Valérie Montandon revient sur l’attitude équivoque et « ambiguë » de certains élus de gauche à la mairie de et à la région Île-de-France, en particulier sur la question de la lutte contre le communautarisme.

Les écologistes auraient-ils un problème avec la laïcité ? Deux faits, a priori éloignés, se rassembleraient pour le démontrer.

Premièrement, les écologistes n’auraient pratiquement pas voté en faveur de la résolution donnant le nom d’une place à Paris au nom de , ce professeur d’histoire-géographie victime d’un attentat islamiste.

Deuxièmement, à la région, le groupe de gauche demande la suppression de la charte de la laïcité voulue par Valérie Pécresse. Ces deux faits sont-ils liés ?

Dans les deux instances, on peut dire que les écologistes ont manqué de clarté sur la défense des valeurs de la République. Lors de l’intervention de Fatoumata Koné, la présidente du groupe des écologistes sur le vœu qui demandait une dénomination d’un lieu en hommage à Samuel Paty, sa déclaration était totalement déplacée et je dirais même indécente. Elle invoquait que le règlement intérieur stipulerait que le Conseil de Paris devrait attendre cinq ans après la mort d’une personne pour pouvoir attribuer une dénomination. Elle a regretté que ce règlement intérieur n’était jamais respecté. Elle a ajouté qu’attendre cinq ans permettrait de ne pas réagir à chaud et à l’émotion.

Je trouve que son intervention est totalement indécente. Il faut rappeler que Samuel Paty a été décapité par un terroriste islamiste alors qu’il enseignait la liberté d’expression. Face à la barbarie de cet acte et à la très forte symbolique de son exécution, tout le monde aurait dû rester silencieux et faire preuve d’unité. Pour moi, une telle déclaration n’est pas anodine et révèle vraiment qu’en termes de défense de la laïcité, tous les élus n’ont pas forcément un comportement digne, et pas la même lecture de la défense des valeurs républicaine.

En conseil régional, il y a eu cette motion qui anticipait ce qui vient d’arriver. Cette motion rappelait que la région avait fait, en 2016, une charte pour la laïcité et les valeurs républicaines. On rappelait à cette assemblée que cette charte existait et qu’elle était vraiment d’actualité. On rappelait aussi que les conseils régionaux devaient adopter en tout temps et en tout lieu un comportement digne de leur mandat et incarner ces valeurs du pacte républicain. Cette motion rappelait la charte et invitait toutes les collectivités territoriales à prendre exemple sur cette charte et à la développer dans leur propre collectivité. Elle n’a pas, non plus, trouvé un écho favorable chez les écologistes du conseil régional. Ils n’ont pas participé au vote, mais ils étaient dans la salle. C’est pour vous dire à quel point ils ne sont pas clairs et sont très torturés sur ces questions de laïcité.

Que cette gauche soit écologiste, communiste, front de gauche ou que sais-je, agissent-ils comme cela par idéologie politique ou par calcul en logique d’affrontement, en politique politicienne ?

Il y a un peu des deux. Je leur reproche de ne pas lutter contre le communautarisme. On a, régulièrement, un manque de clarté flagrant face à la lutte contre le terrorisme.

La mairie de Paris met à disposition une charte sur la laïcité que devraient signer les associations qui bénéficient de subventions dans le cadre de la mairie de Paris. En parcourant en détail, on s’aperçoit que sur les milliers d’associations que subventionne la mairie de Paris, une grosse cinquantaine ont signé cette charte. Finalement, ce sont les associations qui signent cette charte si elles le souhaitent, mais cela ne conditionne pas les subventions…

Elle a été présentée en juillet 2019. Moins d’une centaine d’associations ont signé cette charte. Elle n’est pas obligatoire, alors qu’à la région Île-de-France, cette charte empêche les financements et le soutien à toutes les structures privées ou associatives qui ne respecteraient pas la charte. Les objectifs de défense de la laïcité, des valeurs de la République et de lutte contre la radicalisation sont très clairs à la région Île-de-France, alors que ceux de la ville ne le sont pas.

20 novembre 2020

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