Aussi étonnant que cela puisse paraître, et contrairement à ce que pourrait laisser croire l’énoncé macabre des chiffres dont on nous gratifie chaque soir à l’heure du dîner, la fréquentation des cabinets médicaux et des services d’urgence, publics ou privés, a chuté d’environ 50 %, ces dernières semaines. La baisse est encore plus forte chez les spécialistes (-71 %), rapporte BFM TV. Depuis quelque temps, on ne parle plus que des malades infectés par le coronavirus et on oublie de parler des autres pathologies, et il sera intéressant, après la période épidémique, de pouvoir faire une analyse plus fine de tous ces chiffres relatifs aux hospitalisations qui nous sont fournis d’une manière globale mais sans aucune indication précise sur les pathologies. À part les services de réanimation pour lesquels on peut estimer que la saturation des lits est liée de manière étroite à la pathologie issue du Covid-19, qu’en est-il des autres services ?

Sont-ils, eux aussi, saturés ? Il semblerait que non. Les services d’urgence, en dehors des circuits chargés de recevoir les malades suspects de coronavirus, sont loin d’être saturés, actuellement, au point que certains médecins, qui il y a quelques mois se plaignaient de l’engorgement des services d’urgence, tirent la sonnette d’alarme pour dénoncer ce qu’ils appellent « un renoncement aux soins » susceptible d’entraîner par la suite toute une série de complications. L’assurance maladie, pour sa part, révèle que la fréquentation des cabinets des médecins généralistes a chuté de plus de 40 % et celle des spécialistes d’environ 60 %. Cette étude révèle aussi que la consommation des vaccins chez les nourrissons a nettement diminué. Cela est sans doute lié à la crainte des mères de sortir leur bébé en cette période épidémique, d’autant que l’injection du vaccin peut attendre quelques semaines sans conséquences sur la santé de l’enfant, contrairement à ce que certains voudraient faire croire.

Chez les adultes, il semble que ce soit cette crainte de sortir et de se retrouver dans une salle d’attente en compagnie de personnes peut-être infectées par le coronavirus qui les incite à surseoir à une consultation médicale en dehors de toute manifestation pathologique aiguë. Mais la peur d’être contaminé n’explique pas tout et on doit prendre en compte aussi d’autres critères comme une baisse notable de la pathologie traumatique liée au confinement à domicile et à la diminution des activités sportives. On peut également penser que les malades hésitent à déranger un personnel médical et paramédical qu’on leur dit être surchargé, et qu’ils ont peur d’attendre encore plus longtemps que d’habitude dans les salles d’attente.

Les appels au centre 15 ont, également, énormément diminué, ils sont revenus à un niveau d’activité normal. Il semble que les malades fassent, maintenant, preuve de bon sens en appelant d’abord leur médecin traitant plutôt que le 15 en cas de syndrome grippal, alors que les autorités leur avaient imprudemment conseillé d’appeler le SAMU au début de l’épidémie.
Ainsi, après avoir surconsommé des services d’urgence, à l’hôpital ou en ville, pour des pathologies parfois mineures qui ne justifiaient pas toujours le recours à de tels services, depuis quelques semaines, les malades, par peur ou par excès de prudence, sous-estiment la nécessité de consulter pour toutes les pathologies qui ne semblent pas impliquer le Covid-19.

Cependant, faute de prise en charge suffisamment précoce, ces pathologies, parfois mineures au début, peuvent leur faire prendre des risques et entraîner des complications fâcheuses.
Hélas, il n’y a pas de solution parfaite et ce ne sont pas les déclarations gouvernementales, contradictoires d’une semaine sur l’autre, qui vont permettre de clarifier la situation.

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