C’est une chose dont on ne parle pas et qui, pourtant, ne laisse pas de surprendre. On nous rebat les oreilles de toutes ces fêtes scandaleuses, tous ces jeunes qui, au mépris des consignes, se livreraient à des bacchanales effrénées dans leurs soupentes… En revanche, pas un mot sur tous ceux qui, à l’évidence, sont gravement contaminés par la peur. On me dira que ceux-là sont de bons citoyens, soucieux de préserver la santé de leurs aînés, raison pour laquelle ils se terrent ou rasent les murs quand ils se risquent à mettre le nez dehors.

J’ai observé cela hier encore, médusée : une jeune fille entre 15 et 20 ans, emmitouflée dans une tenue de sport, qui faisait un bond chaque fois qu’un client venait allonger la file à la boulangerie et s’est étirée à la limite de la chute pour récupérer sa monnaie avant de s’enfuir à toutes jambes.

Il faut dire qu’on les malmène durement, tous ces jeunes. Surtout, on leur bourre bien le crâne en leur répétant que leur vie est pourrie, sinon durablement foutue. Matraquage en continu pour leur remonter le moral : un jour avec école, un jour sans, contagieux ou pas, dangereux à coup sûr, chômeurs assurément, diplômés au rabais, privés de stages professionnels et de cours « en présentiel », accusés d’empoisonner mémé… Et, cerise sur le Covid : c’est à eux qu’incombera la dette colossale qui s’accumule sur nos têtes pour porter à bout de bras un pays dont on ruine l’économie jour après jour. « Un pognon de dingue » pour fabriquer des pauvres par millions, qui plus est.

Alors ? Alors, les jeunes dépriment. Ont la trouille au ventre. Se racontent des histoires à ne pas dormir debout ni couché. Véhiculent des « fake news», se remontent la pendule entre complotistes. C’est grave, docteur ? Oui.

Le remède ? Les attraper là où ils sont, c’est-à-dire sur leurs réseaux. Alors, les médecins sont de plus en plus nombreux à faire campagne sur , entre deux vidéos de chat et la promo du dernier « it bag » par l’influenceuse des 10-13 ans.

« Après avoir conquis les personnalités publiques et les politiques, l’application chinoise est devenue la pla-teforme phare des scientifiques qui souhaitent informer un public jeune sur la pandémie et la campagne de vaccination qui démarre », nous dit Le Parisien. « Longtemps critiquée pour sa mauvaise gestion des fausses informations qui circulaient sur son application, la plate-forme a pris de nombreuses mesures pour mettre en avant des nouvelles fiables sur la crise sanitaire » et sa page d’accueil personnalisée « pour toi » comporte désormais un onglet Covid.

L’OMS, présente sur le réseau depuis bientôt un an, y serait suivie par près de dix millions d’abonnés. L’Organisation mondiale de la santé « a su adapter ses problématiques en fonction de l’évolution de l’épidémie », nous dit le quotidien. Alors, « pour mieux séduire son jeune public, elle a même repris des codes très utilisés sur l’application, à l’image des musiques entêtantes, des hashtags ou encore des défis lancés aux abonnés ».

Le gouvernement français s’y est mis aussi, peut-être sur les conseils de McKinsey… C’est tout frais : ça date du 20 décembre dernier. Le but, là encore : « Revenir sur des idées reçues, alors que les Français font partie des pays les plus réfractaires à l’idée de se faire inoculer le nouveau traitement de Pfizer-BioNTech. »

Seul hic : le temps des adolescents n’est pas celui du politique, et moins, encore, celui de la science. Le « it », c’est ici et maintenant !

7 janvier 2021

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