Economie - Editoriaux - 20 novembre 2019

Va-t-on, en France, taxer l’argent déposé à la banque, comme en Allemagne ?

Le 19 novembre 2019 fera date dans l’Histoire : pour la première fois, une banque européenne a décidé de taxer, dès le premier centime d’euro, les dépôts laissés sur leurs comptes par les usagers. L’établissement qui a brisé le tabou est la banque coopérative Volksbank, basée à Munich, en Allemagne. Le taux extorqué sera de −0,5 %, c’est-à-dire le même que celui qu’applique la Banque centrale européenne aux dépôts obligatoires que doivent effectuer toutes les de la zone euro dès qu’elles ont des capitaux inemployés.

Jusqu’à présent, les banques allemandes ou suisses ne taxaient les dépôts qu’au-dessus de 100.000 euros. L’une d’entre elles était néanmoins descendue à 75.000 euros, mais la Volksbank vient de franchir un pas de géant et, sans nul doute, elle sera rapidement suivie par l’ensemble de ses consœurs germaniques.

Le cynisme de cette mesure fait froid dans le dos : tous les particuliers sont tenus de verser sur un compte en banque leurs revenus, salaires ou pensions. Jusque-là, ils bénéficiaient, en échange de cette contrainte, de la sécurité pour leur argent. Leurs fonds étaient protégés des voleurs, contrairement à ce qui se passerait s’ils les avaient gardés chez eux, sous leur matelas ou dans une autre cachette. Mais, désormais, les Allemands devront payer pour ce menu avantage : 50 euros par an pour un montant moyen de dépôt de 10.000 euros. Les usagers allemands seront-ils tentés, alors, de retirer leur salaire dès qu’il sera versé ? Sans doute ne le pourront-ils pas ! Pour éviter que les banques ne se retrouvent sans capitaux, on risque bientôt de limiter le montant des retraits hebdomadaires, comme dans les pays en crise. Longtemps, en Grèce, on ne pouvait pas prélever sur ses comptes plus de 420 euros par semaine.

Nous sommes provisoirement à l’abri d’une mesure similaire en France. De même que les comptes courants ne peuvent être rémunérés (contrairement à l’étranger), les établissements bancaires ne peuvent les taxer, sauf pour les dépôts supérieurs à un million d’euros. Les banques françaises utilisent un autre biais que leurs consœurs germaniques pour faire payer leurs clients : elles augmentent considérablement leurs frais de tenue de compte et, surtout, envoient un rideau de fumée pour cacher leur tarification. Tout y passe : impression de carnets de chèques, taxation forfaitaire de 2,50 euros par mois par compte (soit 30 euros annuels ! Ce qui équivaut largement à un taux négatif de 0,5 %), amende en cas de découvert non autorisé, forfait d’un euro en cas de retrait dans des distributeurs appartenant à des banques concurrentes. Et n’oublions pas que les banques prélèvent un pourcentage sur les achats par cartes, en théorie payé par les commerçants, en réalité répercuté sur le consommateur. Pour finir, les banques de l’Hexagone gagnent plus avec ces procédés qu’en appliquant un taux négatif ! Celui-ci est, dans une certaine mesure, moins hypocrite, plus visible.

Mais ne nous leurrons pas : si les taux négatifs se répandent en Europe, nous les connaîtrons également en France. On nous expliquera que les établissements bancaires ne peuvent absolument pas s’en passer. Et on continuera, bien entendu, les autres prélèvements ! Quoi qu’il arrive, l’usager paye. Et bien plus qu’il ne le doit et ne le croit.

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