide décisive selon les accords entre les puissances alliés. Cependant, l’Armée rouge reste largement inactive face à l’insurrection qui se déroule sur l’autre rive.
La responsabilité de Staline dans cette situation demeure un sujet historiographique complexe. L’épuisement des forces soviétiques constitue un argument avancé pour expliquer l’arrêt de leur offensive, mais des considérations politiques sont également essentielles. L’Armia Krajowa dépendait du gouvernement polonais en exil à Londres et représentait précisément une force politique nationale hostile au communisme et susceptible de contester l’installation d’un pouvoir soutenu par Moscou. L’écrasement de l’insurrection par les Allemands permettait donc à Staline de se débarrasser d’un adversaire sans se salir les mains. Il avait déjà procédé de la même manière à Katyń, où le NKVD, sur ordre de Staline, avait exécuté des milliers d’officiers et de membres de l’élite polonaise, avant que Moscou n’accuse les nazis de ces massacres afin de masquer sa responsabilité.
La trahison des Alliés
Les Polonais ne furent jamais dupes de cette stratégie et dénoncèrent cette trahison des Alliés, parmi lesquels Churchill et Roosevelt. En effet, malgré le largage de quelques munitions et de provisions, les Britanniques et les Américains ne parvinrent pas à obtenir de Staline une intervention pour sauver l’insurrection. Le chef des armées polonaises, Kazimierz Sosnkowski, déclara ainsi, le 1er septembre 1944 : « Depuis un mois, les combattants de l’Armée de l’intérieur, ainsi que la population de Varsovie, saignent seuls […] Le peuple de Varsovie, laissé à lui-même et abandonné sur le front d’une bataille commune avec les Allemands, c’est un mystère tragique et terrible que nous, Polonais, ne pouvons déchiffrer dans le contexte de la puissance technique des Alliés au seuil de la sixième année de la guerre. » « Varsovie se bat et attend […] des armes et des munitions. Elle ne demande pas […] des miettes à la table du Seigneur, mais exige des moyens de lutte, connaissant les obligations et les accords d’alliance. » Il dénonce également l’« arrêt soudain de l’offensive soviétique aux portes de Varsovie » et déclare que « le tribunal de l’Histoire jugera cette affaire ».
Après 63 jours de combats, Varsovie capitule le 2 octobre 1944 et les Allemands achèvent alors la destruction de la ville. Les Soviétiques n’entreront dans une Varsovie en ruine qu’en janvier 1945, après que la résistance polonaise eut été brisée, ouvrant la voie à l’installation d’un régime communiste qui plaça la Pologne sous la tutelle de Moscou pour près d’un demi-siècle.
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41 commentaires
informez vous sur la shoah par balles .
Arthur SCHMIONTAK, symbole des SIX millions de Citoyens Juifs de toutes nationalités, assassinés par le fascisme hitlérien.
Le jeune garçon menacé par le nazis, bras en l’air est resté longtemps anonyme.
Il avait été identifié bien plus tard par une habitante de Varsovie, Mme Hedwiga Pitztak . Il s’agit d’un garçon de huit ans environ, Arthur SCHMIONTAK né en 1935 de Léon Schmiontak et de Sarah Domb.
et la Shoah par balles .. 33000 juifs tués en 2 jours .jamais condamné !
Bien sur que les nazis ont commis des exactions inhumaines,mais les communistes n’ont pas été en reste,d’abord,le pacte germano-soviétique,puis le partage de la Pologne,le massacre de Katyn qu’ils ont essayé de mettre sur le dos des allemands (un massacre de plus ou de moins,ça aurait pu passer) et la chape de plomb sur les pays de l’est avec le rideau de fer,plus le goulag,on voit que le communisme n’a rien à envier au nazisme sur l’inhumanité.Et pourtant,on a encore un parti communiste en France et ces gens n’ont aucune honte et se déclarent démocrates,cherchez l’erreur.
Ne pas oublier les 21 millions de Russes morts en luttant contre les nazis ..et ne pas oublier qu’ils ont libéré les juifs des camps de concentration . Un membre de ma famille se souvenait de ces soldats qui leurs ont donné la part de leur repas en arrivant .
C’est pas beau la politique? Que vaut une vie face à l’idéologie?
A nous petits citoyens , on passe son temps à nous faire culpabiliser sur ces horreurs mais n’oublions pas que les Russes ont été complices de ces massacres et que les Alliés ont été complices des nazis à la fin de la guerre en pour la plupart libérant des SS , qui ont fini leurs jours tranquillement en Allemagne malgré leurs ordres de massacres et même De Gaulle a laissé tomber le procès d’Oradour pour faire plaisir à l’Allemagne d’Adenauer , Lammerding commandant de ce massacre est mort dans son lit , Mayer celui qui a fait tuer des GI’s à l’Abbaye d’Ardenne en Normandie , idem et même l’église catholique via le Vatican qui a fait fuir en Amérique du Sud tant de nazi donc en plus il n’y a pas eu que des Juifs d’assassinés , un simple mec qui passait dans la rue y avait droit , mes parents qui avaient vécu la guerre , les camps de prisonniers en Allemagne et l’exode m’en ont tellement raconté , même les collabos en sont sortis protégés par le sieur Mitterrand , voir Touvier
@LHERM : hé oui mon bon monsieur, mais vous pourrez raconter « l’histoire » autant de fois, personne ne vous croira, tout le monde voudra oublier et élira même les traîtres à la tête de leur pays : l’humanité dans ses recoins n’est pas le roman d’amour que certains, par intérêt, voudrait nous faire croire.
Tellement vrai…
faux c’était les uk d’ailleurs gardiens des camps .quand l’Allemagne attaque les russes ? les russes luttent contre les nazis … 21 MILLIONS de Russes sont morts .. trop facile de l’oublier ..
En septembre 1939 l’armée communiste russe, alliée officielle des nazis, attaque la Pologne sans déclaration de guerre, 16 jours après le début de l’invasion allemande. La Pologne est écrasée, partagée ; la France garante par traité de la Pologne, déclare la guerre à l’Allemagne mais ne la fait pas lors qu’il n’y avait que le Rhin à traverser. Incroyable et stupide lâcheté de la France : mais on dira gentiment la « drôle de guerre ». Et le PC était complice des Nazis (déserteurs et saboteurs) même après juin 40…
Pensez vous que les manuels scolaires d’Histoire en parlent ? L’omerta a arrangé beaucoup de monde, avec l’argument de paix sociale. Les communistes étaient tellement nombreux après la guerre que même de gaulle a du s’incliner devant leur puissance.
Merci JPG. C’est pour ça que j’en parle. Merci de relayer.
Un drame et une honte ce ghetto, ne jamais oublier
Le ghetto juif est maintenant mondial, il n’y a qu’à voir du côté de l’antisémitisme qui se répand à toute vitesse.
Je sais hélas, et je combats cette infâmie à chaque fois que je peux sur les RS
Les nazis des barbares absolus, comme daech. Il est regretable de se souvenir de ces moments terribles qu’est une guerre, mais il faut se SOUVENIR pour ne pas recommencer. Cette photo est du cruauté sans nom, ces enfants les bras en l’air n’ont pas émus les barbares hitleriens. qui ont éliminés toute une population polonaise et bien d’autres encore.
« Gardez-vous de mépriser un seul de ces tout-petits, car je vous le dis: leurs anges… Car mon Père, qui est dans les cieux… « , a dit le Christ. Et terrible sera sa vengeance.
On n’en parlera jamais assez, n’est-ce pas ?
Non en effet , comme pour les camps de concentration
Vous n’avez pas l’air de cet avis ?
Merci de ne pas avoir oublié Katyn dont il était interdit de dire la vérité pendant des décennies ,même en France .
Ce qu’on appelle tomber de Caribe en Silla .
« Le ghetto, lui, est méthodiquement rasé. » J’ai été surprise de découvrir avec émotion à Varsovie quelques « blocks » de l’ancien ghetto encore debout et habités, ainsi qu’une portion du mur dans une cour d’immeuble.
» face aux Allemands mais aussi face à la complicité passive des Soviétiques. »
oui, bien sûr, mais l’état polonais, ou ce qu’il en restait est à mettre aussi dans la case « complices », hélas…
Les ukrainiens aussi, même hors du guetto qui ont participé à de nombreux massacres de Juifs, notammemnt à Babi-yar
Chuuutttt, SVP. Vous risquez gros en ressortant cette histoire. Bon, je plaisante d’une manière amère mais en cette époque de Zélinskymania il va sans dire qu’il ne faut pas parler de ce passé plus que trouble.
Vrai. Les ukrainiens chouchous des médias..
les guerres ne sont sujets qu’a trahison permanente ,Quand les alliés ont bombardé les villes françaises au prétexte d e faire reculer les allemands ,nous avons eu un million de morts or le calcul était tout autre ,il s’agissait en fait d’anticiper la reconstruction par des entreprises sous capitaux américains,,,,,, et maintenant il faudrait qu’on embrasse les allemands et leurs soutiens indéfectibles que furent les ukrainiens germanophones d’obédience nazie !
Bien envoyé!
Les ennemis du jour seront les amis demain. C’est comme çà, il faut s’y faire. Je ne sais pas quel général britannique a exprimé cela lors de la guerre en Amérique aux temps des colonies, la Guerre d’Indépendance. L’Habit Rouge avait dit qu’il ne fallait pas s’acharner sur les Américains, un jour ils seront nos alliés, ou des propos similaires….( Ca ne les a pas empêchés de bouter le feu à Washington, mais l’histoire a donné raison au propos).
Bien d’accord avec vous.
Hélas, bien d’autres abandons conduiront ensuite à des massacres. Les Britanniques ont livré à Staline en 45 les Cosaques qui avaient combattu à leurs côtés. La France a abandonné en 54 les H’Mongs en Indochine (Relatez donc un jour la poignante histoire du Colonel Robert Jambon) puis en 62 les Harkis et les civils français en Algérie. Honte à ces démocraties dégénérées pourtant donneuses de leçons!
Hélas…
Idem